Le remboursement des réclamations soumises par les créanciers pourrait varier de Rs 6 à Rs 7 milliards sur un total de Rs 13,7 milliards

Le nouveau Chairman du Board d’Air Mauritius, Nayen Kumar Ballah, secrétaire au Cabinet, signataire du Shareholder Loan de Rs 9,5 milliards

Les trois catégories de créanciers, soit la Class A des Aircraft Lessors, la Class B des Hedging Counterparties ou encore la Class C des Unsecured Creditors, avec des réclamations de l’ordre de Rs 13,7 milliards, ont avalisé le Rescue Plan de la compagnie aérienne nationale, Air Mauritius. Dans les deux premières catégories de créanciers, le vote a été unanime à hauteur de 100% alors que dans le troisième, avec des réclamations des employés de la compagnie aérienne, l’adhésion au plan des administrateurs nommés, Sattar Hajee Abdoula et Arvindsing Gokhool, a été quelque peu moins unanime, dont de sérieuses réserves exprimées par les représentants de l’Air Mauritius Cabin Crew Association (AMCCA), dont les membres ne bénéficieront que du remboursement de 50% de leurs Unpaid Wages. Avec cette sortie sous administration depuis le 22 avril 2020, soit il y a 17 mois, la compagnie aérienne nationale s’apprête à prendre un nouveau départ avec pour mission de rallier la zone de profitabilité dans une période de trois à cinq ans.

Outre l’Hôtel du Gouvernement, avec la carte d’un refinancement de Rs12,5 milliards en trois temps, au sein du secteur privé, notamment au sein de l’industrie du tourisme, le développement d’hier après-midi est accueilli favorablement. Air Mauritius constitue un atour majeur dans la relance de l’industrie du tourisme, un des piliers de l’économie. Mais l’autre étape de réassurance devra se présenter sous la forme de la nomination du nouveau Chief Executive Officer pour assurer le commandement des opérations lors de cette étape délicate.

À ce stade, la seule indication, glanée de sources officielles, est qu’un nouveau conseil d’administration sera constitué pour le prochain Handing Over de la compagnie des administrateurs. Tout semble indiquer que le Chairman du Board ne sera autre que le secrétaire au Cabinet, Nayen Kumar Ballah, celui-là même, qui avait signé la lettre de garantie du Shareholder Loan de Rs 9,5 milliards au gouvernement en guise de Fresh Funds.

Cette nomination s’impose vu que l’actuel président du conseil d’administration, Dev Manraj, accèdera aux responsabilités de la nouvelle superstructure d’Airport Holdings Ltd, regroupant Air Mauritius, Airports of Mauritius Limited, Mauritius Duty Free Paradise Ltd et même Airport Terminal Operations Ltd (ATOL). Le choix du CEO de l’Airport Holdings Ltd ne constitue nullement une surprise car c’est un proche collaborateur du Premier ministre, Pravind Jugnauth, le « Senior and Most Trusted Adviser », Ken Arian, qui sera muté à la tête du nouvel organigramme aéroportuaire pour la remise de ce chèque de Rs 9,5 milliards.

D’ici le début de la semaine prochaine, les nominations au sein d’Airport Holdings Ltd et de la compagnie aérienne devront être complétées car au terme du Deed of Company Agreement (DOCA), entériné lors de la Watershed Meeting of Creditors, le gros de ces Rs 6 milliards à Rs 7 milliards devra être remboursé au plus tard le 31 octobre prochain après les formalités établies sous l’Insolvency Act.

Dans un communiqué émis hier après-midi pour les besoins des Listing Rules, le tandem Abdoula/Gookhool de la firme d’experts-comptables Grant Thornton, parle de « succès retentissant pour le plan de redressement d’Air Mauritius ! La grande majorité des créanciers de la compagnie d’aviation nationale a voté pour le Deed of Company Arrangement (DOCA), proposé par les administrateurs, à presque 100% pour les trois catégories ». Ils ajoutent que le plan de remboursement pour les différents types de créanciers a été plébiscité à 100% pour les catégories A et B (en valeur et en nombre), et à 99,5% en valeur et 81.7% en nombre pour les créditeurs de la classe C.

« Nous sommes soulagés et heureux de l’issue du vote des créanciers, qui vient démontrer leur confiance dans notre plan de redressement. Cette administration a donné lieu à des débats passionnés, tant de la part des opérateurs expérimentés que des néophytes. Elle a été l’une des expériences les plus laborieuses mais aussi les plus enrichissantes, sachant que nos décisions ont des répercussions non négligeables », déclare Sattar Hajee Abdoula.

« En tant qu’administrateurs, nous sommes restés concentrés sur la tâche à accomplir pour que la compagnie puisse poursuivre ses activités à court terme et rester viable à moyen terme et au-delà. Le fait qu’une compagnie aérienne ait survécu à la pandémie de Covid-19 témoigne de l’engagement et des sacrifices consentis par les différentes parties prenantes de l’entreprise. Avec le choix du DOCA, la société dispose désormais d’une base commerciale plus solide pour faire face aux défis qui l’attendent », poursuit-il.

Soulignons qu’au terme du Rescue Plan, Air Mauritius reprendra ses opérations de moitié avec la desserte des principales destinations comme Londres, Paris, Mumbai, Hong Kong, Kuala Lumpur, Perth, Johannesburg, La Réunion et Rodrigues. Deux facteurs ont conditionné cette démarche, soit la flotte réduite avec la vente d’une série d’avions et les conditions dans le monde du voyage, encore frileux au Covid-19.

Nando Bodha : « Trouver une solution spécifique pour MK »

« En premier lieu, il y a eu la Watershed Meeting. Mais cette réunion a été marquée par beaucoup de chantage de la part des administrateurs. En deuxième lieu, c’est un exercice comptable concernant les créanciers mais il n’y a rien concernant la visibilité quant à l’avenir d’Air Mauritius comme compagnie nationale et surtout quant au sort des travailleurs.

« Si l’Etat devrait mettre de l’argent pour sauver Air Mauritius, on devrait trouver une solution spécifique pour Air Mauritius et qui lui donne le rôle de moteur de notre industrie touristique. Il ne faut pas noyer l’industrie dans un conglomérat avec des compagnies qui sont profitables alors qu’Air Mauritius a du plomb dans l’aile .

« Il n’y a aucune indication concernant l’utilisation de Rs12 milliards. Ces questions sont laissées à la merci du Mega Merger. Ils n’ont pas vérifié les chiffres donnés pour commencer l’exercice d’administration. Ils ont procédé à un exercice de Haircut par rapport aux créanciers. On nous a dit que l’État mettra Rs 12 milliards. C’est donc l’argent des contribuables », souligne-t-il.

Arvin Boolell : « D’où sortiront les Rs 12 Mds pour sauver Air Mauritius ? »

« La situation d’Air Mauritius doit faire l’objet d’un débat parlementaire à la rentrée. Il ne faut pas que sa gestion se déroule dans l’opacité.
« Il est du devoir du gouvernement de préciser à l’intention des contribuables si cet argent viendra de la Mauritius Investment Corporation Limited (MICL) ou d’ailleurs. Quelles sont les conditions imposées à Air Mauritius ? Il faut s’assurer que la compagnie ne devienne pas un trou sans fond.
« Nous voulons un modèle durable et Sustainable basé sur le modèle singapourien où il y a un véritable plan stratégique loin de la mêlée. Il faut qu’Air Mauritius arrive avec un Master Plan concernant son développement futur. »