La capture et l’abattage des chiens errants continuent en dépit de l’absence de vétérinaires à la Mauritius Society for Animal Welfare (MSAW) depuis septembre dernier. Face au silence des autorités compétentes suite aux nombreuses doléances et interrogations, ainsi qu’à l’exaspération des amoureux des animaux qui n’ont que les réseaux sociaux pour dénoncer les maldonnes, Week-End a demandé à Arvind Boolell, leader de l’opposition et ancien ministre de l’Agro-industrie, de 2000 à 2005, ce qu’il pensait de cette situation. Pour lui, la MSAW est un « eyesore », et donne une mauvaise réputation au pays. Quant au Conseil des vétérinaires, il estime que le ministre a une mainmise et que le conseil aurait dû opérer en toute indépendance.

l La MSAW est décriée depuis de nombreuses années et même sur le plan international. Ne croyez-vous pas que cela aura un impact sur notre économie touristique ?
Un pays qui ne cultive pas le bien-être animal a une mauvaise réputation et n’est pas très bien vu par les touristes. Tout est à refaire à la MSAW. Est-ce qu’il y a, au sein du ministère, des personnes qui sont vraiment concernées par le bien-être animal ? Cette institution a été un échec total. Je connais des personnes qui font de gros efforts pour expatrier nos chiens errants, et j’ai vu des photos de la transformation de ces chiens, avant et après.

l Selon vous, les autorités compétentes semblent-elles sensibilisées ou même concernées par l’inefficacité et surtout les pratiques contestées de la MSAW ?
— Etre concerné par le bien-être des animaux n’est pas donné à tout le monde: soit vous aimez, soit vous n’aimez pas les animaux. Si vous êtes un ministre, et que vous avez d’autres chats à fouetter, vous allez négliger le sujet. Si on met à la tête de cette institution une personne incompétente, on connaît bien les conséquences. C’est aussi simple que ça.

l Que pensez-vous du nouveau Veterinary Council Bill ?
— Lorsque j’étais au ministère, j’avais encouragé les vétérinaires à venir travailler à Maurice et j’ai fait venir des spécialistes, parce qu’on n’avait pas la compétence pour mettre sur pied une autorité compétente. Aujourd’hui, to add insult to injury, le gouvernement présente un Veterinary Council largement dominé par les non-vétérinaires. Le ministre y a une mainmise extraordinaire. Comment peut-il avoir une mainmise sur un conseil qui aurait dû opérer en toute indépendance ? Il faut laisser le soin au conseil de fonctionner en toute indépendance. Et ce conseil pourrait expliquer au ministre comment assurer la bonne marche de la MSAW.

l Quel pourrait être, selon vous, l’importance de l’assistance des Vétérinaires sans frontières ?
— Dans le Veterinary Council Bill, il y a des provisions pour faire venir des vétérinaires à Maurice. Mais il faut un ordre digne de ce nom. Maurice est un village dans un monde globalisé. Il faut s’ouvrir, il faut cette mobilité de gens compétents, cette politique de migration circulaire. Il faut qu’il y ait un recrutement de vétérinaires compétents, car au-delà du bien être, on importe et exporte aussi des animaux non-domestiques L’élevage est un secteur majeur de l’agro-industrie à Maurice. Je suis pour les vétérinaires étrangers, car je crois en la migration circulaire, mais il faut aussi qu’il y ait une bonne intégration.
l Qu’avez-vous à dire concernant un cas allégué de maltraitance à la MSAW où on a retrouvé dans l’enceinte de la société un chien à la colonne vertébrale fracturée ? La question parlementaire de Johanna Bérenger n’a pas été répondue jusqu’ici…
— Le ministre a choisi de ne pas répondre, parce que la MSAW est malheureusement une organisation qui s’est déviée de ses objectifs. Pour ma part, j’ai pris contact avec le secrétaire permanent du ministère de l’Agro-industrie, j’ai parlé avec le service vétérinaire et ils m’ont dit qu’il y avait une enquête en cours et que le dossier va être suivi de près. Malheureusement il n’y a pas eu de suite.

l Pourquoi l’Etat ferme-t-il les yeux sur les manquements de la MSAW ?
— L’Etat continue à subventionner la MSAW pour mercantiliser un service qui demande une approche de volontariat. Le but principal est de mercantiliser le produit et de se servir de la MSAW pour accorder des facilités à ceux qui sont dans le privé. A part cela rien ne fonctionne. Par exemple, le problème des chiens errants n’est pas nouveau. Quand j’étais ministre, on a encouragé l’adoption. Le problème à Maurice est qu’on n’a pas cette culture d’aimer les animaux. Pour moi, une enquête devrait être faite pour mettre en lumière ce qui se passe à la MSAW. Mais Le gouvernement n’a pas pu désigner quelqu’un pour diriger la MSAW et il laisse la situation se détériorer. J’ai eu des échos que des dirigeants de la MSAW sont associés à une clinique. Ils ont su profiter de la situation pour donner une dimension mercantiliste à l’élevage de chiens.

l Les ONG demandent la fermeture de la MSAW. Est-ce la solution ?
— La fermeture de la MSAW n’est pas la solution, mais je peux comprendre la réaction de la société civile parce qu’ils ne font dans cette “société” pour la protection des animaux. C’est au ministère de revoir ou de venir avec une nouvelle législation et il faut qu’il y ait une bonne symbiose entre le privé et le public. Il faut réinventer la MSAW, travailler avec les ONG régionales et internationales. Il faut une organisation autonome en dehors du gouvernement. Si la MSAW était une organisation fiable et qui travaillait de concert avec la société civile, ça aurait été différent. La MSAW est aux antipodes de tout ça.