Le Junior Minister au ministère de la Sécurité sociale, Kugan Parapen, a déclaré que la colonisation de l’île Maurice s’est officiellement achevée le 12 mars 1968, lorsque « notre quadricolore a remplacé l’Union Jack dans le ciel de Port-Louis. »
« Mais, force est de constater que le processus de décolonisation est toujours inachevé. Plus de 58 ans après l’accession à l’indépendance, certains vestiges de la colonisation demeurent. Et je ne parle pas de cette statue, de cette reine d’une autre époque qui nous nargue chaque fois que nous pénétrons sur la Place d’Armes, mais bien du vestige linguistique dont cette Chambre est toujours l’otage et qui me contraint, en tant que représentant du peuple, à m’adresser dans des langues qui ne sont pas les miennes », s’insurge-t-il.
Ce Parlement, a-t-il poursuivi, existe pour représenter les citoyens de la république et il est regrettable que « la teneur des travaux de cette Assemblée demeure hors de portée de la majorité de celles et ceux que nous représentons. N’est-il donc pas grand temps de démocratiser le temple de la démocratie ? »
Selon lui, l’anglais et le français sont deux piliers de la société et doivent le rester, car « ce bilinguisme a fait ses preuves ». Mais, a-t-il insisté, il est important de saisir l’essence même de cette Chambre. « Le Parlement est censé être une institution transparente et accessible. Si les citoyens n’arrivent pas à suivre les travaux de leur plus haute instance législative dans la langue qu’ils parlent à la maison, aux marchés et au quotidien, l’institution risque de devenir une tour d’ivoire, coupée de la sphère publique, si ce n’est pas déjà le cas », trouve-t-il.
« J’ai l’impression que notre société, bien que libérée du joug colonial, ne soit pas complètement affranchie. Notre refus systématique d’accueillir la langue maternelle des Mauriciens dans cette Chambre n’est-il pas le signe que nous sommes tombés dans le piège de la forme plutôt que du fond ? Prenons le cas de l’Islande. Une population de 400 000 habitants. Plus de 95 % de ces 400 000 habitants parlent couramment l’anglais et, malgré cela, la seule langue permise au sein du Parlement islandais est l’islandais », ajoute-t-il.


