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Le 21 juillet 2002 et le 27 août 2003, le Mauricien Stephan Buckland établissait les records de Maurice du 100m (10ˮ13) et du 200m (20ˮ06). Tout comme Éric Milazar, qui lui a battu le 7 juillet 2001 le record national au 400m avec une performance de 44ˮ69. Depuis, les années se sont écoulées, mais leurs successeurs ont bien du mal à courir aussi vite. La barre placée par Buckland et Milazar est-elle trop haute à l’heure actuelle ? Quelques années auparavant, le sprint mauricien brillait de mille feux avec des éléments comme Stephan Buckland, Éric Milazar, Fernando Augustin, Fabrice Coiffic et Jonathan Chimier.

Mais la succession de ces coureurs a été compliquée. Le dernier à avoir couru sous la barre des 10ˮ40 est Jonathan Bardottier, double médaillé d’or aux derniers Jeux des îles de l’océan Indien. « Je ne dirai pas qu’Éric et moi nous avons mis la barre trop haut, car nous avons fait énormément de sacrifices pour en arriver là », souligne Stephan Buckland. Dans le passé, des jeunes comme Jonathan Permal semblaient avoir le potentiel de se rapprocher des chronos de Stephan Buckland aux 100 et 200m, car celui-ci a enregistré en 2014 un temps de 10ˮ46 sur l’épreuve reine et 20ˮ85 au demi-tour de piste. Cette dernière performance reste, pour l’heure, la meilleure marque d’un sprinter mauricien après Buckland. Mais Permal a ensuite mis fin à sa carrière.

« Nous avons perdu beaucoup de nos talents au fil des années. Certains n’ont pas su être réguliers et d’autres n’ont pas eu le soutien nécessaire des autorités. Et ce sont certainement les raisons pour lesquelles mes records ainsi que ceux d’Éric sont toujours sur les tablettes nationales », nous confie l’ancien sprinter. Si depuis 2003, le sprint mauricien a dominé l’océan Indien, pour le recordman de l’épreuve reine, « si un athlète souhaite percer à l’échelle mondiale, il se doit de voir plus loin que l’océan Indien. Il faut s’imposer en Afrique afin de pouvoir titiller les compétitions internationales ». Rappelons que Stephan Buckland a été triple médaillé d’argent des championnats d’Afrique de 2000 (100m), 2006 (100m) et 2008 (200m). Mais depuis l’édition 2008 en Éthiopie, aucun Mauricien n’a atteint les finales des 100m, 200m ou 400m.

« L’athlétisme a beaucoup évolué au fil des années et cela du bon côté. Selon moi, à Mauricie, il faut changer cette mentalité de faire courir un athlète pour avoir une médaille qui coûte uniquement Rs 60. Il faut innover, avec des bons d’achat par exemple… Cela pourrait certainement encourager l’athlète et créer une certaine motivation. Éric et moi, nous avons eu la chance d’être sponsorisés à notre époque. En ce moment, c’est très difficile d’obtenir un sponsorship avec la Covid-19 et le nouveau système du CSR. Les entreprises ne reçoivent rien en retour, mais il faut quand même trouver une solution à cela. Sans ces ingrédients, l’écart entre les athlètes africains et les Mauriciens va se creuser davantage », fait ressortir Stephan Buckland.

En vue des prochains championnats d’Afrique seniors qui se tiendront en juin en Algérie, au sein de la présélection qui a été dévoilée par l’Association mauricienne d’athlétisme, on ne voit aucun représentant dans les épreuves des 100m, 200m et 400m.

Les minima A et B pour cette compétition africaine semblent inaccessibles, ce que regrette le double recordman de Maurice. « C’est toujours triste de ne pas voir un compatriote sur le 100 ou 200m lors d’un championnat d’Afrique. Si on se base sur les JIOI de 2019, avec les chronos réalisés, les athlètes mauriciens se feraient éliminer dès le premier tour ». Du côté féminin, le constat est encore plus décevant.

Les 2 juillet et 14 avril 1994, Jane Thondojee a établi les records de Maurice aux 100m (11ˮ72) et 200m (23ˮ83). Et deux ans plus tôt, Sandra Govinden a quant à elle inscrit son nom aux tablettes du 400m avec un chrono de 54ˮ62. Depuis, seule Mary-Jane Vincent a pu se rapprocher de ces références durant les années 2010 à 2013, soit en réalisant 11ˮ78, 24ˮ00 et 54ˮ87 respectivement. « Il faut être réaliste, car les performances ne mentent pas. Le niveau du sprint mauricien a régressé et celui du continent africain ne cesse d’augmenter. Nous avons plusieurs failles dans notre système, mais ce n’est jamais trop tard pour redresser la situation avec des méthodes du passé comme les intercollèges et les championnats de relais », estime l’ancien sprinter.