Pour ces trois étudiantes, Heshna, Ganesha et Hetal, le port du masque est «acoz ki a fer». Cet équipement de protection les gêne. une fois à l'école, elles l'enlèvent.

Avec un premier cas d’infection locale à la Covid-19, confirmé le jeudi 12 novembre 2020, et un deuxième cas recensé par contact tracing, annoncéle vendredi 27 novembre dernier, après sept mois sans aucune transmission locale, Maurice n’est plus Covid-safe ni Covid-free. Si les milliers de tests de dépistage effectués sur contact tracing après ce dernier cas se sont révélés négatifs et qu’en outre, à part celui-ci, il n’y aurait pas de cas local sur le territoire mauricien, ces nouveaux cas locaux ont fait renaître le spectre d’une deuxième vague de Covid-19 à Maurice.

D’ailleurs, la police a accentué les patrouilles pour traquer les infractions au port du masque, un des principaux gestes barrières, qui a sans doute largement contribué à éviter la propagation du coronavirus à Maurice. Cependant, aussi nécessaire qu’il soit, le port du masque, véritable rempart contre la propagation du Covid-19, n’en reste pas moins une protection que certains d’entre nous ont du mal à supporter.

Ugesh Rambaran est très vigilant. il porte son masque correctement toute la journée pour se protéger de la Covid, mais aussi d’autres maladies et de la pollution

Certes portés par une majorité d’alignés au protocole sanitaire, mais essentiellement par «peur» des amendes, avec le temps, certains ont pris des libertés dans la manière de porter leur masque. Au risque de s’exposer à la Covid-19, mais aussi de contaminer les autres. De mauvaises habitudes qui se retrouvent jusqu’au sommet de l’État…

Enoncé depuis le 24 avril dernier, et entré en vigueur en mai dernier, le port d’un masque dans les lieux publics est une obligation légale sur tout le sol mauricien. Les contrevenants risquent une amende ne dépassant pas Rs 50 000 et une peine maximum de deux ans d’emprisonnement sous cette loi. Le port du masque s’est ainsi généralisé depuis le déconfinement en mai, et a dépassé le champ médical pour devenir un nouvel objet du quotidien indispensable. Aujourd’hui, la règle est globalement bien respectée : impossible même d’envisager une sortie sans être masqué, au risque d’écoper d’une amende. Où que l’on se balade, la plupart des gens le portent, mais pas tous de la même manière et la rigueur des débuts.

Nombreux sont ceux qui déclarent ne pas supporter de le porter plusieurs heures, car entre suffocations, coup de chaud et irritations, le masque n’épargne personne. Couplé à la vague de chaleur que nous traversons, il devient même insupportable. Masque accroché au cou ou au poignet, masque pendouillant à l’oreille ou baissé sous le nez et le plus souvent sous le menton, manipulations multiples… il y a en effet un relâchement dans la manière de le porter. Du fait que pour la plupart des Mauriciens, il s’agit plus d’un acte civique que d’une protection. Pourtant, mal porté, le masque est inefficace pour lutter contre le coronavirus. Mais les Mauriciens semblent davantage redouter l’amende de Rs 50 000. Ce que témoignent les personnes que Week-End a rencontrées.

«Jamais sans mon masque»

Vendredi, 11h, Michael Lebrun, un jeune coiffeur de la cité La Cure a terminé sa leçon de conduite. D’une main, il ouvre la portière de la voiture auto-école dans laquelle il se trouve, de l’autre, il abaisse son masque sous le menton. Lorsqu’on l’interroge sur son geste, il avance rapidement: «Attan mo remette li.»

Joignant le geste à la parole, il replace son masque bien sur le nez et la bouche et explique que «supposé pena zafer-la. Mais j’essaie de respecter les consignes d’hygiène en premier lieu. C’est devenu une habitude de sortir avec mon masque. Kot mo aller mo mett li. Je porte le masque pour couvrir mon nez et ma bouche. Mais c’est gênant. Je dois le déplacer quand je parle. Mais couma gagne ene ti l’occasion pou respirer, mo baisse li».

La raison : «Parski mo touffer are sa. Pas facile pou respirer. Surtout kan fer so coum-ça», dit-il. Mais s’il le porte, c’est surtout par peur de choper une amende, confie le coiffeur. «Ena so Rs 50 000 la-dans», dit-il, ajoutant que «je fais mieux d’être un peu plus responsable plutôt que de payer une amende!»

Le jeune homme reste cependant convaincu que s’il prend des «précautions», comme d’autres citoyens, «si pou gagner, pou gagner». Surtout quand on regarde autour de soi. «Ena dimoun met même mas enn mois. Zot tir dans sac, remet dans sac. Mo meme mo ena detrois dans mo sac. Napli conner lekel pli propre ladans», dit-il.

Et de confier que «des fois, si un ami a oublié son masque et qu’il doit entrer dans un supermarché par exemple, be mo prête li enn mark are moi zis pou li gagn rentrer». Pour Michael Lebrun, la Covid-19 pourrait ressurgir n’importe quand. D’autant que la distanciation sociale n’est plus respectée. Et dans bien d’autres cas, il y a des contacts, comme lors de la manipulation d’argent, qui pourraient faire propager le virus si jamais il était encore présent localement.

Un geste barrière pas assez pris au sérieux

Heshna, Ganesha et Hetal, trois étudiantes, sont aussi du même avis. Elles portent le masque «acoz ki à fer», disent-elles. D’ailleurs, ajoutent-elles, si le masque est obligatoire à l’école, une fois dans l’enceinte du collège, elles l’enlèvent et le mettent dans la poche ou dans le sac. «Pas trop loin quand même, au cas où on leur demanderait de le porter». Et pour ces jeunes filles «ce n’est pas le masque qui empêchera le coronavirus de circuler à nouveau à Maurice si on enregistrait d’autres cas locaux».

Pour causer, il n’y a qu’à voir les autres gestes barrières, dont la distanciation sociale, ou les attroupements, pour comprendre que les consignes du protocole sanitaire repousse-covid ne sont pas pris avec sérieux, disent-elles. D’ailleurs, même le port du masque n’est pas pris sérieusement, ajoutent ces étudiantes qui font ressortir que «nous le portons non pas pour notre protection et celle des autres, mais pour éviter les ennuis».

«Mo pa ti metter à coz mo rouge à lèvres pas pou paret»

Vidisha marche à visage découvert dans les rues de la capitale. A l’heure du déjeuner où nous la croisons, elle se presse pour rentrer au bureau. Lorsqu’on lui demande pourquoi elle ne porte pas de masque, un peu étourdie, elle répond : «Ayo mo ti pa elle mettre meme la. Monn biyer sa dans mo sac.» Elle fouille dans son sac, mais ne retrouve pas le fameux couvre-visage. «Mo croire monn kit li dans bureau », s’excuse-t-elle, réalisant dans la foulée « ayo li la meme». Sous son menton. Eclatant de rire, elle confie en pressant le pas «mo pa ti metter à coz mo rouge à lèvres pas pou paret».

«Kan trouv lapolis degazer metter»

Un autre jeune rencontré plus loin sans masque confie: «mask dans mo pos. Kan mo trouv enn la polis, mo degazer mo metter.» Une habitude que nombre de Mauriciens ont adoptée. Ugesh Rambaran, un habitant de Quatre-Bornes, est très vigilant. Pour ce gérant de la compagnie Gold Story, qui porte quotidiennement son masque sur le nez et sur la bouche à longueur de journée, «il est impératif de continuer à se protéger et à protéger les autres». C’est ainsi qu’il a pris pour habitude de porter de masque «correctement». Dans son magasin également, il continue de prôner les gestes barrières. «Sanitizer, prises de température, distanciation sociale…, je m’assure que tous les clients respectent les gestes barrières, parce qu’on ne sait jamais», dit-il.  Son masque, il ne le quitte qu’une fois chez lui.  «Je ne prends pas de risque de mettre mes proches en danger, car certes, pena Covid, mais nou kapav inn cotoye enn dimoun ki asymptomatique». Pour lui, porter le masque ne le gêne pas. Il s’en est fait un devoir, surtout qu’outre la Covid-19, le masque le protège aussi de la fumée des véhicules et de la poussière.

“Pour moi et pour les autres”

Une vigilance scrupuleusement observée également par Nishal Ramnoruth et Rakesh Panchoo, deux employés de banque. Ces deux amis ne quittent pas leur masque, même à l’heure du déjeuner, alors qu’ils se baladent dans les rues de Port-Louis. Derrière leur masque, on devine leur sourire. Ils ne sont pas très gênés par le masque, disent-ils, du fait que «nous sommes habitués désormais». D’ailleurs, sur leur lieu de travail, le masque est obligatoire. «Il fait chaud derrière. Mais nous devons le porter pour nous protéger», disent-ils. Comment font-ils pour se parler. Se comprennent-ils ? «Evidemment. Nous sommes tout le temps ensemble, même si des fois ce que l’autre dit n’est pas audible, on devine et on répond», expliquent ces messieurs. Si en dépit du fait qu’il n’y a pas de covid à proprement parler à Maurice, ils préfèrent garder les bonnes habitudes, au cas où.

D’ailleurs, ils ont toujours des masques de rechange dans leur véhicule. Selon eux, «définitivement le port du masque a largement contribué à éviter la propagation du virus». «Et nous devons continuer les gestes barrières», prônent-ils, encourageant les autres Mauriciens à faire comme eux «toujours avec nos masques». Pour Nishal Ramnoruth et Rakesh Panchoo, il ne suffit pas de porter le masque pour le fait de le porter et pour éviter les amendes, «ça ne sert à rien de le mettre sous le menton. Il faut qu’il soit bien porté pour qu’il soit efficace», disent-ils réajustant un peu plus leur masque sur leur nez, comme pour prouver que cela les protège.

En effet, un masque mal ajusté est une passoire, disent les professionnels de santé, qui rappellent l’importance du port du masque dans des milieux fermés ou des lieux très fréquentés, ainsi que de le porter correctement. Baisser son masque sous le nez est aussi « inefficace que de ne pas le mettre» Et si certains se sentent gênés pour discuter ou téléphoner, d’autres ont aussi pris l’habitude de retirer leur masque le temps de parler. Là encore, la pratique est contre-productive, puisque c’est en parlant que l’on diffuse le plus de gouttelettes susceptibles de contenir le virus et de contaminer les autres. Pour une bonne protection, le masque doit couvrir la bouche et le nez. Certains le préfèrent en tissu, d’autres en papier, à vous de choisir celui avec lequel vous vous sentez mieux !

Bien porter le masque

Voici quelques consignes pour bien porter le masque et arriver à vivre avec au quotidien :
l Bien le positionner sur son visage : quand on le porte, le masque doit être propre et doit être posé de manière à couvrir le nez et le dessous du menton.
l Pas touche : une fois qu’on le porte, on devrait éviter de jouer avec. Si on le touche, on devrait se laver les mains avec du savon ou du gel désinfectant.
l Trouver le bon modèle pour soi : quand il n’est pas bien adapté, il est difficile de le porter longtemps.
l Être patient : il y a un certain temps d’adaptation, mais on s’habitue!
l Le laver : il faudrait le laver chaque jour. Si on le porte pour une quinzaine de minutes, ça ne devrait pas être un problème de le remettre. Toutefois, il faudra faire attention à la manière dont on le manipule.
l Pour le retirer ou le ranger : il y a les bonnes et les mauvaises pratiques. Idéalement, il faut mettre et enlever son masque en le prenant par les élastiques. Après quatre heures d’utilisation, qui correspond globalement au temps au bout duquel le masque devient humide à cause de la respiration, il doit être changé, car l’humidité altère ses capacités de filtration et il ne protège plus.