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Alors que les restaurants, les food courts, les activités nautiques et les salles de gyms, entre autres, ont repris du service le 1er juillet, les salles de cinéma et discothèques demeurent fermées. Les pertes sont énormes pour ces secteurs qui ont déjà été grandement impactés par les deux confinements et qui n’ont pas de visibilité sur l’avenir.

À la 3e phase de déconfinement débuté le 1er juillet, les salles de cinéma n’ont pas eu le feu vert pour redémarrer leurs activités. Du coup, les frais continuent à s’accumuler alors que la visibilité sur l’avenir demeure flou. “On va se battre pour qu’on ne ferme pas les cinémas, mais la situation est très difficile”, explique Éric Mallac Koenig, CEO des cinémas Star. Ce dernier explique d’ailleurs que sa demande pour un emprunt auprès de l’EDB est restée sans réponse jusqu’à aujourd’hui, soit deux semaines après. “Pour nous c’est important, nos réserves sont aux plus bas.” Pour sa part, Vinay Seewoopaul, gérant du cinéma Anand, indique que : “Nous ne pouvons pas travailler, mais il nous faut continuer à payer.”

Licenciement.

Résultat, certains ont dû licencier. “En deux années, nous n’avons pu travailler que 10 mois. Ce qui nous a obligé à licencier 15 % de notre effectif et ce n’était pas de gaité de coeur. Nous ne pouvions pas faire autrement”, explique Éric Mallac Koenig. D’autres ont dû puiser ailleurs pour continuer à payer leurs employés. “J’emploie 5 personnes que je dois payer à chaque fin de mois. Le Wage Assistance Scheme n’en vaut pas la peine puisque nous devons le rembourser après. Du coup, je dois me débrouiller”, souligne Vinay Seewoopaul.

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Les salles s’attendaient à une réouverture avec une clientèle moindre comme c’est actuellement le cas pour d’autres activités. Ainsi, certains groupes de cinémas avaient déjà anticipé la réouverture en achetant les droits de distribution de films qui vont bientôt sortir. Ce qui provoque une perte sèche. “Je m’attendais à pouvoir ouvrir nos salles le 1er juillet mais je suis obligé de respecter la décision du gouvernement. Ce qui nous accable encore plus, c’est que nous avions déjà pris de l’avance en achetant des droits de distributions de certains films qui risquent de ne plus être valables à Maurice quand on nous permettra d’ouvrir”, soutient Éric Mallac Koenig.

“Nou res bet, nou pa konpran.”

Vinay Seewoopaul est tout aussi surpris que les salles de cinéma n’aient pas eu le droit de reprendre leurs activités. “Les salles de cinéma s’ouvrent dans les autres pays. Comment se fait-il que les restaurants peuvent travailler et nous non ? Nous aurions très bien pu reprendre en respectant les gestes barrières. Nous souhaitons qu’on nous laisse opérer le plus rapidement possible.” Et d’ajouter, “il nous faudra l’arrivée d’un blockbuster pour que le secteur puisse se relancer mais nous devons ouvrir rapidement pour absorber les coûts petit à petit, même si on nous permet d’accueillir la clientèle uniquement à la moitié de nos capacités.”

Si les droits d’exploitation sont valables pour plusieurs mois dans certains cas, la sortie tardive de ces films en cinéma risque néanmoins d’être grandement perturbée par le piratage comme l’explique Éric Mallac Koenig. “À titre d’exemple, nous avons déjà acquis le droits de Fast & Furious 9 qui est supposé démarre le 21 juillet. Si on ouvre en août ou septembre, ça n’aura aucune valeur. Ceci parce que, deux semaines après la sortie du film, le public aura déjà regardé celui-ci en DVD piraté. C’est malheureusement la réalité. Non seulement sommes-nous affectés par la covid-19, mais nous sommes toujours aujourd’hui grandement affectés par le piratage. D’autant plus qu’un bon film dure 1 mois environ dans nos salles, d’autres deux semaines uniquement. Par ailleurs, la moitié de nos recettes vont aux distributeurs en moyenne, c’est un gros coup dans l’équation.”

Éric Koenig fait savoir que les salles de cinéma Star sont déjà adaptées aux gestes barrières. “Dans nos salles de cinéma, il y a déjà de la distanciation sociale par rapport à la disposition de nos sièges. Nous avons 1m50 de distance entre les sièges de devant et de derrière. De plus, nous avons mis une croix entre un siège sur deux, ce qui fait que les spectateurs seront suffisamment éloignés les uns des autres. Le seul problème, c’est qu’on est un espace clos.” S’il concède ne pas être vraiment négatif à la décision du gouvernement, Éric Mallac Koenig pense néanmoins que celui-ci aurait pu réfléchir à l’idée de mettre en place un système qui permettrait aux personnes vaccinés de se rendre au cinéma.

Par ailleurs, pour Éric Koenig, une augmentation du prix du ticket de cinéma sera inévitable à la réouverture. “Nous importons des films en payant en Euro. L’Euro est passé de Rs 40 et quelque en 2020 à Rs 51 roupies. Sans compter le prix de l’électricité qui est déjà très couteux et qui va certainement augmenter avec la montée de l’essence. Ça a un gros impact et ça va impacter le prix de nos tickets. Nous n’aurons pas le choix.”

Discothèques et Night Clubs dans le rouge

Tout comme les salles de cinéma, les discothèques  n’ont pu reprendre leurs activités. Une situation qui met l’existence même de beaucoup en péril. Fermés depuis février, ces derniers ont bien du mal à honorer les frais fixes dont ils ne sont pas exemptés. “Les pertes son énormes”, dit Gérald Gopal, directeur de Big Willy’s. “Ce n’est pas évident de tenir”, confie, pour sa part, Stéphanie Nayna, une des responsables de l’Executive Club. Elle confie que L’Executive Club a préféré ne pas accepter le Wage Assistance Scheme pour payer ses employés. “On ne voulait pas faire d’autres dettes, puisqu’il faut rembourser cette somme ensuite. On a puisé dans nos économies pour payer les salaires mais aussi pour payer les frais tels que les loyers. Le gouvernement aurait pu nous aider ne serait-ce que pour le loyer, nous permettre de payer la moitié. Ils auraient pu trouver des solutions pour nous aider”.

Cette dernière estime que les autorités auraient pu les laisser reprendre leurs activités. “Chez nous, chacun apporte sa nourriture et sont attablés. Il n’aurait pas été compliqué de respecter les gestes barrières.”  Sailesh Setahul, gérant de Queens Club, indique lui qu’il préfère rester fermer plutôt que d’opérer avec 50 % de la clientèle. “Ce ne serait pas rentable, nous ne serons pas en mesure de couvrir nos frais avec si peu de clients. Ce serait préférable de rester fermer jusqu’à ce qu’on puisse opérer normalement.” Même son de cloche du côté de Big Willy’s, “si on est limité à 200 personnes, ça ne sera pas rentable à cause des coûts tels que les cachets des DJs et des artistes aussi”, souligne Gérald Gopal.

Par contre, la réouverture du restaurant qui fait partie de Big Willy’s, permettra à ses responsables de respirer un peu, d’autant plus qu’elle cadre avec les matchs de l’Euro 2020. “C’est ce qui peut nous sauver pour les jours qui viennent. Nous pourrons projeter des matchs pour attirer la clientèle dans le restaurant. On va miser là-dessus tout en respectant les normes sanitaires. Ce n’est qu’à partir du 12 juillet, le lendemain de la finale de l’Euro, qu’on saura vraiment comment ça va se passer. Il faut savoir que le restaurant de représente que 30 % de notre chiffre d’affaires.”