Du jour au lendemain, ils ont été confrontés à la fermeture de l’espace aérien. Une centaine de Rodriguais sont bloqués depuis à Maurice. Patients venus pour des soins médicaux, entrepreneurs, étudiants, pères et mère de familles ils éparpillées dans différentes régions du pays. Pourtant, les conditions de vies ne sont guère les mêmes pour tous.

“Quand je lui parle au téléphone, ma fille de 8 ans pleure et me dit : Maman, quand est-ce que tu reviens ? A chaque fois c’est un déchirement. Je suis mère célibataire et je ne sais plus quoi faire. Je ne demande qu’une chose, qu’on me laisse rentrer dans mon île”. C’est le cri du cœur de Joannita Lisette, mère célibataire de 29 ans. Avec un groupe de huit femmes, elle est venue suivre une formation de zumba. Ces mères de familles sont arrivées à Maurice le 6 mars et devait repartir le 13 mars. Ainsi, comme une centaine de leurs compatriotes, elles sont dans une situation délicate suite à l’arrêt des vols entre Maurice et Rodrigues. N’ayant pas de famille à Maurice, elles se retrouvent confinées dans un appartement de trois pièces qu’elles louent à Rs 1000 par jour à Grand Baie. “Certains dorment à même le sol. Nous n’achetons que des provisions de base et nos économies s’épuisent. Nous avons uniquement de quoi tenir cette semaine. Est-ce que nous devons nous endetter pour rester confinées à Maurice ?”, se demande Marie Louise Ravanne. Cette dernière a trois enfants, âgés de 17 ans, 13 ans et 5 ans. “Mon ainé qui est dans sa période de révision et d’examens est perturbé car il s’inquiète beaucoup pour moi”.

Un enfermement difficile

Marco Sauzier avait fait le déplacement pour suivre une formation dans le cinéma. Il devait rentrer le 18 mars. Tout comme Joannita, Marie-Louise et les autres, l’habitant de La Ferme est forcé de puiser dans ses économies. Même constat pour Markley Agathe qui confie : “Si mo ti konain, mo pa ti pou vini. Pour des raisons personnelles, je suis arrivé le 6 mars et je devais repartir le12 mars”. Habitant à l’étage chez de la famille à Rose-Hill, le père de famille qui travaille comme chauffeur dans un organisme public à Rodrigues trouve difficile cet enfermement. “A Rodrigues, j’ai mes enfants qui m’attendent et en tant qu’éleveur, il faut aussi que je m’occupe de mes animaux”.

Sharonne Marina Guillaume, 24 ans est originaire d’Agaléga mais vit à Rodrigues. Elle est rassurée pour ces compatriotes d’Agaléga car le MV Trocheria qui assure la desserte Maurice /Agaléga tous les trois mois a quitté Port-Louis le 1er mars et est rentreé le mardi précédent l’annonce du confinement. “Aucun Agaléen ne s’est retrouvé bloqué à Maurice, mais je ne peux pas en dire autant de moi”. A Maurice avec son enfant âgé d’un an depuis le 25 février pour s’approvisionner en certains produits qu’elle revend à Rodrigues, elle est dans l’inquiétude, car elle ne sait pas si son billet retour programmé au 25 mars sera toujours valide. “Si j’ai la chance de vivre chez ma sœur à Vallée des Prêtres, mon époux doit tout gérer seul à Rodrigues”, confie cette dernière. Dans l’attente d’un vol de rapatriement, ces Rodriguais bloqués à Maurice se rongent les ongles. Le plus dur, c’est le manque de visibilité.

“On nous dit que nous avons cherché notre malheur”

Entretemps, l’Assemblée Régionale de Rodrigues a émis un communiqué, le 15 mars, demandant aux Rodriguais bloqués à Maurice de s’enregistrer en vue du déclenchement d’une procédure de rapatriement pour les détenteurs de billets programmés uniquement entre le 7 mars et le 15 mars 2021. “Me ziska zordi pa pe tann narnie”, avance Marco Sauzier. D’autres comme Chantal ou encore Brenda Pierre, 47 ans, sont pour leurs parts venues accompagner des proches en traitement à hôpital. Hélas, elles n’avaient pas encore confirmé leur date de retour. “Ce qui ne veut pas dire que nous n’avions pas l’intention de rentrer. Une fois l’intervention de mon père terminé, un proche doit prendre l’avion pour me relayer ici pour que je puisse rentrer dans l’île pour poursuivre mes obligations professionnelles. Tout se complique car j’imagine que dans le processus de rapatriement, la priorité sera donnée aux détenteurs d’un billet retour comme l’indique le communiqué”. Le plus dur, c’est qu’elle ne peut pas avoir accès à la chambre où son père est admis : “pour des raisons sanitaires me fait-on comprendre”. Pour sa part, Brenda Pierre a accompagné une cousine en traitement à l’hôpital de Candos. “Je suis temporairement domicilié dans la zone rouge, ce qui complique davantage les choses”.

Bien qu’ils reçoivent énormément de messages de soutien sur les réseaux sociaux, “il y a aussi une partie de nos compatriotes qui nous critiquent. Ils nous disent nous avons cherché notre malheur et de ne pas rapporter ce virus à Rodrigues”, se désole Marie Louise Ravanne. Elle ajoute : “Nous ne sommes pas venus nous amuser, mais dans le but de nous professionnaliser en zumba et faire un avancement dans la vie”. Joannita Lisette s’en veut pour sa part de mettre ses parents, qui s’occupent de sa fille à Rodrigues, dans une situation délicate. “J’impose à ma famille une dépense supplémentaire”. En attendant cet éventuel rapatriement, “Nous sommes dans une situation de détresse”.

Fabian Bley :

« Nous sommes comme des SDF »

Ce ne sont pas uniquement les personnes d’origine rodriguaises qui ont été surpris par l’arrêt des vols. Fabian Bley est un belge naturalisé mauricien. Avec son épouse et ses deux enfants, l’agent immobilier qui habite Maurice depuis une bonne quinzaine d’année devait s’installer à Rodrigues avec sa famille. “L’année dernière déjà, le confinement a perturbé nos plans et nous avions reporté notre grand départ cette année. Tout était déjà organisé pour aménager à Rodrigues ce 14 mars. D’ailleurs, toutes nos affaires sont parties dans un conteneur. Nous avons rendu notre maison, notre voiture et nous n’avons plus rien ici. Nous nous retrouvons à la rue et sommes comme des SDF”. En effet, en attendant de trouver un moyen de rejoindre Rodrigues, Fabian Bley est hébergé chez sa belle-mère à Quatre Bornes et confinés à neuf dans une maison. Ce dernier multiplie les démarches auprès des autorités tout en faisant entendre sa voix sur les réseaux sociaux “Nous sommes en situation d’urgence et n’avons jusqu’à présent aucune visibilité sur le cours des événements. La solution serait de faire une quarantaine à Maurice et de nous rapatrier par la suite”.