Joanna Bérenger affirme que rien dans la Constitution n’interdit explicitement l’utilisation du kreol morisien à l’Assemblée nationale. Elle indique que la section 49 de la Constitution prévoit que l’anglais est la langue officielle de l’Assemblée, tout en permettant aux députés de s’exprimer en français. Pour elle, « si cette disposition peut être interprétée comme excluant les autres langues, cette lecture n’est pas la seule possible.»
Joanna Bérenger explique que le principe juridique invoqué pour justifier cette interprétation n’est qu’un outil d’analyse et non une règle de droit. « La Constitution ne dit nulle part qu’un membre ne peut s’exprimer dans une autre langue. Lorsqu’un texte constitutionnel veut interdire quelque chose, il le fait de manière explicite », fait-elle valoir. À ses yeux, l’objectif de la section 49 consiste avant tout à assurer la compréhension des débats et la fiabilité des comptes rendus – deux exigences qui peuvent être satisfaites grâce aux services de traduction et d’interprétation.
Elle a ensuite défendu la place du kreol morisien dans les institutions, estimant qu’il s’agit de « la langue commune à tous les Mauriciens ». Elle a regretté que la langue dans laquelle les citoyens vivent, travaillent, élèvent leurs enfants et expriment leurs émotions n’ait toujours pas droit de cité au Parlement. « Nous parlons au nom de nos concitoyens, mais pas dans leur langue », regrette-t-elle, ajoutant que le kreol morisien n’est pas une concession accordée à une partie de la population, mais bien « la langue de la démocratie mauricienne ».
Toutefois, elle a émis plusieurs réserves sur la motion. Elle a notamment relevé que le texte demande au Select Committee de « considérer » l’introduction du kreol morisien, plutôt que d’en préparer directement les modalités d’application. Elle est d’avis que cette formulation crée une ambiguïté qui devrait être levée, d’autant plus que le Premier ministre avait déjà exprimé son soutien de principe à cette réforme.
Joanna Bérenger a également regretté l’absence d’un calendrier précis pour les travaux du comité. Elle a rappelé que le Steering Committee, présidé par la Speaker, a travaillé pendant près de deux ans avant de remettre son rapport en mars dernier et que le Premier ministre avait ensuite évoqué un délai de trois mois pour les conclusions du futur Select Committee. Or, cette échéance ne figure plus dans la motion.
Tout en réaffirmant son soutien à l’introduction du kreol morisien au Parlement, Joanna Bérenger a appelé le gouvernement à traduire ses engagements en actes. « Nous ne voulons pas d’un Select Committee de plus. Nous voulons une réforme de plus. La différence entre les deux, c’est un calendrier et une volonté politique », a-t-elle conclu de manière catégorique.


