Point et interrogation : 
L’arithmétique de la Teachers’ Day

Aujourd’hui, 5 octobre, est célébrée la Journée mondiale des enseignants (World Teachers’ Day). Une journée que le personnel enseignant à tous les niveaux et dans tous les coins et recoins de la planète École mérite amplement. Et cela invariablement depuis 1994, à la suite d’une proclamation de l’UNESCO pour commémorer l’adoption, le 5 octobre 1966, de la Recommandation concernant la condition du personnel enseignant de l’Organisation internationale du Travail (OIT) et de l’UNESCO. C’est du moins ce que laisse comprendre la nomenclature formelle à ce chapitre.

- Publicité -

Le thème arrêté pour les célébrations de ce 60e anniversaire de la Recommandation de l’OIT et de l’UNESCO est « Standing with teachers: 60 years of protecting the profession, advancing its status and shaping our futures. »

Très approprié. Et cela en prélude au 50e anniversaire de l’introduction de l’éducation gratuite à Maurice au secondaire à partir de janvier 1977, au lendemain des premières élections générales du 21 décembre 1976, soit les premières depuis celles du 7 août 1967, ayant ouvert la porte à l’indépendance. Même l’une des plaies de l’ère coloniale, en l’occurrence le démembrement du territoire de Maurice, avec atteinte à l’intégrité et à la souveraineté territoriales, arrive difficilement à être cicatrisée.

À Maurice, cette Teachers’ Day, avec les concernés loin des préoccupations des devoirs et révisions des élèves, ne devrait-elle pas être mise à profit pour une relecture du parcours accompli au cours de ce demi-siècle avec les fruits de l’ascenseur social de l’éducation gratuite ? Une simple question, qui ne devrait pas interpeller seulement les décideurs politiques avec Blue Print et plan d’action sous les bras. Mais tous les acteurs de l’éducation, à commencer par les parents. Parce que tout commence à la maison et tout y est conclu avec une bonne ou une mauvaise note. Mais aussi les principaux Stakeholders, que sont les membres du corps enseignant.

Un exercice d’Apportionment of Blame ne servira à rien. Pire encore, le recours à la tactique de pa mwa sa, li sa, soit le légendaire pas boul entre parents et enseignants. Tout simplement parce que l’arithmétique de l’éducation est intraitable en dépit de l’injection annuelle de dizaines de milliards de roupies, frisant les Rs 20 milliards, de fonds publics en vue de voir s’épanouir une Nation of Achievers and Proud of It.

Peu importe la position occupée dans la hiérarchie de l’Éducation nationale, tout en reconnaissant que l’éducation ne peut générer des déchets, pouvons-nous nous montrer insensibles au seul fait qu’en moyenne deux enfants de la République de Maurice sur trois sont portés Missing académiquement à la ligne d’arrivée de l’Éducation ? Diverses raisons peuvent être avancées pour justifier ce que les animateurs de Think Tank présenteront comme des Drop-Outs.

Peut-être trouverons-nous du réconfort dans cette phrase archi-citée de Mark Twain : Lies, Damned Lies and Statistics. Même si les enfants de la République ne se résument pas à des numéros ou à des chiffres, la réalité en termes de performance dans un système d’éducation, loin de privilégier un soupçon d’inclusion, mérite que nous nous y attardions.

Les dernières statistiques, publiées officiellement, en font foi. Aucune contestation : pour la cohorte de 2012, qui comptait des admissions de l’ordre de 16 967 élèves en Grade I, à la fin du parcours scolaire, soit aux examens du Higher School Certificate (HSC), le nombre d’inscrits n’est que de 5 794. Au fil des années, l’écrémage, dans le sens péjoratif du terme, s’est opéré. D’abord, l’étape-sanction de la fin du cycle primaire, le Primary School Achievement Certificate (PSAC), et ensuite celle du School Certificate.

Quelle République, qui se vante que l’une de ses principales richesses nationales n’est autre que ses ressources humaines, peut-elle se permettre le luxe de perdre quasi automatiquement la majorité de ses jeunes talents encore à découvrir et à encadrer à la fleur de l’âge ? Dans cette conjoncture, cette nouvelle plateforme interreligieuse, comprenant des Mauriciens de bonne volonté et de tous bords, tentant d’élaborer des stratégies de lutte contre la prolifération de la drogue, multiplie les initiatives pour traduire ce cri du cœur de feu le pape François au pied du monument Marie Reine de la Paix, le 9 septembre 2019 : « Ne laissons pas les marchands de la mort voler les prémices de cette terre ! »

Depuis, la situation n’a guère évolué de façon positive. Non seulement une dégradation plus qu’évidente, mais aussi un rajeunissement des accros à la drogue. Mais aussi de ceux faisant partie du réseau de revendeurs. Pourtant, qu’ils fassent partie de l’une ou de l’autre catégorie, ils ont dû chauffer les bancs des classes. Le Nine-Year Schooling est obligatoire à Maurice. Personne ne peut théoriquement y échapper.

Devrons-nous concéder, comme le dit l’Anglais, que « the system has failed us » ou devrons-nous nous abriter derrière la consolation de cette réflexion du premier Afro-Américain à obtenir un doctorat de la non moins célèbre Harvard, W. E. B. Du Bois, qui se contente d’affirmer que « A system cannot fail those it was never built to protect. »
Une façon provocante de marquer la Teachers’ Day 2026 alors que se profile à l’horizon la répugnante Rat Race dans l’Éducation, soit la hantise du quotidien de tout Mauricien, enfant ou adulte, parent ou enseignant.

Patrick Michel

EN CONTINU ↻
éditions numériques