(FILES) In this file photo taken on June 25, 2020 Canadian Prime Minister Justin Trudeau speaks during his daily coronavirus, COVID-19 briefing at Rideau Cottage in Ottawa, Ontario. - Canadian Prime Minister Justin Trudeau will give much-anticipated testimony this week over his role in awarding a government contract to a charity that paid members of his family large sums of money, the House of Commons said July 27, 2020. (Photo by Lars Hagberg / AFP)

Empêtré dans un scandale éthique et politique, le Premier ministre canadien Justin Trudeau doit livrer jeudi devant les députés un témoignage très attendu sur l’attribution d’un important contrat à une association qui a rémunéré des membres de sa famille.

M. Trudeau, qui fait l’objet d’une enquête du Commissaire à l’éthique pour son rôle dans ce scandale, doit s’exprimer pendant une heure jeudi vers 15H00 (19H00 GMT) devant la commission des Finances. Il s’agit d’une démarche exceptionnelle pour un chef du gouvernement.

A la veille de sa déposition, les deux principaux partis d’opposition ont à nouveau appelé le Premier ministre, à la tête d’un gouvernement minoritaire, à démissionner.

Le 13 juillet, M. Trudeau avait présenté ses excuses et reconnu avoir fait une « erreur » en participant aux discussions sur l’attribution de ce contrat gouvernemental à l’association caritative Unis (We Charity en anglais).

Le contrat, attribué sans appel d’offres, portait sur la gestion d’un programme de bourses étudiantes initialement estimé à près d’un milliard de dollars.

La valeur totale du programme de bourses était plutôt autour de 500 millions de dollars, a déclaré mardi la ministre canadienne de la Jeunesse, citée par les médias locaux.

Le programme a depuis été retiré à l’association, sans mettre fin à la polémique. L’association Unis aurait pu recevoir plus de 40 millions de dollars pour gérer ce programme, selon les médias.

Unis avait reconnu avoir versé près de 300.000 dollars (189.000 euros) à la mère et au frère de M. Trudeau pour des prises de parole ces dernières années. L’épouse de M. Trudeau aurait reçu 1.500 dollars (environ 1.000 euros) pour un événement en 2012, avant que M. Trudeau ne devienne le chef du parti libéral.

Outre ces sommes, l’association aurait remboursé 212.000 dollars supplémentaires en frais de déplacement aux proches du Premier ministre, a dénoncé mercredi un porte-parole du Parti conservateur.

– « Un demi-million de dollars » –

« Unis a donné plus d’un demi-million de dollars à la famille Trudeau », a déclaré ce porte-parole, Pierre Poilievre, en réclamant une deuxième enquête du Commissaire à l’éthique sur le Premier ministre.

Le Parti conservateur base ses chiffres sur les témoignages livrés mardi par les cofondateurs d’Unis, les frères Craig et Marc Kielburger, devant la commission des Finances.

« Nous n’avons pas été choisis pour ce travail (…) en raison de notre relation avec des politiciens », ont notamment assuré les deux frères pendant plus de quatre heures de témoignages.

Egalement mêlé au scandale, le ministre des Finances Bill Morneau a annoncé la semaine dernière avoir remboursé plus de 41.000 dollars de frais de voyage pris en charge par l’association.

Le ministre des Finances, également visé par l’enquête du Commissaire à l’éthique, a présenté ses excuses pour avoir participé aux discussions sur l’attribution du contrat à Unis, alors que l’association emploie l’une de ses filles.

Le chèque envoyé par M. Morneau visait à rembourser des dépenses liées à deux voyages humanitaires auxquels lui-même et sa famille ont participé en 2017.

Le scandale a fait perdre des plumes aux libéraux de M. Trudeau dans les intentions de vote, mais son parti resterait en mesure de remporter des élections anticipées, selon la moyenne de quatre sondages cités par la chaîne publique anglophone CBC.

L’étoile du chef gu gouvernement a aussi pâli, la moitié des Canadiens (53%) indiquant avoir une moins bonne opinion du Premier ministre qu’il y a un mois, selon l’un de ces sondages.

Le Commissaire à l’éthique a déjà conclu deux fois que le Premier ministre avait enfreint la loi sur les conflits d’intérêts: en 2017, pour avoir accepté des vacances sur l’île privée de l’Aga Khan, et l’an dernier, pour avoir tenté d’influencer une procédure judiciaire dans l’affaire SNC-Lavalin.

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