Ils se l’étaient promis. Ils l’ont fait. Peut-être pas jusqu’au bout, mais Roomesh et Loic y sont allés. Jusqu’à 400m. Pas jusqu’au toit. N’empêche, « l’expérience en valait l’effort », disent les deux jeunes Mauriciens établis à Paris, conscients qu’ils ont encore du chemin à parcourir avant que leur corps ne s’habituent à l’altitude et qu’ils puissent remettre ça et tenter à nouveau le sommet du Mont Blanc.

Ils étaient à ça de leur rêve. Vraiment ça… Deux heures de marche encore. Hélas, en raison des conditions météo défavorables, mais aussi leur condition physique, Loic Tse et Roomesh Seebaluck ont dû rebrousser chemin samedi matin, après avoir tenté la veille l’ascension du Mont Blanc. Mais ils n’ont aucun regret. Ce qu’ils ont vécu pendant la semaine fut un véritable challenge, disent-ils. Certes, l’objectif était d’atteindre le plus haut sommet d’Europe, qu’ils n’ont pas réussi, mais c’était aussi et surtout de se surpasser. « Et là, c’est le cas de le dire. Nous avons atteint d’autres sommets en nous-mêmes », disent les jeunes hommes. Rentrés à Paris, ils nous ont brièvement livré leur aventure « mémorable, extraordinaire, sensationnelle… » Les qualificatifs ne manquent pas pour qu’ils décrivent leur « folle semaine » dans les Alpes.

C’est lundi qu’a démarré leur aventure. De Paris, direction Chamonix où ils passent la nuit et préparent leur matériel pour « monter » le lendemain. Le départ est prévu à 7h. Premier objectif : grimper au Refuge Albert 1er, à quelque 2200m d’altitude. Il faut qu’ils apprennent à s’acclimater en montagne. Une première pour ces jeunes Mauriciens qui – s’ils sont des habitués de randonnées – ne pratiquent pas la montagne. Dans leur groupe, il y a deux autres personnes, deux Français, un ingénieur et un chercheur, hormis le guide.

« La première étape est plutôt sympa. On a tenu. On a passé la nuit », raconte Roomesh. Là haut, ils font connaissance avec des techniques d’évolution sur glace. Le guide leur explique comment marcher pour ne pas tomber dans les crevasses et si jamais cela arrivait, comment réagir. Ils apprennent comment utiliser le piolet et les crampons… C’est l’excitation. «En montagne, c’est pas tant le froid qui est gênant. C’est surtout le manque d’oxygène. Car là, en altitude, il faut aussi pouvoir faire les efforts pour marcher», disent les jeunes hommes conscients que leur expérience est périlleuse. D’autant que la semaine précédente, il y a eu deux cas dramatiques en ascension: l’un a eu un pied gelé et est mort en attendant les secours, et l’autre a été victime d’un rocher qui lui est tombé dessus.

“On faisait deux pas et on était essoufflé”

N’empêche, nos jeunes Mauriciens qui se sont offert cette ascension du Mont Blanc pour leur 30 ans veulent continuer et se surpasser. Après une seconde nuit en montagne, ils entament mercredi une deuxième ascension. Objectif 3300m d’altitude. Mais déjà, la météo a changé. «C’était très dur de marcher. On faisait deux pas et on était essouffl é. On ne pouvait pas se parler. Il fallait rester concentrer sur le tracé», racontent-ils. Soudain, en dix minutes, le ciel bleu du matin vire au gris. Pas de visibilité. «On pouvait à peine voir à deux-trois mètres devant nous», expliquent Loic et Roomesh. Avec le guide, en raison de la météo, les marcheurs redescendent à 2200 mètres. «On a mangé. De la soupe, car en altitude on ne peut pas trop manger. Et on a repris le chemin du retour vers Chamonix à 1000m où on a passé une nouvelle nuit», disent-ils.

Le plus dur c’est l’altitude

Suspendus aux caprices de la météo, ils projettent néanmoins de retenter l’expérience jeudi. Le départ est à 7h. Il faut monter à 3200m au refuge Tête Rousse. « C’est là que nous avons commencé à ressentir les effets. La route est assez cahoteuse, mais le plus dur c’est l’altitude », expliquent les deux amis. Au Refuge, ils se reposent. Ils apprennent qu’il y a eu deux morts encore cette semaine. L’un a disparu et l’autre a été engouffré dans les crevasses. Il ne restait que son sac. Mais Roomesh et Loic ne veulent pas s’attarder sur ces détails qui font peur. Ils doivent dormir car le lendemain c’est le grand jour, ils entament l’ascension du sommet du Mont Blanc. Le réveil est à 4h du matin. Avec leur guide, Roomesh et Loic commencent le périple. Il fait froid mais il n’y a pas de vents. Les jeunes hommes emmitouflés dans leur doudoune marchent, mais « l’altitude est violente » et ils commencent à en ressentir les effets. Roomesh avoue qu’à 8h, il était déjà K.O. « J’avais la tête lourde et qui tournait. C’est une sensation difficile à expliquer. Un peu comme une ivresse. Pe seye respirer meme mais pena l’air. Je ne sentais plus mes pieds. J’avais des tremblements. Mon corps ne pouvait pas s’acclimater », raconte-t-il. Commencèrent alors les vomissements, signe du mal de l’altitude. « Je n’avais pas l’esprit clair et je transpirais », dit le Vacoassien qui demande au guide de se poser. Après un café, le guide annonce que la météo semble plus clémente et c’est le signal de reprendre la route. Mais Roomesh n’en peut plus. Il déclare forfait. Ce sera pour une autre fois.

Vomissements

Loic, lui, s’accroche et suit le guide. A 4400m, cependant, le jeune homme a du mal. Il ne ressent plus ses mains. Il demande au guide de faire une nouvelle pause et s’abrite dans une cabane. A peine y pose-t-il les pieds qu’il vomit. Lui aussi est pris du mal de l’altitude. Il ressort de la cabane et vomit à nouveau. Non, il ne pourra pas aller plus loin. Pourtant, le sommet du Mont Blanc est à 400 mètres plus loin. Mais ces 400m en altitude équivalent à deux heures de marche supplémentaire. Ce sera pas pour cette fois. Il décide de redescendre et rejoint Roomesh au Refuge du Goûter. Hier, samedi, les deux compagnons, malgré leur état la veille, auraient bien voulu retourner et continuer vers le sommet de l’Europe. Mais en raison de l’orage et des rafales de plus de 150km/h, ils ont préféré redescendre vers Chamonix.

Source d’inspiration

Une descente qui n’a pas pour autant été de tout repos en raison des vents forts. « Il a fallu qu’on s’agrippe aux rochers. C’était tout aussi dur que la montée », explique Roomesh. Une fois en bas, c’est le retour à la normale. Leur corps reprend de l’énergie. Ils se sentent nettement mieux. Deçus quelque part de ne pas être parvenus au sommet du Mont Blanc, alors qu’ils étaient si près du but. Mais heureux d’avoir vécu cette expérience. « Nous avons tiré des leçons de cette aventure car maintenant nous savons que nous avons encore du chemin à faire pour que notre corps s’acclimate. Mais nous sommes surtout satisfaits d’avoir osé repousser nos limites. C’était notre challenge. On va s’entraîner et acclimater notre corps pour retenter prochainement l’aventure », disent les deux Mauriciens. Surtout qu’ils ont appris que pas plus tard que mercredi, alors qu’ils étaient dans les alpes, un autre Mauricien nommé Andy a tenté l’ascension du Mont Blanc et l’a réussi. « Pourquoi pas nous..? Bientôt! », disent Roomesh et Loic. Le plus important dans leur aventure, insistent-ils, c’est de poursuivre leur rêve. « C’est cela que nous voulions, vivre un rêve et nous l’avons fait. Et si notre aventure peut inspirer d’autres jeunes à poursuivre leur rêve, quel qu’il soit, nous serons heureux », concluent-ils.