Humeur — De Charybde en Scylla ?

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Franchement, qu’elle est la différence entre les députés du MSM et alliés, qui votaient chaque mesure imposée par leur leader et chef de gouvernement, et ceux de l’Alliance du Changement qui ont fait la même chose, vendredi soir, en votant le budget de leur leader et chef de gouvernement ? Pas grand-chose, peut-être beaucoup moins de tap la tab, après la « division of votes. » Tous ces ministres et députés qui, en privé, critiquaient le contenu du budget en disant qu’après avoir passé une année à se faire traiter de « voler pension » dans leurs circonscriptions, il n’était pas question de voter un budget qui allait leur valoir encore plus d’insultes de leurs mandants. En fin de compte, ils ont fait le contraire de ce qu’ils affirmaient. Ces parlementaires qui juraient de leur indépendance, affirmaient qu’ils allaient faire la politique autrement, n’ont ouvert la bouche que pour dire « aye », en suivant la consigne de leurs partis. Après dix ans de pouvoir MSM et alliés, on pensait avoir affaire à des parlementaires avec un comportement différent, plus démocratique, moins chatwa. On n’a eu droit qu’à une mauvaise copie de ce que les députés du MSM et alliés faisaient au Parlement.
On nous avait annoncé un Speaker qui, au contraire de son prédécesseur renommé, allait redonner au Parlement ses lettres de noblesses égarées. On a eu droit à une Speakrine se comportant comme une maîtresse de maternelle incapable de contrôler sa classe au point de faire des walk-outs ! En général, ce sont les députés qui font des walk-outs pour protester contre l’attitude du Speaker. Dans la version Alliance du Changement, c’est le contraire qui se produit : c’est la Speaker qui lève la séance pour protester contre l’attitude des parlementaires. Vendredi après son walk-out, elle est revenue et repartie pour aller vérifier les Standing Orders, qu’elle est supposée connaître sur le bout des doigts. D’abord, pour refuser une « division of votes » quelle sera forcée d’accepter par la suite. À ce niveau, il convient de remercier Maya Hanoomanjee pour le chaîne de télévision parlementaire qui a permis aux Mauriciens de voir et d’entendre leurs élus voter à tour de rôle pour un budget qui divise le pays, au pont d’inciter des jeunes à passer la nuit devant le Parlement en signe de protestation. La chaîne parlementaire a permis de constater le comportement et le niveau des interventions des élus pour aller défendre les intérêts et les points de vue de leurs mandants. Vendredi soir , alors que depuis des semaines, plus de la moitié de l’île Maurice s’était prononcé contre les propositions du budget, la majorité des parlementaires de l’alliance l’ont voté en respectant le mot d’ordre de leurs partis, contre la volonté de la majorité de ceux qui les ont élus. Et après, on s’étonnera que les Mauriciens n’aient pas confiance dans leurs politiciens !
En dehors de l’opposition, moins Adrien Duval, un seul député de la majorité a eu le courage de se comporter en élu fidèle à ses convictions et ses positions déclarées. Le non retentissant de Sydney Pierre a provoqué le silence des ayes. Si les moutons de Panurge de l’Alliance n’en ont pas cru leurs oreilles, les Mauriciens qui suivaient le déroulement de la « division of vote » ont poussé un soupir de soulagement. Il y avait au moins un député de l’Alliance qui affichait son indépendance et votait selon ses convictions. Au lieu de se féliciter de cette exception qui confirme la règle, preuve vivante que la démocratie existe au PTr et dans l’Alliance, Navin Ramgoolam a retrouvé son ton de chef de bande d’avant 2019 qu’on pensait qu’il avait perdu pendant sa longue traversée du désert politique. Lui, qui prend des semaines et des mois pour approuver un dossier, a fait révoquer Sydney Pierre comme Junior Minister en un temps record. La lettre de révocation envoyée au Président de la République à 23h, vendredi, est retournée signée a 1h40, samedi. Est-ce que, pour la bonne marche des affaires du pays, le Premier ministre ne pourrait pas traiter tous les dossiers, qui prennent la poussière sur son bureau, avec la même rapidité ? Si on peut comprendre que c’est l’orgueil blessé de chef désobéi qui a poussé Navin Ramgoolam à révoquer Sydney Pierre, on ne comprend pas pourquoi il n’a pas demandé au Junior Minister Veronique Leu Govind de prendre congé, le temps que la police finisse l’enquête sur l’implication de son mari dans une affaire d’importation de zamal. La déclaration du PM à l’effet que sa Junior Minister n’est pas impliquée dans cette affaire, au nom de la présomption d’innocence, alors que l’enquête ne fait que débuter, interpelle.
Face à ce qui s’est passé au Parlement, vendredi, et à ce qui a suivi le lendemain, beaucoup de Mauriciens commencent à se demander, avec inquiétude, si en remplaçant le MSM et alliés par l’Alliance du Changement, en novembre 2024, ils ne sont pas tombés de Charybde en Scylla.

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Jean-Claude Antoine

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