… Maneesh Gobin la compétence de la Financial Crimes Division
Deux dossiers judiciaires impliquant d’anciens dirigeants du gouvernement MSM connaissent de nouveaux développements. Dans l’enquête sur les équipements d’interception des communications, Pravind Jugnauth conteste la version policière de son dernier interrogatoire. Parallèlement, Maneesh Gobin, ancien Attorney General et ministre de l’Agro-industrie, remet en cause la compétence de la Financial Crimes Division (FCD) dans l’affaire Eco Deer Park, dite Black Label & Stag Party.
Convoqué pour la quatrième fois au Central Criminal Investigation Department (CCID), mardi dernier, Pravind Jugnauth a été interrogé under warning pendant plus de quatre heures, en présence de son avocat, Me Raouf Gulbul, avant de quitter les Casernes centrales sans être arrêté.
L’enquête porte sur l’acquisition, l’importation et l’utilisation présumées illégales d’équipements d’interception et de surveillance des communications pendant son mandat. Elle fait suite aux investigations ouvertes après les Misie Moustass Leaks, des enregistrements attribués à diverses personnalités et diffusés pendant la campagne électorale de 2024.
Me Gulbul a affirmé que son client avait répondu aux 37 questions des enquêteurs, tout en soutenant que certaines demandes de précisions de la défense étaient restées sans réponse.
Dans un communiqué, la police a affirmé que suffisamment d’informations avaient été fournies à Pravind Jugnauth et à ses conseils. Des photographies du matériel et des documents officiels, dont certains portant sa signature, lui auraient été présentés. Selon les Casernes centrales, l’ancien Premier ministre aurait néanmoins maintenu son droit au silence. Me Gulbul conteste cette version.
Les enquêteurs cherchent à établir les conditions d’acquisition des équipements et les autorisations encadrant leur utilisation. La présence de la signature de Pravind Jugnauth sur certains documents ne constitue pas, en elle-même, la preuve d’une infraction. La défense avait déjà contesté le manque de précisions sur les soupçons lors des précédentes convocations.
« Faussetés » et « fausse propagande » : la riposte de l’ex-PM
Dans une déclaration publiée le lendemain de son interrogatoire, le leader du MSM a dénoncé des « faussetés » et accusé le Police Press Office de manquer de professionnalisme. Parlant de « fausse propagande », il a estimé que la version policière cherchait à induire l’opinion publique en erreur. Il a invité les médias à faire preuve de discernement et annoncé son intention de contester ces affirmations devant la justice, sur les conseils de ses hommes de loi.
Maneesh Gobin est formellement poursuivi sous la section 7 de la Prevention of Corruption Act (PoCA) pour avoir prétendument utilisé ses fonctions publiques afin d’obtenir une gratification dans le cadre du traitement d’une demande de bail de terres de l’État au profit de l’Eco Deer Park Association. Le terrain, d’environ 250,76 hectares, se situe à Dayot/Mangin, dans la région de Grand-Bassin.
Deux autres personnes sont poursuivies : l’ancien Parliamentary Private Secretary Rajanah Dhaliah et Harryduth Ramnarain, chacun sous deux accusations de trafic d’influence. Les sommes alléguées sont de Rs 4 millions et Rs 300 000 pour Rajanah Dhaliah, et de Rs 100 000 et Rs 2,8 millions pour Harryduth Ramnarain. La réalité de ces gratifications reste à établir devant la justice.
Une objection juridique avant l’examen du fond
À l’audience du lundi 19 octobre devant le juge Luchmeeparsad Aujayeb, à la FCD de la Cour suprême, la défense de Maneesh Gobin, représentée notamment par Me Avineshwar Dayal, a maintenu son objection à la compétence de cette juridiction. Les deux autres accusés s’y sont associés.
La contestation porte notamment sur le cadre législatif ayant présidé à la création de la FCD et sur une éventuelle application rétroactive des dispositions légales. La poursuite, représentée par Me Nataraj Muneesamy, du bureau du Directeur des poursuites publiques, s’oppose à cette démarche. Les débats sur la compétence ont été fixés au 20 novembre 2026.
Maneesh Gobin réclame également des précisions sur l’acte d’accusation, notamment sur les actes qui lui sont reprochés, son intervention présumée dans l’octroi du bail et la nature de l’avantage qu’il aurait obtenu. Ces demandes avaient déjà été soulevées le 14 septembre par Me Antoine Domingue, Senior Counsel, aux côtés de Mes Avineshwar Dayal et Hitesh Gunesh.

