Vue aérienne de l'Hôpital de nos jours

Véritable joyau architectural de l’époque coloniale française, inauguré par Mahé de Labourdonnais en 1740 et classé patrimoine national depuis 1999, l’ancien l’hôpital militaire est le site choisi pour abriter le prochain Intercontinental Slavery Museum. 280 ans après sa construction, cet édifice, l’un des plus vieux du pays, aura une nouvelle vie. Retour sur les principales étapes de son existence.

L’hôpital militaire, aussi connu comme le Labourdonnais Hospital, est l’un des plus anciens bâtiments de Maurice et fait partie intégrante de la zone tampon de l’Aapravasi Ghat.  Cette zone comprend le Moulin, la poste centrale, le musée de la poste, la douane (construite en 1830) et le Grenier. L’hôpital militaire a été le premier bâtiment construit dans le quartier de Trou Fanfaron sous l’administration du gouverneur Labourdonnais.

Vue de Port-Louis Ouest en 1859

Ouvriers et esclaves.

Dès 1736, un plan de l’hôpital avait déjà été dessiné. La construction dura de 1736 à 1740. Les travaux avaient été réalisés par 40 esclaves mozambicains et malgaches et quelques esclaves d’Afrique de l’Ouest appartenant à la Compagnie française des Indes orientales. Une douzaine de maçons indiens et de charpentiers de Pondichéry et de Karikal avaient également travaillé sur cette structure.

En 1736, afin de rendre ce projet plus convaincant aux yeux des directeurs de la Compagnie française des Indes orientales, qui hésitaient à s’engager dans une entreprise aussi coûteuse, Labourdonnais conçut le projet de manière à ce que deux ailes de l’hôpital puissent être transformées en entrepôts. L’hôpital fut officiellement inauguré par le gouverneur Labourdonnais en juin 1740. « Ce bâtiment était vraiment l’un des plus beaux à son époque. Il a été construit à une période où il n’y avait pas la main-d’œuvre qualifiée pour entreprendre ce genre de travaux, d’où la nécessité de faire venir des esclaves de Mozambique, de Madagascar et des ouvriers du Sud de l’Inde. Compléter la construction en quatre ans fut un exploit. D’autaut plus qu’il fut construit avec 70 % de coral sand stones et 30% de mortier» nous explique Satyendra Peerthum, historien, chercheur et écrivain.

Hôpital pour tous.

L’hôpital pouvait accueillir 240 lits et était considéré comme le plus beau bâtiment de Port Louis dans les années 1740. Les inventaires réalisés au cours des XVIIIe et XIXe siècles, notamment en 1767, 1811 et 1828, ont montré que l’architecture générale de l’ensemble est restée la même avec l’ajout de quatre petits bâtiments en pierre entre les années 1830 et 1840. Entre les années 1740 et 1880, l’hôpital militaire prodiguait des soins médicaux à toute la composante de la société :  les colons (blancs et de couleur), les soldats, les esclaves, les apprentis ouvriers du gouvernement, les esclaves libérés, les marrons, les vagabonds et les travailleurs indiens sous contrat. «Il ne faut pas oublier que les grands docteurs de l’époque ont également travaillé dans cet hôpital comme le Dr Brown Sequard (1817-1894), le Dr Idrice Goomany (1859- 1889) ou encore le Dr Horace Lazare Beaugeard. De plus, il a joué un rôle crucial dans la lutte contre la grande épidémie de malaria de la fin des années 1860 », souligne encore Satyendra Peerthum.

Cold Storage et hôpital militaire en 1914

Entre 1843 et 1848, avant la construction de l’Aapravasi Ghat, les indentured labourers récemment débarqués étaient également logés là pendant deux ou trois jours avant d’être envoyés chez leurs employeurs dans les plantations sucrières de l’île.

Contrôle militaire.

C’est en août 1841 que le bâtiment passa du contrôle civil au contrôle militaire. Plus de vingt ans plus tard, en 1890, il ne fut plus utilisé comme hôpital et fut vendu à l’Arabian Dock Company. Par conséquent, pendant une période d’environ 150 ans, cette structure a servi d’hôpital colonial le plus important de l’île Maurice. Entre les années 1890 et 1910, une partie de l’hôpital militaire a été utilisée comme entrepôt frigorifique (Cold Storage) et le reste comme bureaux et magasins de l’Arabian Dock Company.

Entre 1977 et 2007, l’hôpital militaire a servi de siège à la DWC ( Development Works Corporation).En général, au fil des ans, les bâtiments ont été renforcés et certaines modifications ont été apportées à la structure d’origine. En 1980, un incendie a éclaté dans l’un des bâtiments en pierre de la cour arrière. Bien que l’intérieur du bâtiment ait brûlé, la structure principale est restée intacte.

Entrée principale de l’hôpital en 1848

Importance historique.

Bien que l’hôpital militaire soit l’un des plus anciens bâtiments de Maurice, son importance historique et sa valeur patrimoniale ont longtemps été ignorées ou étaient inconnues jusqu’à récemment. Après tout, ce n’est qu’en 1999 que l’hôpital militaire a été décrété monument national ou patrimoine national et reconfirmé en 2003. Pour Satyendra Peerthum les choses bougent dans la bonne direction : « La prise de conscience de la nécessité de préserver nos monuments et sites historiques est née dans le mouvement post indépendance. L’ancien hôpital militaire est un exemple important de notre patrimoine culturel mauricien matériel qui doit être préservé à tout prix pour la postérité. J’espère que la création d’un musée des esclaves permettra d’atteindre cet objectif. »