- Un problème majeur dans l’archipel : plusieurs familles, parfois 12 à 15 personnes, sous un même toit
- La construction de 50 maisonnettes annoncée à plusieurs reprises
- Autre revendication : les habitants souhaitent devenir propriétaires des maisons qu’ils occupent depuis 25 ans
Le besoin de logement décent ne se fait pas cruellement sentir uniquement à Maurice, où des milliers de familles sont confrontées à cette difficulté. À Agalega également, le manque de logement constitue une préoccupation majeure au quotidien. Cette situation affecte la qualité de vie des familles et engendre de nombreux problèmes sociaux.
En matière de logement, deux principales revendications reviennent avec insistance dans l’archipel : la construction de nouvelles maisonnettes dans les meilleurs délais et l’obtention, enfin, d’un titre de propriété de leur logement qu’ils occupent pourtant depuis plus 25 ans. Sur ce dernier point, ils dénoncent une longue et éprouvante attente, malgré leurs nombreux appels en direction des différents gouvernements en vue d’obtenir ce précieux document officiel.
« Nous faisons partie de la République de Maurice, et le gouvernement ne doit pas ignorer Agalega dans sa politique de logement social. Nou bizin fer antann nou lavwa pou ki zot napa bliye Agaleen », explique un père de famille. Les maisons dans l’archipel sont construites par l’Outer Islands Development Corporation (OIDC), qui les louent ensuite aux habitants pour une période déterminée. Toutefois, aucune nouvelle maison n’a été construite depuis au moins 12 ans. À ce jour, l’île du Nord, où la population est plus importante, compte environ une soixantaine de maisons, contre une vingtaine sur l’île du Sud.
Certes, au cours de ces dernières années, de nombreux Agaléens ont quitté leur île natale pour s’installer à Maurice, pour diverses raisons. Mais, le nombre de maisons disponibles est largement insuffisant pour répondre aux besoins actuels de la population.
« Lozman inn vinn enn problem mazer dan Agalega ! », affirme sans détour un père de famille. Chaque logement comprend deux chambres à coucher, un Living-Dining, une cuisine et les sanitaires. Lorsque de jeunes Agaléens se marient, ils continuent souvent à vivre chez leurs parents, faute de maisons disponibles leur permettant d’apprécier leur vie de couple dans un logement indépendant. Lorsqu’ils deviennent parents à leur tour, le manque d’espace se fait encore plus cruellement sentir.
« Ena lakaz kot ena 3-4 fami ki res ansam…Ena zanfan ki marye, granparan, ek ti-zanfan … sa fer boukou dimounn dan enn ti lespas … Parfwa ena 12-15 dimounn … », témoigne un habitant de l’île du Nord. Voilà la réalité à laquelle sont confrontées des familles. L’exigu Living/Dining est réaménagé pour accueillir tout le monde, tandis que le moins d’espace disponible est utilisé pour installer un lit supplémentaire.
Cette promiscuité entraîne son lot de difficultés et rend la cohabitation éprouvante. « Parfwa ena bann tansion dan lakaz ek sa fer nou gagn stres… zanfan pena plas pou fer devwar ek pou aprann… », confie une maman confrontée à cette situation.
Pour plusieurs habitants, la construction de nouvelles maisons devrait constituer une priorité absolue pour l’archipel. « Sa problem mank lakaz-la pe vinn grav », alertent-ils. Les résidents demandent au gouvernement de concrétiser le projet de construction de 50 maisonnettes annoncées depuis plusieurs années. Cette promesse revient régulièrement dans les discours lors des visites des députés et des ministres dans l’archipel mais les habitants attendent toujours sa réalisation. « Zot fer gran-gran lanons pou zis fer zorey kontan », réagit avec amertume et colère une habitante.
Combien de nouveaux logements faudrait-il construire pour permettre aux familles de vivre dignement ? La construction de 50 unités serait un objectif raisonnable « S’il y a des contraintes financières, le gouvernement pourrait commencer par construire une dizaine de maisons afin de soulager les familles les plus nombreuses et de démontrer sa volonté d’améliorer les conditions de logement dans l’archipel », estiment des habitants.
Par ailleurs, une certaine déception se fait sentir chez de nombreux Agaléens en cette fin d’année, face à l’absence de mesures concrètes. « Jusqu’ici, rien ne permet de dire que le gouvernement est passé à l’action pour concrétiser les bonnes intentions annoncées dans ses deux discours budgétaires », disent-ils en substance.
Dans son discours du budget présenté le 5 juin 2025, le Premier ministre et ministre des Finances, Navin Ramgoolam, avait fait mention d’une enveloppe de Rs 25 millions « to implement a Masterplan for Agalega to drive its sustainable development while raising the standard of living. » Et dans celui du 19 juin 2026, il était également question de « finalisation of a comprehensive Master Plan focused on housing, infrastructure, healthcare, education, renewable energy, food security, climate resilience and eco-tourism for Agalega. »
De tels engagements évoquant des projets fort encourageants suscitent certainement des attentes au sein de la population. Le logement demeure l’une des préoccupations les plus urgentes pour les habitants. Car il s’agit là de dignité humaine, de l’harmonie familiale, et des droits élémentaires des Agaléens à un logement décent.
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Le service public aussi affecté
Le problème de logement dans l’archipel ne concerne pas que les familles. Les possibilités d’hébergement sont également insuffisantes pour accueillir les délégations des différents ministères qui se rendent en mission dans l’île. Ce problème aurait aussi des répercussions sur le fonctionnement de l’enseignement secondaire.
En effet, le manque de logement disponible ne permet pas aux autorités d’augmenter l’effectif d’enseignants. « Il n’y a actuellement que six maisons pour loger six enseignants de MEDCO Agalega. Tant que le problème de logement ne sera pas résolu, il sera difficile de faire venir d’autres profs pour enseigner de nouvelles matières », expliquent des personnes proches de cet établissement scolaire.
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Expiration des baux en 2027 : des titres de propriété réclamés
Alors que les baux de certaines maisonnettes arrivent à échéance le 13 juin 2027, les habitants reviennent à la charge pour réclamer le droit de devenir enfin propriétaires des logements qu’ils occupent. Depuis leur installation dans ces maisons, ces résidents expriment régulièrement leur souhait d’en acquérir la propriété. Ils affirment être disposés à payer le montant requis, et à satisfaire tout autre critère que le gouvernement pourrait fixer.
En réponse à cette revendication, que les habitants estiment « juste et légitime », le ministère du Logement et des Terres a proposé à une quarantaine d’entre eux en 2008 un contrat de location pour une durée de 19 ans. Celui-ci stipule : « The lease is valid for a term of nineteen and a fraction years as from 9 April 2008 to expire 13 June 2027. »
En revanche, une trentaine d’habitants n’ont jamais reçu de document en bonne et due forme attestant de l’autorisation du gouvernement de s’installer dans les maisons qu’ils occupent. « Nous ne comprenons pas pourquoi le gouvernement refuse de nous donner des documents officiels. Cette situation est inquiétante pour l’avenir de nos enfants », confie l’un d’entre eux.
À l’approche de l’échéance de leurs baux, les habitants concernés commencent à se mobiliser afin de constituer leur dossier et préparer une demande formelle à déposer auprès du gouvernement. Leur objectif : obtenir enfin un titre de propriété pour leur logement. Ils sont déterminés et catégoriques : « Nous ne voulons plus un nouveau contrat de location. Nous voulons être propriétaires de notre maison comme tel est le cas à Maurice pour les bénéficiaires des maisons de la NHDC. »
Certains Agaléens lancent également un appel aux ONG militant pour les droits au logement afin qu’elles soutiennent leur revendication et les accompagnent dans leurs démarches pour réaliser ce qu’ils considèrent comme un « rêve légitime ».

