– Les longanes refont leur apparition en avance sur le calendrier

L’été approche et le Food and Agricultural Research and Extension Institute (FAREI) a déjà sa petite idée en ce qui concerne la production de fruits de saison cette année. Les perspectives sont des plus juteuses. Selon le directeur adjoint de cet institut, Prakash Goolaub, la récolte sera bonne cette année, car de nombreux arbres fruitiers sont déjà en floraison à travers l’île.

Le FAREI compte des vergers à travers l’île pour faire un constat régulier de la situation, dira son directeur, Prakash Goolaub. En même temps, le département de recherches fait des analyses sur l’évolution de la floraison, les conditions climatiques, l’éventuelle attaque des chauves-souris ainsi que les autres oiseaux qui sont friands de fruits. Ce qui lui permet de faire une estimation de la récolte tout en prenant en considération les dégâts qui pourraient être causés. « À ce stade de l’année, le FAREI constate que la floraison est très bonne pour la plupart d’arbres fruitiers mais par contre le climat venteux qui a prévalu était assez sec. Pour la production de litchis, il faut quand même un climat assez humide pour qu’il y ait la pollinisation. Il faut donc qu’il y ait l’humidité adéquate pour la pollinisation. Là, on va continuer à attendre vu que nous avons constaté qu’il y a plusieurs régions où nous avons déjà constaté que de petits fruits ont déjà fait leur apparition. Ce qui fait que la pollinisation est assez correcte dans certaines régions. Nous nous attendons donc à ce qu’il y ait une récolte normale cette année, soit entre 2 500 à 3 000 tonnes environ », souligne le directeur adjoint du FAREI. Et de constater que l’année 2019 a été une année exceptionnelle. C’est la première fois, dit-il, qu’il a noté que les longaniers n’avaient pas fleuri et qu’il n’y avait pas de longanes sur le marché.
« C’est la première fois que cela est arrivé à Maurice. Nous avons parcouru les relevés de plusieurs années et nous n’avons pas constaté une telle situation. Cette année, par contre, nous avons constaté que les longaniers ont commencé à fleurir assez tôt. Généralement, la production de litchis démarre à partir d’octobre et début novembre et jusqu’à décembre, celle de longanes en janvier et février. Nous avons constaté que la floraison des longaniers a lieu plus tôt que prévu cette année et sus de ça, les arbres fruitiers sont bien remplis. Nous prévoyons donc que le longane refasse son apparition cette année et même en avance, mais après la production de litchis. Par contre, nous avons aussi constaté que la mangue est déjà en production, Même s’il y a des manguiers qui sont toujours en floraison, il y a beaucoup de mangues qui sont presque arrivées à maturité et les gens ont déjà commencé à les consommer. Donc, on s’attend à ce que les gens puissent consommer la mangue jusqu’à février, mars de l’année prochaine. Il faut savoir que les manguiers ont la particularité de faire au moins deux floraisons en une année », déclare le directeur général du FAREI. Il insiste ainsi sur le fait que pour avoir une bonne récolte de litchis, il faut qu’il y ait nécessairement un hiver assez sec. Cela favorise une bonne floraison. Comme d’habitude, les chauves-souris vont faire leur apparition durant la période de production de litchis. Déjà nous avons constaté qu’elles ont déjà commencé à s’attaquer à la production de la mangue. « Puisque nous n’avons de cyclone, la population des chauves-souris est assez stable et elles raffolent de fruits. Il y a quand même un plan d’aide pour empêcher les chauves-souris à faire des dégâts. Cette année, le FAREI prévoit que la production de la mangue tournera autour de 1 200 tonnes et on s’attend entre 80 et 100 tonnes de longanes cette année. Nous prévoyons aussi entre 20 à 25 tonnes d’avocats, 100 à 120 tonnes de fruits à pain et 1 200 à 1 300 tonnes de melon d’eau. Nous prévoyons cependant une baisse dans la production d’ananas. » Cette situation s’explique par le fait que l’ananas est un fruit qui est très consommé dans l’hôtellerie. L’exportation de ce fruit a diminué de façon conséquente. La demande a donc chuté. Mais cela ne va pas se faire sentir nécessairement sur le marché à Maurice. « Peut-être que nous pouvons constater un surplus d’ananas sur le marché à Maurice. Normalement la production tourne autour de 9 000 a 9 500 tonnes annuellement. Au fil des années, la superficie d’ananas a augmenté considérablement a travers l’île », dit Prakash Goolaub. Ce dernier est d’avis qu’il n’y a pas souci à se faire pour le moment concernant la production de la papaye. « Le prédateur qui affectait ce fruit auparavant n’est plus d’actualité. Pour ce qui est de la banane, il faut savoir qu’en hiver il y a moins de production. Mais en été, la production reprend de plus belle », insiste le directeur adjoint du FAREI.

Plan de subvention aux planteurs de fruits

Les planteurs engagés dans la production de litchis, de mangues, de longanes et de fraises sont avisés que le gouvernement a mis en place un plan de subvention pour les encourager à faire l’acquisition de filets de protection pour protéger leurs productions contre les chauves-souris et autres oiseaux ravageurs. Ainsi tous ceux qui prennent avantage de ce plan d’aide auront droit à une subvention à hauteur de 75% sur le prix d’achat d’un filet de protection qui puisse couvrir un maximum de 60 arbres fruitiers dans les vergers. Il leur est ainsi conseillé de placer ces filets sur les arbres fruitiers dont les fruits ont déjà atteint cinq millimètres de grosseur. Le public ainsi que les planteurs ont le droit de faire une seule demande. Le ministère de l’Agro-industrie tient aussi à rappeler que tous ceux qui ont déjà obtenu une aide de l’Etat pour une subvention en 2018 et 2019 n’auront pas droit à une telle subvention. En ce qui concerne la production de fraise, seuls les planteurs qui se sont engagés à cultiver ce fruit sur une base commerciale auront droit à une subvention pour l’achat de filets de protection.
C’est depuis le 7 septembre dernier que ce plan de subvention est entré en vigueur. Il prend fin le 31 janvier 2021. Le public et les planteurs qui sont intéressés à faire l’acquisition de filets de protection doivent contacter le quartier général du FAREI entre 13h à 16h en jour de semaine afin de remplir les formulaires appropriés. Ils doivent produire leurs cartes d’identité nationale, une facture de téléphone ou celle de la Central Water Authority ou du Central Electricity Board. Ils sont aussi informés qu’ils peuvent prendre contact avec les bureaux régionaux du FAREI de Mapou Model Farm (266 2087), Flacq Model Farm (413 8125), Rivière-des-Anguilles Demonstration Centre (626 2554), Plaisance Demonstration Centre (637 8112), Vacoas Sub Office (606 3087) et Saint-Pierre Extension Office (433 9350).


Sarjua propose un Market Information System

Pour Dhaneshwar Sarjua, directeur de La Conserverie Sarjua Internationale Ltee, l’année 2020 est « exceptionnelle » pour l’entreprise en termes d’abondance de fruits, soit l’ananas, la mangue et le litchi. Ces fruits seront en abondance cette année. Cependant, insiste-t-il, les planteurs doivent nécessairement faire usage de filets de protection pour protéger leur production face aux attaques des chauves-souris. Il souligne que cette abondance viendra du fait que la floraison est très bonne pour les arbres fruitiers cette année, « et avec un peu de pluie la récolte sera encore plus bonne ». Sa seule crainte cependant est le ravage que les chauves-souris peuvent faire aux plantations de fruits. Sur ce chapitre, il souligne que l’association de protection des chauves-souris doit comprendre qu’il faut aussi qu’elle fasse la part des choses d’autant plus de cet animal a déjà commencé à s’attaquer aux fruits à pain, à la goyave, à la mangue beaucoup plus qu’auparavant. « Si la population de chauve-souris continue à augmenter, le prix des fruits va augmenter. C’est cela le véritable drame. La situation empire ces derniers temps avec la fermeture des hôtels. On constate déjà que le prix les légumes est très bas en ce moment. Cela est dû aussi au fait que les hôtels ne fonctionnent pas en ce moment. Il faut savoir que le pays a l’habitude d’accueillir un million de touristes qui consomment des fruits et légumes localement. Il faut que les prix restent à un niveau raisonnable pour que les opérateurs puissent continuer à opérer », fait remarquer Dhaneswar Sarjua. Pour lui, le gouvernement devrait nécessairement proposer un plan d’aide pour protéger les planteurs qui font des pertes en ce moment. « Si cette situation persiste, je ne vois pas les jeunes s’intéresser à se lancer dans la production de fruits et légumes. Ils ne vont pas prendre de risques », dit-il. Il devait souligner qu’il avait proposé depuis longtemps que le gouvernement aille de l’avant avec le projet Market Information System. « À travers ce système, les planteurs auront une visibilité sur sa prochaine récolte afin d’éviter une surproduction comme c’est le cas actuellement pour certains légumes. À l’heure où je vous parle, le lalo est passe à Rs 10 le demi-kilo de même que la pomme d’amour. Ce qui veut dire que lorsque les planteurs avaient démarré leur production de pommes d’amour, ils ne savaient pas qu’il y aurait une surproduction de la récolte », fait ressortir Dhaneshwar Sarjua. Il pense qu’il faut que l’Agricultural Marketing Board aille de l’avant très vite avec ce système. Il s’est dit disposé à donner un coup main à cette instance pour cela. Il fait aussi remarquer que la vente de ses conserveries a considérablement baissé avec l’absence des touristes.
« Le village touristique de Grand-Baie était un gros marché pour nous jusqu’à tout récemment. Mais maintenant on se concentre sur le marché local mais la situation est difficile pour les Mauriciens. Notre commerce dans le domaine de la confiserie a été affecté a plus de 100%. Le gouvernement doit aussi songer à nous aider pour baisser la location des bâtiments de la Banque de Development de Maurice. D’ailleurs, j’ai déjà écrit au ministère des Finances et bureau du Premier ministre afin de nous venir en aide. Export tou, sa pa koze. Nu pe bizin debruye lokalman. Pou le moman, okenn exportasion nou pa pe fer », insiste Dhaneshwar Sarjua. Pour le moment, dit-il, son entreprise se concentre sur le marché local à travers la production de la farine à partir du manioc, des fruits à pain et de patate. Notre chiffre d’affaires a baissé par plus de 100%, ce qui fait que notre entreprise ne tourne plus durant le week-end. « La production et la vente ne sont pas fameuses », a-t-il souligné.

Le secteur de la transformation des fruits durement touché

Avec la fermeture des hôtels et les frontières, ce sont les entreprises spécialisées dans la transformation de fruits qui sont durement affectées par la COVID-19. Le Verger de La Labourdonnais n’échappe pas à cette situation vu que 80% de sa production vont normalement aux établissements hôteliers, aux avions et boutiques “duty free”.
Les opérateurs dans ce secteur disent constater qu’il y a une baisse également dans la consommation dans les supermarchés. En sus de cela, les gens qui prenaient des bungalows ne sont plus là. Ils disent aussi que la Sugar Tax imposée par le gouvernement est venue rendre ce secteur moins compétitif. Le pire, ajoutent-ils, est qu’il n’y a pas de Sugar Tax sur les produits importés. « Ce qui est encore incompréhensible, c’est qu’on est venu taxer le fructose et le glucose qui sont naturellement présents dans un fruit. Donc, même si un produit n’a pas de sucre, vous allez payer toujours le sucre. C’est aberrant. Cela n’existe pas d’autres pays. Nous avons comme l’impression que c’est juste pour taxer les gens et je ne crois pas du tout que cela est fait pour baisser le taux de diabète à Maurice. Il faut faire plutôt miser sur l’éducation pour baisser le taux de diabète à Maurice pour encourager les gens à ne pas consommer beaucoup de sucre. On ne peut pas empêcher des gens à ne pas manger de fruits », explique un opérateur. Au bout du compte, on va taxer les confitures. » Pour expliquer les implications de la Sugar Tax, la Mauritius Chamber of Commerce and Industry a prévu d’organiser une rencontre prochainement avec les entreprises spécialisées dans la transformation de fruits. « Cela va s’appliquer également pour la purée de fruits pour confectionner des gâteaux. Cela va être taxé. La confiture pour les touristes sera également taxée. Les pâtes de fruit et le sorbet à base de fruits seront également taxés. On va taxer tout ce qui est sucre. Mais on ne va pas taxer la cigarette et l’alcool. Cela fait rire », souligne un autre opérateur. Pour survivre en cette période, on demande à ces travailleurs en situation de précarité de devenir un peu polyvalents. « On fait tourner les machines un peu mais on ne peut rien faire. On doit garder quand même notre personnel qui est avec nous depuis plusieurs années. Ils ont été avec nous depuis le début et c’est pourquoi il faut garder notre personnel. Nous sommes une entreprise très responsable car s’ils perdent leur emploi ce sont des enfants qui ne vont pas aller à l’école, etc.. Il y a beaucoup de misère dans les villages et nous donnons de l’emploi à ces pauvres gens. On ne peut pas oublier where we started and where we are know », explique un opérateur.
« Aujourd’hui, c’est un véritable mal de tête de faire tourner l’entreprise car il n’y a pas de vente », dit-il. Et d’expliquer aussi qu’il a comme l’impression qu’il n’y a pas de vision pour le secteur touristique. « Il y a des pays qui font face à la COVID-19, mais ils ont trouvé d’autres solutions. Tous ces “high spenders” vont aux Maldives. Ils prennent des villas. Ils ont donné la directive que le break-fast va venir dans un chariot et vous touchez à rien. On accorde des heures appropriées pour les touristes qui savent quand sortir de leurs villas pour les désinfecter. Ils ont mis des protocoles stricts. C’est pourquoi maintenant les touristes de luxe partent aux Seychelles et aux Maldives. Ici, à Maurice, on n’ écoute pas les hôteliers », explique cet opérateur. Maintenant, dit-il, il y aura des “backpackers” qui vont venir rester dans les hôtels pour 1 000 euros environ. « Ces touristes viennent tout simplement pour la mer alors que le gratin prend une villa pendant au moins un mois ailleurs. Après 14 jours, ils peuvent aller faire un tour aux supermarchés. Cela va faire tourner l’économie à travers des visites. Mais ces backpacker ne vont rester au-delà de 14 jours. Maintenant on va mettre la taxe sur le sucre à partir de 1er novembre. On va imposer cette taxe et on ne nous consulte pas », déplore-il.
« Maintenant ce qui va passer est comme suit. Je donne un seul exemple. Pour fabriquer un gallon de jus de fruit de litchi, on fait un profit de seulement Rs 17 et le gouvernement prend Rs 26,40 de taxe tout simplement parce que le litchi est un “high natural sugar content fruit”. Où va-t-on avec une telle situation ? Comment continuer donc à fabriquer un “high quality product” ?», fait-il remarquer. Le pire est que le fruit de saveur naturelle est produit pour que toute l’île Maurice puisse en consommer tout au long de l’année au lieu d’attendre les saisons pour y goûter. Et les conditions de stockage du jus de fruit de haute qualité coûtent cher car il faut des installations appropriées. Il faut des chambres froides qui tournent à plein régime. L’opérateur constate également qu’il y a une floraison cette année mais qu’avec la vague de froid qui persiste encore sur l’île, il ne sait pas « si les fleurs et les petits vont tenir le coup ».

« Le fruit important pour la sécurité alimentaire »

Selon l’agronome, Éric Mangar, la floraison est très bonne pour les manguiers cette année et il espère que les chauves-souris ne vont pas jouer les trouble-fête encore une fois. Il devait soutenir que la production de la mangue sera en abondance cette année. Il profite de l’occasion pour lancer un appel aux Mauriciens pour qu’ils mettent en terre dès maintenant des papayers et des goyaviers car ce sont des fruits très riches en vitamine C. « Avec la goyave, on peut avoir au moins 375 milligrammes de vitamine C. C’est très bon pour la santé et la défense de notre organisme. La papaye est également très bonne pour notre peau et la digestion. Elle est aussi considérée comme une plante médicinale », a déclaré Éric Mangar. Il devait remarquer que la présence de fruits chez soi « est très importante » et qu’il a été question de son accessibilité avec le confinement sanitaire où la sécurité alimentaire est revenue à la surface. « Il existe différentes variétés de papayes mais la valeur nutritive est la même. Je conseille aussi aux gents de planter également le fruit de la passion, la grenadine. Il faut que les autorités mettent à la disposition de la population ces plantes dans les différentes stations. Il faut aussi revaloriser les fruits locaux tels que le “bilimbi long” qui est très bon pour combattre le diabète. Il faut aussi revaloriser le fruit à pain qui est une très bonne source d’énergie pour la population. Il peut carrément remplacer le riz et la farine de blé », dit-il. Il suggère ainsi la création d’agro-forestiers. Pourquoi ne pas introduire le fruit à pain dans nos forêts ou créer tout simplement des jardins communautaires ? Le fruit à pain s’adapte facilement à tout type de terrain. Pour lui, la recherche vers la transformation de fruits doit être poussée à outrance pour pouvoir stocker des fruits comme le “gato papay”. Il faut diffuser les informations appropriées pour que les gens prennent conscience des bienfaits des fruits, conclut-il.