De quoi faire rêver en ce temps de cauchemar !

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Ces derniers jours, ce politicien qui avait fait sienne cette expression : « Aret reve, kamarad ! » a dû s’en mordre les doigts, même si, une fois n’est pas coutume. Que ce soit dans la presse de l’île sœur, avec la victoire sans bavure de Tristan Hardy au mythique Tour de l’île de La Réunion, qui a suscité l’envie de plus d’un champion cycliste mauricien, sur la chaîne satellitaire — donc planétaire — retransmettant chaque jour en direct les différentes étapes du Tour de France Femmes, ou encore lors des récents Jeux du Commonwealth à Glasgow, ce rêve est devenu réalité et a fait la fierté de toute la République de Maurice.

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L’image de Tristan Hardy revêtant une nouvelle fois le maillot jaune à Trois-Bassins, avant d’entamer en patron l’ultime étape du Tour de La Réunion, a fait vibrer plus d’un Mauricien. Elle a d’abord réjoui ses coéquipiers et les cadres techniques, qui ont cru en ses qualités intrinsèques. Elle a surtout mis en lumière sa modestie, vertu devenue de plus en plus rare dans un monde placé sous le signe de la rat race.

Parallèlement, pendant une semaine, Kimberley Le Court-Pienaar a fait preuve d’un courage sans limites sur son vélo lors des différentes étapes du Tour de France Femmes, surmontant un problème mécanique pour rattraper ses adversaires et s’imposer sur la ligne d’arrivée. Mieux encore, elle a laissé parler le sang mauricien qui coule dans ses veines en lançant un « Ar nou, non ! » qui a fait courir un frisson le long de l’échine.

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La performance de cette Mauricienne, devenue une référence sur les routes du cyclisme mondial, « commands respect ». Les chroniqueurs sportifs, qu’ils appartiennent à la presse écrite ou à la télévision et qui côtoient les grands du sport mondial, ont su rendre hommage à la Mauricienne, qui a remporté deux des étapes du Tour et s’est hissée dans le Top Ten.

Et comment ne pas mentionner, last but not least, le calme stoïque du judoka Feuillet, médaillé d’or, l’âpre persévérance de Noemi Alphonse, qui a décroché deux médailles d’argent en fauteuil roulant, et la puissance de Merven Clair, exprimée à la force de ses poings ? Autant de performances propres à faire rêver plus d’un jeune Mauricien.

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Ces séquences ne sont nullement les retombées d’un rêve confectionné à partir d’ingrédients puisés dans l’intelligence artificielle. Elles sont le fruit d’un engagement personnel au plus profond de soi, d’efforts sains, mais surtout soutenus et redoublés, ainsi que d’une conviction intime et forte, résumée par ces mots de Thomas Edison, également connu sous le surnom de « magicien de Menlo Park » : « Le génie [ou le succès], c’est 1 % d’inspiration et 99 % de transpiration. »

Il est tout aussi vrai que le mauvais génie d’à côté se fera un malin plaisir de nous taquiner en affirmant que ces exemples d’efforts personnels, de sens du devoir, voire d’abnégation ne courent pas les rues — excusez la métaphore sportive. Le contraire est bien plus fréquent, pour ne pas dire flagrant !

L’exemple des dix sacs contenant 155,7 kilos de cannabis, d’une valeur marchande de Rs 233,6 millions, alimente simultanément la chronique à Maurice et à La Réunion. Il s’agit d’une opération leve poze qui génère des centaines de millions de larzan mal gagne tout en détruisant des générations d’hommes et de femmes, parfois même le père, le frère ou la sœur du trafiquant, qui vivent sous le même toit que lui.

Peu importe : lui, il pourra se permettre, sans broncher, les plus grosses cylindrées du salon et un terrain à Rs 10 millions dans un lotissement. Le tout est payé rubis sur l’ongle. Il en va de même lorsqu’il s’agit de régler, en devises étrangères, l’approvisionnement en 155,7 kilos de cannabis. À ce titre, le panneau trônant jadis dans le salon du coiffeur du coin — For Credit, Come Tomorrow — fait plus que jamais force de loi au sein de la mafia, avec ou sans flic.

La tentation de l’argent facile n’est nullement l’apanage d’une clique minoritaire. Les dossiers qui s’empilent et défilent dans le système de fiches de la Financial Crimes Commission dressent le diagnostic d’un cancer incurable qui mine irrémédiablement la société.

Pourtant, l’argent des contribuables, à hauteur de Rs 18 milliards par an, sert à financer le système d’éducation, l’un des trois piliers de l’État-providence et l’ascenseur social de générations entières dans l’île Maurice de l’après-indépendance. N’y a-t-il pas lieu d’avoir un sursaut d’orgueil, de s’exclamer comme Kimberley Le Court-Pienaar : « Ar nou, non ! », et d’inculquer le sens des valeurs, de l’effort et de l’engagement, ainsi que le goût de la réussite par la force des convictions, alors que l’ordre établi, digne de Shakespeare, continue de croire au modèle de Cambridge et à ses trois Credits pour nous éloigner de l’écueil de l’échec, là où le rêve de l’éducation se transforme en cauchemar de société ?

 

Patrick Michel

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