A Senegalese police officer walks through debris left behind after violent protest broke out in Dakar, on March 3, 2021. - Senegal's opposition leader Ousmane Sonko was arrested in Dakar on March 3, 2021, according to his lawyer, ahead of his scheduled court appearance to face a rape charge. Hundreds of supporters rallied in the city before the 46-year-old was due to appear before a judge for the charge, which he has claimed is politically motivated. (Photo by JOHN WESSELS / AFP)

La présidence sénégalaise et les bâtiments officiels du centre de Dakar étaient placés sous haute protection vendredi après deux jours de troubles et à l’aube d’une journée à hauts risques de protestation contre l’arrestation du principal opposant au pouvoir.

Plusieurs quartiers de la capitale et différentes villes du pays réputé comme un îlot de stabilité en Afrique de l’Ouest ont été le théâtre depuis mercredi d’affrontements entre jeunes et forces de police, de saccages et de pillages de magasins.

Les incidents se sont poursuivis dans la nuit en banlieue de Dakar et un appel à manifester a été lancé pour vendredi, jour où Ousmane Sonko est censé être présenté à un juge.

L’arrestation, mercredi, d’Ousmane Sonko sur le chemin du tribunal où il se rendait pour être interrogé sur des accusations de viols qu’il réfute a provoqué la colère de ses partisans.

Le lieu où il se trouvait vendredi matin était incertain, un de ses plus proches collaborateurs, Djibril Guèye Ndiaye, disant à la radio qu’il n’était plus à la gendarmerie quand on lui a fait porter un petit déjeuner.

L’arrestation du troisième de la présidentielle de 2019, pressenti comme un des principaux concurrents de celle de 2024 a aussi, disent de nombreux Sénégalais, porté à son comble l’exaspération accumulée dans ce pays pauvre face à la dureté de la vie depuis au moins un an et le début de la pandémie de Covid-19.

Les manifestations ont fait au moins un mort jeudi dans le sud du pays. Un second décès, celui d’un adolescent selon les médias sociaux, a été rapporté par un élu local à Yeumbeul, dans la périphérie de Dakar, mais n’a pas été confirmé officiellement.

Jeudi soir, des manifestants ont attaqué les locaux du quotidien gouvernemental le Soleil et de la radio RFM, appartenant au groupe de presse privé du chanteur et ancien ministre Youssou Ndour, deux institutions jugées proches du pouvoir.

– L’autoroute pour cible –

Des témoins ont rapporté que des manifestants s’en prenaient dans la nuit du haut des passerelles aux automobilistes sur l’autoroute dans la banlieue de Dakar.

La journée de vendredi s’annonce chargée de tensions. Outre un appel à manifester dans tout le pays, Ousmane Sonko doit être amené par les gendarmes à une heure non fixée devant un juge chargé d’enquêter sur les viols présumés dont il est accusé, disent ses avocats.

M. Sonko avait été arrêté officiellement pour trouble à l’ordre public alors qu’il se rendait en cortège au tribunal pour être interrogé sur les viols présumés.

L’un de ses avocats, Me Bamba Cissé, a dit redouter que son client ne soit écroué à l’issue de son audition, un acte susceptible de redoubler la colère.

Un important dispositif de police a été mis en place autour du palais de justice dans le quartier du Plateau, centre névralgique du pouvoir. A quelques centaines de mètres de là, les abords de la présidence ont été bouclés par des barrières derrière lesquels ont été positionnés des blindés.

L’Assemblée nationale, proche, était également surveillée, a constaté un journaliste de l’AFP.

M. Sonko, 46 ans, fait l’objet depuis début févier d’une plainte pour viols et menaces de mort déposée contre lui par une employée d’un salon de beauté dans lequel il allait se faire masser pour, dit-il, soulager ses maux de dos.

– Inquiétude sur les libertés –

Personnalité au profil antisystème et au discours impétueux, le député réfute ces accusations. Il crie au complot ourdi par le président Sall pour l’écarter de la prochaine présidentielle.

Le président a démenti fin février, mais gardé le silence depuis sur l’affaire.

Le gouvernement a condamné « fermement les actes de violence, les pillages et destructions » jeudi soir, et prévenu qu’il prendrait « toutes les dispositions nécessaires au maintien de l’ordre public ». Il a aussi mis en garde « certains médias » contre les conséquences de leur couverture « tendancieuse ».

Dès jeudi soir, les autorités ont annoncé suspendre le signal de deux chaînes de télévision privées coupables selon elles d’avoir diffusé « en boucle » des images de violence.

Les réseaux sociaux ont rapporté des perturbations sur internet, à l’instar de celles observées dans un certain nombre de pays à l’initiative des gouvernants dans les périodes de crise.

Les défenseurs des droits s’émeuvent de la réponse apportée par les autorités aux évènements.

« Les autorités sénégalaises doivent immédiatement cesser les arrestations arbitraires d’opposants et d’activistes, respecter la liberté de réunion pacifique et la liberté d’expression, et faire la lumière sur la présence d’hommes armés de gourdins aux côtés des forces de sécurité », a déclaré Amnesty International dans un communiqué.

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