Absolutely Must Go, récit de la lutte du peuple chagossien, était tout dernièrement au Marché du Film à Cannes. Un film documentaire du franco-mauricien S. Jean-Noël Pierre, produit par Wady Films, qui retrace cette quête vers une dignité bafouée à travers la famille Bancoult.

Co-écrit avec Sébastien Bonetti, Absolutely Must Go retrace le combat des chagossiens. Un documentaire de 75 minutes, tourné entre 2015 et 2019, ou leur déracinement brutal et tragique est mis en lumière à travers la famille Bancoult. Des évènements historiques sont évoqués, entre autres la décision en faveur de Maurice prononcée par la Cour Internationale de La Haye. L’idée derrière Absolutely Must Go “C’est de raconter une histoire et d’essayer de comprendre à travers la famille Bancoult ce qui s’est passé”, souligne S. Jean-Noël Pierre. Présent au Marché du Film à Cannes la semaine dernière, Absolutely Must Go sera sur un autre festival aux Etats-Unis prochainement. L’équipe travaille avec une boite américaine pour trouver des diffuseurs. A la base, une avant-première en France avec Olivier Bancoult était envisagée, mais la Covid-19 complique les choses, même au niveau de la distribution du film.

Laisser vivre l’histoire

Absolutely Must Go présente combat et une quête pour un retour vers la terre ancestrale. Le tournage du documentaire a démarré en 2015. Le réalisateur explique avoir choisi de “laisser vivre l’histoire”. S’ensuivirent des va-et-vients entre la France et Maurice, en passant par les Pays Bas à la Cour de Justice de La Haye. L’équipe de tournage s’est aussi rendue à Edimbourg pour rencontrer l’anthropologue britannique Laura Jeffery populaire pour ses écrits sur la situation des réfugiés chagossiens.

Rita Bancoult, le fil conducteur

Le documentaire pivote en grande partie autour des Bancoult. Parce que des trois grandes dames qui ont marqué le début de cette lutte -Lisette Talatte, Charlesia Alexis, Rita Bancoult- la mère d’Olivier Bancoult, leader du groupe refugies Chagos, était la seule toujours en vie au début du tournage. Le réalisateur raconte avoir été en mesure d’avoir de gros passages des 90 ans de Rita Bancoult. “Et de capturer le dernier témoignage de cette figure de proue de la lutte chagossienne”. Par la force de son regard, nous retrouvons le récit d’une femme forte qui nous fait voyager à Peros Banhos. Elle est le personnage principal et le fil conducteur de ce documentaire. “Rita est un lien de transmission à travers ses trois enfants. Olivier Bancoult représente le combat, Mimose le patrimoine immatériel et Ivo, le seul de la fratrie à ne pas être né au Chagos, représente la quête d’identité et le cœur. C’est le personnage qui m’a le plus touché avec sa sensibilité et sa recherche de ses racines”. Toutefois, le réalisateur tient à préciser que le combat des Chagossien n’est pas seulement l’affaire de cette famille, “Les Bancoult est l’une des familles représentant ce combat.”

Un double regard

Aguerri dans les métiers de l’audiovisuel en France, l’auteur-réalisateur S. Jean-Noël Pierre insiste : “Il faut qu’ils leur rendent les Chagos”. Cette phrase était souvent répétée par son père. Au décès de ce dernier en 2014, le réalisateur décida de porter ce combat sur le petit écran. Au contraire des autres productions réalisées autour des Chagos, S. Jean-Noël Pierre est surtout en mesure d’apporter un double regard sur la question. Installée depuis plus d’un quart de siècle en France et fort de sa culture Mauricienne, il a “suffisamment de recul pour faire passer ce feeling aux occidentaux”.

Pour rappel, S. Jean-Noël Pierre quitta Maurice à 18 ans. Détenteur d’un doctorat en sciences de l’information et de la communication, option cinéma, il débuta sa carrière comme journaliste reporter d’images pour des chaines de télévision françaises. Aujourd’hui, il est réalisateur de magazines, documentaires et de match footballistique. Il propose aussi des cours en information et communication ainsi qu’une formation sur les mini-documentaires à l’Université de Lorraine. C’est aussi un amoureux des arts qui pratique la musique, le chant, le théâtre et la danse. Dans un cri du cœur, le réalisateur tient à faire ressortir que “Ce documentaire n’a pas été réalisé dans le but de faire de l’argent sur la misère de ce peuple tout comme je pense que les Chagossiens ne doivent pas vendre leur histoire aux réalisateurs les plus offrants”.