PRIX LITTÉRAIRE | Goncourt 2026 — Ananda Devi dans la première sélection

Ajouter en tant que source préférée sur Google

Chronique d’un royaume perdu, le dernier roman d’Ananda Devi, paru aux éditions Grasset en France le mois dernier, fait partie de la première sélection du prix Goncourt de cette année. La nouvelle est tombée au milieu de la semaine dernière.

- Publicité -

Pour l’édition 2026 du prix Goncourt, Chronique d’un royaume perdu se positionne parmi les 15 autres titres qui passeront une deuxième sélection le 6 octobre, avec une dernière prévue le 27 du même mois. Quatre titres seront alors retenus lors de ce dernier exercice. Quant au prix lui-même – et comme le veut la tradition –, il sera décerné le 3 novembre au restaurant Drouant, à Paris. Le lauréat recevra alors un chèque symbolique de 10 euros.

L’histoire de Chronique d’un royaume perdu se déroule au Bouchon, où « quatre générations se succèdent depuis le temps de l’esclavage ». Le synopsis se poursuit comme suit : « La violence se mêle à l’amour, la tendresse à la haine, les plus nobles passions aux vices les plus vils, les sangs des unes aux sangs des autres…

- Publicité -

Les cinq fondateurs viennent d’une plantation lointaine : trois sont nés dans la puissante et blanche famille Dumontais ; deux d’une esclave noire. Mais les trois blancs sont en vérité le fruit d’une passion entre Madame et le Vieux Bouc, un esclave magnétique qui revendique aussi la paternité des deux derniers. Bannis pour s’être liés d’amour et d’amitié, les cinq enfants devenus grands trouvent refuge dans ce lieu perdu dont ils font leur royaume, autarcique et magique, qu’ils défendent d’un seul corps, puisqu’ici sont abolies les frontières entre passé, présent et avenir ; vie et mort ; réel et fantastique. » 

« Tel homme entend sans le vouloir tous les péchés humains ; telle femme meurt et renait en déesse protectrice ; un enfant vit parmi les oiseaux quand son cousin viole et tue sans frein ; le moulin est hanté par les voix des fantômes, la nature donne les plus beaux fruits mais décapite la chapelle ; les guerres du monde contemporain rencontrent les combats intérieurs de chaque individu et l’histoire de l’humanité se reproduit dans l’infiniment petit de leurs existences débridées. Parmi eux, un enfant timide sera le chroniqueur de ce royaume hors-norme dont il livre les jours de paix, de luttes, et les nuits de folie pour empêcher l’oubli. » Et de conclure : « Épopée fabuleuse, mythologie vibrante, fable majestueuse, cette Chronique d’un Royaume perdu est le chef-d’œuvre d’Ananda Devi. »

- Advertisement -

Un qualificatif qui fait honneur à la romancière, mais qui semble créer une appréhension chez elle. Sensible à tout, Ananda Devi affirme dans une interview accordée à L’Orient Littéraire le 3 septembre : « J’ai peur aussi qu’annoncer un chef-d’œuvre parasite le lecteur qui va lire avec cette idée en tête et sera peut-être déçu. » Elle préférerait, dit-elle, que les lecteurs viennent vers ses livres « sans a priori ». Ajoutant : « Mais je sais que c’est impossible et qu’il y a toujours des impressions ou des attentes créées par les médias. »

Chronique d’un royaume perdu est une histoire que l’autrice porte depuis les années 80, aux temps de ses recherches pour sa thèse de doctorat en anthropologie. Cependant, elle sait que ce qu’elle a entendu devra être transformé. « Très vite, j’écris des ébauches dans des carnets, mais je n’arrive pas à maîtriser ce projet si ambitieux. Certains personnages se glissent alors dans d’autres romans. Pendant des années, je suis freinée dans l’écriture par cette ambition et parce que je ne me sens pas à la hauteur. Il m’a fallu parvenir à une grande maturité pour me libérer de mes propres barrières », dit-elle.

Comme pour ses autres romans, il y a une grande part de mythe dans Chronique d’un royaume perdu. D’ailleurs, elle avoue dans cet entretien qu’elle ne voulait pas écrire un roman historique. « Je voulais donner à cette histoire une dimension autre, et je suis heureuse d’y être parvenue. »

Ananda Devi dédie Chronique d’un royaume perdu à l’île Maurice, « ma source, mon chant, ma blessure », écrit-elle dans ses remerciements.

ENCADRE

Goncourt 2026

Les 16 titres de la première sélection

– Boris Bergmann, Minotaure (Albin Michel)

– Louise Chennevière, Faire la peau (P.O.L)

– Ananda Devi, Chronique d’un royaume perdu (Grasset)

– Sonia Devillers, Le fabuleux piano (Robert Laffont)

– Anne Godard, Nous aussi (Actes Sud)

– Olivier Grondeau, Joseph dans la nuit (L’Iconoclaste)

– Yannick Haenel, La solitude des professeurs est infinie (Gallimard)

– Lilia Hassaine, Je (Gallimard)

– Philippe Jaenada, L’inconnue du quai de Javel (Flammarion)

– Jean-Yves Jouannais, Une forêt (Albin Michel)

– Emma Marsantes, N’efface pas mes cercles (Verdier)

– Clémentine Mélois, Choses que je croyais perdues (L’arbalète/Gallimard)

– Thélyson Orélien, C’était ça ou mourir (Grasset)

– Sylvain Prudhomme, De l’autre côté du lac (Editions de Minuit)

– Olivier Rolin, La guerre éternelle (Gallimard)

– Patrice Trigano, Bataille au procès (Maurice Nadeau)

EN CONTINU