Arif Currimjee a été élu mercredi à la présidence de la Mexa lors de son assemblée générale. Il aura pour vice-président Dominique de Froberville. Le Mauricien a fait le point sur la situation dans le secteur de l’exportation avec le nouveau président de cette organisation du secteur privé.

Vous venez d’être élu à la présidence de la Mexa. Dans quel état d’esprit abordez-vous ce mandat ?
L’année dernière était une année difficile. Il aura fallu lutter pour survivre. J’aborde donc ce mandat de deux ans avec un esprit de construire et de croissance. Le secteur de l’exportation a rebondi assez rapidement et nous voyons beaucoup d’opportunités. Nous avons quitté les vents de traverse qui nous barraient le chemin pour avoir le vent en poupe. Il y a de nouvelles opportunités et de nouvelles perspectives. Il nous faut travailler avec le gouvernement, l’EDB et toutes les instances concernées afin de pouvoir concrétiser ces opportunités.

Avez-vous constaté une reprise depuis la fin du Lockdown ?
Certainement. Durant les premiers trois mois, beaucoup de nos marchés étaient toujours confinés. Depuis quelque temps, nous constatons un retour à la normale. Nous avons observé un regain d’optimisme au niveau de nos marchés en général, que ce soit pour le textile ou pour d’autres produits. De nouveaux clients sont intéressés à venir dans la région en raison des problèmes entre les États-Unis et la Chine. Certains clients préfèrent d’autres sources. Il y a de vraies opportunités de business que nous ne pouvons pas saisir pour le moment.

Puisque vous parlez de problèmes, ceux rencontrés avec l’arrivée régulière de navires ont-ils été réglés ?
Les problèmes que nous avons rencontrés avec Maersk durant le mois de mai, lorsque pendant trois semaines les navires ne sont pas venus à Maurice, ont été réglés. Mais il y a toujours une fragilité. La semaine dernière, un navire n’avait pas réussi à accoster parce qu’il y avait deux cas actifs de Covid à bord. Ce sont des cas ridicules. On aurait dû prendre des précautions sanitaires et laisser le navire livrer les containers. Comme vous voyez, il y aura toujours des problèmes de logistique au niveau maritime et aérien. Il faudra permettre à d’autres lignes maritimes de venir à Maurice. Ce ne sont pas des choses qu’on pourra faire du jour au lendemain. Toutefois, le gouvernement doit comprendre que c’est une priorité.

Comment la dépréciation de la roupie affecte-t-elle les opérateurs ?
La dépréciation est positive à court terme parce que nous exportons. Si c’est bon à court terme, ce n’est pas le cas à moyen et long termes. Il faudra que nous puissions maintenir nos prix en dollars. Si nous ne pouvons maintenir notre compétitivité, il nous faudra payer les intrants plus cher à notre détriment.

Le dernier rapport du FMI insiste sur la nécessité de diversifier nos produits et de nous engager dans la production de produits plus complexes. Qu’en pensez-vous ?
Le FMI a bien identifié les défis auxquels nous sommes confrontés. Il est clair qu’il nous faudra avoir de nouveaux investissements dans notre outil industriel, que ce soit pour le marché local ou pour le marché de l’exportation, notamment dans le textile et les équipements médicaux. Lorsqu’on regarde la tendance durant la dernière décennie, chaque année, le FDI dans les produits manufacturiers a baissé, jusqu’à atteindre un niveau ridicule. C’est un gros défi. Pour la première fois depuis des années, il y a de nouvelles opportunités qui attireront les investisseurs à Maurice. Ce n’est pas la Mexa, mais l’EDB et le gouvernement qui doivent faire un travail de promotion et introduire les incitations nécessaires dans tous les secteurs.

Concernant le textile, le rapport du FMI nous reproche de nous limiter à une production basique…
Je ne crois pas que ce soit vrai. En fait, nous avons une capacité de production limitée. Les Mauriciens ne veulent pas travailler dans le secteur et il faut importer des travailleurs étrangers. Toutefois, il y a une grosse opportunité pour les produits à haute intensité de capitaux. En fait, nous avons demandé au gouvernement de financer un rapport. L’étude est en cours et nous espérons avoir les résultats d’ici la fin de l’année. Nous saurons alors les initiatives que le gouvernement devra prendre afin de positionner Maurice comme un hub soutenable pour la fabrication textile.
Il y a une grosse opportunité non seulement pour les usines locales, qui pourront acheter des tissus pour fabriquer du prêt-à-porter, mais il y a aussi un marché à Madagascar, en Afrique et ailleurs. Il est possible de faire de Maurice un “textile hub” qui exporterait des tissus et du fil vers les pays de la région et en Afrique. Nous sommes actuellement en présence d’une demande du Bangladesh, qui aurait souhaité que nous leur fournissions du fil.

Quid des accords de libre-échange avec l’Inde, la Chine, etc. ?
Ces accords nous seront d’une très grande aide. Je suis certain que beaucoup d’investisseurs en Chine et en Inde ne sont pas au courant de ces accords. Nous devrons mener une campagne de promotion dans ce sens. De plus, en tant qu’exportateurs mauriciens, il nous faudra comprendre les opportunités qui existent pour qu’on puisse exporter vers ces pays. Ce sont de nouveaux marchés pour nous. Ce travail de recherche doit être effectué par l’EDB.

La production de thon semble être un peu essoufflée. Quelle est votre évaluation de la situation ?
Le secteur avait été un peu ébranlé avec les cas de Covid que nous avions enregistrés. Nous discutons avec le ministre du Commerce en vue de définir un protocole concernant la “business continuity”. Les mois de juillet, août et septembre seront assez critiques, parce que nous n’avons pas encore atteint l’immunité collective. Et il y aura encore des cas de contamination. On ne peut à cause de cela fermer à nouveau l’usine Princess Tuna. Les récentes deux semaines de fermeture leur ont couté 5 millions d’euros. C’est vrai que le secteur du “seafood” a été dominé pendant trop longtemps par le thon. Au niveau de la Mexa, nous travaillons en vue de la diversification de ce secteur. Il nous faudra nous tourner vers d’autres produits.
En gros, nous travaillons beaucoup sur la diversification du textile, du secteur non-thon, des équipements médicaux, le secteur pharmaceutique… Il y a de grandes possibilités en matière de Clinical Test à Maurice, mais il faudra changer les législations. Il y a des investisseurs qui attendent que la loi soit amendée avant d’investir dans leurs projets. Il y a également le rhum, qui représente un gros secteur. Malheureusement, les sucriers ne sont pas intéressés, mais nous les accompagnons dans ce domaine. L’Africa Warehousing a bien démarré.

Quand ce projet sera-t-il opérationnel ?
C’est déjà fait. Plusieurs compagnies mauriciennes l’utilisent déjà. Nous espérons atteindre Rs 70 millions d’exportations d’ici la fin de l’année. Nous lancerons alors un deuxième batch.