• Même pas une petite imposte pour des excuses, ce qui fait que le chef de file du PTr ne sera pas dans l’hémicycle jusqu’à décembre
  •  CSG nouvelle version : des arguments peu convaincants de la majorité pour contrer les charges lourdes de l’opposition

Arvin Boolell a pris huit semaines de suspension incompressibles mardi dernier à l’Assemblée nationale suivant des incidents opposant le chef de file du PTr au Speaker. C’était durant les échanges sur la Private Notice Question sur la Mauritius Investment Corporation, dont les dérives, le favoritisme et l’opacité ont été exposés par Xavier Duval, lequel a évoqué du « fishy business » avec des fonds décaissés en faveur des proches du pouvoir. « Others quiet ». C’est ce que Sooroojdev Phokeer a lancé en direction de l’opposition pendant que le leader de l’opposition ciblait le MIC et ses travers et qu’il était sous le coup d’une interdiction de parler de pratiques douteuses et même de dire que l’argent de cet organisme, issu de la Banque centrale, n’appartenait ni au ministre des Finances ni au gouverneur, commis public dont l’évocation du nom a aussi été rejetée par la présidence. Alors que Xavier Duval voulait savoir du Speaker pour quelles raisons il lui interdisait de citer le nom du gouverneur, Arvin Boolell s’est aussi mis de la partie pour formuler la même demande. « Others quiet ! » a répété Sooroojdev Phokeer, ce qui a eu le don d’énerver le chef de file du PTr qui lui a demandé: «Who are your talking to ?»

 

Comme le Speaker continuait avec son disque rayé « quiet ! quiet ! », le député rouge a réagi en lui faisant remarquer que « you are not talking to your kid ». — « Withdraw from the chamber », a alors décrété la présidence. Arvin Boolell, visiblement en colère, a lancé: « Shame ! Shame on this Chamber ! » « Withdraw from the Chamber ! » a insisté le Speaker qui finira par décider de « name » le député. « Bachara », a réagi le député avant de se retirer. Sooroojdev Phokeer a dû suspendre la séance pour donner suite à sa décision de suspendre Arvin Boolell.

Avec cette interruption des travaux, les deux hommes se sont croisés dans les couloirs et ont poursuivi leurs échanges acerbes au point où ils ont failli en venir aux mains, n’était l’intervention de Patrick Assirvaden et des policiers de service. A la reprise des travaux, le Premier ministre a présenté la motion visant à concrétiser la décision du Speaker. Pravind Jugnauth a proposé que le député Boolell soit suspendu pour la séance du jour et pour huit autres séances. La motion, invariablement secondée par le Premier ministre adjoint Steven Obeegadoo a, bien entendu, été approuvée par la majorité.

Même si Renganaden Padayachy a invoqué la confidentialité pour ne pas répondre aux questions, cela n’a pas empêché Xavier Duval de jeter quelques pavés dans la mare en révélant des micmacs à la MIC et que le conseil d’administration de la MIC avait renversé la décision du Investment Committee de ne pas octroyer des crédits à Akay Fishing et à Avinash Gopee, des proches du pouvoir qui les ont finalement quand même obtenus.

Gros effort cette semaine de la part du Premier ministre qui a réussi à répondre à trois questions durant la demi-heure qui lui est impartie au lieu des deux habituelles. Pravind Juganuth a, en effet, donné, comme le lui demandait Joanna Bérenger, quelques informations factuelles sur le décès de Graham Watkins, décédé alors qu’il conduisait une opération à Mare-aux-Vacoas, puisque l’enquête est en cours.

Après la question de Subashnee Luchmun-Roy sur le Media Trust, le Premier ministre a aussi répondu à une question de Reza Uteem sur le cas des faux en écriture concernant un document bancaire au préjudice du CEB en marge de son projet éolien de Plaine-Sophie. Il a indiqué qu’il y a eu une seule arrestation et huit personnes interrogées, mais pas de poursuites judiciaires encore.

La tranche des questions aux ministres a été marquée par la « PNQ », terme utilisé tant par le Speaker que le ministre de l’Environnement Kavi Ramano pour qualifier la nature précise des questions de la députée Joanna Bérenger sur la nécessité de rendre aussi publics les projets non-soumis à un EIA, mais qui peuvent néanmoins être encadrés sur le plan environnemental. Pour en finir, le ministre a invité la députée du MMM à venir avec des questions spécifiques pour qu’il puisse répondre.

Situation pour le moins cocasse durant les échanges entre Joanna Bérenger et la ministre Kalpana Koonjoo-Shah sur les tablettes disponibles dans l’Internet Support Centre Service. En voulant, comme d’habitude, limiter les questions supplémentaires de l’opposition, le Speaker a sorti une nouvelle énormité. Il a demandé à Joanna Bérenger: « Are you putting a question or asking the minister ? » comme si cela ne revenait pas au même.

Renganaden Padayachy a mis sur le compte d’une erreur le changement en 48 heures de Statistics Mauritius des prévisions du taux de croissance pour 2021 de 4.4 % à 5.4 % pour 2021. C’est du moins le sens de la réponse donnée par le ministre des Finances à Reza Uteem. Il a aussi expliqué que Gilbert Gnany, qui était le président de Statistics Mauritius et qui s’est retiré juste après ce changement de prévision, le démissionnaire a invoqué « l’augmentation significative de ses engagements professionnels » dans sa lettre de démission adressée au président de la République.

La séance de mardi s’est terminée avec le vote de l’Institue of Technical Education and Technology Act, présentée par Leela Devi Dookun-Luchoomun. Sont intervenus sur ce texte, Mahen Gungapersad, le ministre Soodesh Callychurn, Arianne Navarre-Marie, Subashnee Luchmun-Roy, Rajanah Dhaliah, Ritesh Ramful, Prakash Ramchurrun, Teenah Jutton, Kushal Lobine, Dorine Chukowry, qui a profité pour saluer « la contribution de mon époux, en tant qu’ex-Chairperson du Technical School Management Trust Fund dans les années 2003-2004, », Vikash Nuckcheddy et le ministre Sunil Bholah.

La séance de vendredi, qui a commencé avec une déclaration du Speaker que lui a adressée le député travailliste Eshan Juman sur la divulgation de l’identité de la fonctionnaire qui est tombée du dixième étage de l’immeuble Emmanuel Anquetil, a été consacrée à l’examen du Social Contribution and Social Benefits Bill présenté par le ministre des Finances Ranganaden Padayachy. Beaucoup de points litigieux évoqués par les députés de l’opposition, en mode attaque sur ce texte, tandis que les intervenants de la majorité, un peu sur la défensive, ont eu peu de réponses concrètes aux interrogations multiples dans et hors de l’hémicycle, si ce n’est de répéter une ou deux clauses du texte, comme les indemnités en cas d’accident au travail qui sont un mince progrès pour les salariés. En clair, peu d’arguments convaincants face aux charges lourdes de l’opposition.

La présentation du ministre des Finances, elle-même, a été des plus sommaires sans projections sur l’avenir, si ce n’est qu’une réforme s’imposait et que la mesure est « progressiste » et « de solidarité ». Le premier intervenant, le leader de l’opposition, n’a pas fait dans la dentelle en affirmant que si le projet de gouvernement d’en finir avec le NPF et que les Rs 13 500 promises ne seraient payées qu’en 2024 et que les contribuables auraient à payer, le MSM et ses acolytes n’auraient pas « obtenu la moitié des votes » récoltés lors des dernières élections. Il s’est aussi élevé contre le procédé qui consiste à faire voter une loi en rebaptisant la CSG « contribution sociale » pour contrer les procès qui sont devant la justice. Après avoir dit considérer la CSG comme une taxe massive sur les Mauriciens, le leader de l’opposition a relevé le nombre incalculable d’incohérences et d’injustices du texte, les petits marchands devant aller recruter des comptables pour procéder à des paiements électroniques à la MRA et les fonctionnaires qui risquent de toucher une pension de retraite supérieure à leurs salaires.

Il s’est aussi attardé sur la viabilité d’un système qui ne générera que Rs 6 milliards annuellement, alors même que c’est une enveloppe de Rs 12 milliards qui sera nécessaire pour honorer le paiement des Rs 13 500. Xavier Duval a terminé en demandant au ministre de retirer le texte. La ministre de la Sécurité sociale et de la Solidarité nationale a cité divers rapports pour justifier la réforme de la pension qui serait devenue, selon elle, insoutenable dans les années à venir. Pour Fazila Jeewa-Daureeawoo, le système proposé fera que les plus petits salariés paieront moins pour obtenir un montant plus élevé comme pension de retraite.

Reza Uteem, aux propos fermes, est remonté à 2004 pour rappeler que le ciblage du paiement de la pension décidé alors que Pravind Jugnauth était vice-Premier ministre et ministre des Finances avait été rejeté par la population, et surtout, a coûté cher à l’alliance MSM/MMM aux élections générales de 2005. Contredisant celle qui l’avait précédé à la tribune, le député du MMM a cité des passages d’un rapport du FMI qui a considéré comme soutenable la pension à l’horizon 2050 et que c’est une preuve que la CSG n’avait pas sa raison d’être et que, si une réforme s’imposait, elle aurait dû être l’objet de vastes consultations.

Le député, qui est revenu sur le « bribe électoral » de 2019, a aussi évoqué les cas qui sont en cour qui touchent à la Constitution et que le gouvernement n’aurait pas dû présenter un texte au Parlement, alors même que les tribunaux n’ont pas encore tranché. La ministre de l’Egalité des genres a fait ce qu’elle sait faire : le procès de l’opposition et du PTr, surtout avec un langage fleuri en disant que « bouré ousi pa ine kapav bouré ». Lui a succédé à la tribune Farhad Aumeer, qui a dénoncé la nouvelle taxe et les gaspillages dont est responsable ce gouvernement. Rajanah Dhaliah a tenté tant bien que mal de réfuter l’argumentaire de l’opposition en affirmant que la CSG ou la CS (contribution sociale) n’est pas une taxe, mais un investissement, tandis que Eshan Juman du PTr a dénoncé la fin du NPF qui avait été introduit par Sir Seewoosagur Ramgoolam avant de qualifier la CS de « supercherie ». Si le député de Rodrigues Joseph Buisson Léopold a, comme d’habitude, apporté son soutien au projet de loi et a même parlé d’idéologie sociale démocrate, Ritesh Ramful s’est demandé où était l’urgence d’un tel texte, alors même que les derniers chiffres indiquent que le NPF dispose de Rs 136 milliards.

Après la pause pour le dîner, c’est un ministre des PME, au ton peu résolu, qui a défendu le texte pour céder ensuite le micro au leader du MMM qui a été bref, mais offensif en dénonçant « beaucoup de verbiage, mais pas un seul mot sur les critiques formulées par les spécialistes ».

Pas un mot non plus sur la destruction du NPF, le bien des salariés, sur le fait que la pension sera bloquée à Rs 9 000 pour les pensionnés, veuves, orphelins et handicapés et que le paiement sera fait à 65 ans, a dénoncé Paul Bérenger. Il a également critiqué le piège tendu aux auto-entrepreneurs qui devront passer à la caisse après avoir été attirés par l’appât du Wage Assistance Scheme et le leurre qui consiste à faire croire aux salariés qui ne paieraient que 1.5 %, alors même que les 3 % qu’ils payaient jusqu’ici étaient versés dans son compte au NPF et non un taxe payée au budget de l’Etat qui serait appelée à augmenter pour combler le trou à venir.

Le leader du MMM a, une fois de plus, dénoncé une bombe à retardement et a prévu que ce que le gouvernement va débourser pour le Pay Research Bureau aux fonctionnaires, il va reprendre d’une autre main. Dans sa conclusion, Paul Bérenger a lancé que « personne n’a le monopole du patriotisme ». Il a aussi dénoncé comme « une arnaque massive et une escroquerie historique » la promesse du doublement de la pension à Rs 13 500 par mois pour venir ensuite avec la CS.

C’est, comme à l’accoutumée, Alan Ganoo qui a proposé l’ajournement des débats pour la prochaine séance, question de monopoliser les dernières interventions mardi prochain et se donner cinq jours pour préparer la réplique à l’opposition.

Mardi prochain — Le PMQT de nouveau dominé par les problèmes portuaires

Le Prime Minister Question Time sera, ce mardi encore, dominé par les problèmes portuaires avec quatre questions pour le Premier ministre, dont trois de Rajesh Bhagwan inscrites à l’agenda de mardi, puis retirées pour être mieux positionnées en ordre de préséance à la prochaine séance. Son collègue Reza Uteem le précédera avec une question pour Pravind Jugnauth sur les divers projets dans le port totalisant de Rs 2,2 milliards annoncés dans le dernier budget.

Les autres questions pour le Premier sont la construction d’un gymnase sur un site appartenant à la Special Mobile Force (Joanna Bérenger), l’arrestation d’un certain J. J par la police (Eshan Juman), les lignes aériennes autorisées à desservir le pays depuis le 15 juillet (Kushal Lobine), les postes vacants dans la police (Aadil Ameer Meea) et les bateaux qui se sont retrouvés en difficulté au large de Pointe d’Esny depuis août 2020 (Richard Duval).

Parmi les questions adressées aux autres ministres des sujets qui ont récemment fait l’actualité, comme celle de Stéphanie Anquetil sur les menaces d’une internaute contre les handicapés, de Reza Uteem sur les plans de pension des employés d’organismes parapublics et les administrations régionales et le secteur pharmaceutique.

Le nom des étrangers travaillant à Maurice est une des questions inscrites au nom du député travailliste Farhad Aumeer ainsi que l’environnement, l’utilisation de pas géométriques et l’utilisation des pesticides par ailleurs, évoquée par Joanna Bérenger.

Rajesh Bhagwan reviendra à la charge sur la nomination de Rajiv Servansingh à la STC et sa colistière Karen Foo Kune-Bacha sur le trafic d’enfants, tandis que leur collègue Arianne Navarre-Marie s’intéressera aux problèmes de nouveau-nés dans les hôpitaux.

Autres sujets de brûlante actualité qui sera évoquée au Question Time, le montant des revenus de CSG perçus par la MRA (Aadil Ameer Meea), l’état des dortoirs des travailleurs étrangers, l’extension du métro à Ebène (Richard Duval) et le CEB (Fibernet) (Deven Nagalingum). Pas mal de questions aussi cette semaine encore sur la Covid.