Il a été annoncé qu’à partir du 15 janvier 2022, les produits en plastique non biodégradable et à usage unique utilisé par l’industrie alimentaire locale mentionnés ci-dessous seront interdits, soit les gobelets (cups) et bols jetables utilisés uniquement pour l’emballage de produits alimentaires tels que les produits laitiers, yaourts, glaces et desserts, entre autres. Une mesure qui vient chambouler une industrie locale déjà bien installée et qui a tout juste un an pour trouver les meilleures alternatives pour contenir leurs produits. Nous avons posé quelques questions à Caroline Rault, General Manager de Maurilait Production, une des pionnières dans la production laitière à Maurice.

À partir du 15 janvier 2022, les gobelets (cups) et bols jetables utilisés uniquement pour l’emballage de produits alimentaires tels que les produits laitiers, yaourts, glaces et desserts seront bannis. Comment accueillez-vous cette mesure  ?

Cela fait plus d’un an que Maurilait travaille sur une vision zéro plastique et une feuille de route pour planifier les changements nécessaires. Maurilait accueille donc favorablement l’orientation du ministère pour réglementer l’utilisation des plastiques à usage unique utilisés dans les food service businesses et les décisions exprimées dans la Cabinet decision du 08.01.2021. Mais il faut prendre conscience que de tels changements demandent des transformations techniques et technologiques en profondeur qui prennent du temps. Il faut savoir que le plastique joue un rôle primordial dans la conservation des aliments. Afin d’assurer au consommateur un produit sain, beaucoup d’emballages alimentaires sont donc composés en totalité ou partiellement de plastique. Cela est le cas mondialement. Aussi, nous travaillons activement à trouver les technologies de remplacement adéquates, mais certaines ne sont pas prêtes ou pas disponibles. Vu nos volumes, cela demande du temps pour les acquérir. En parallèle, nous accueillons aussi favorablement les initiatives pour le développement des filières de recyclage et d’une économie circulaire (locale et régionale) autour des plastiques  ; initiatives qu’il est indispensable de continuer d’activer et que nous sommes engagés à soutenir.

Y a-t-il eu des discussions en amont avec les autorités  ?

Il y a eu des séances de présentation de mesures auxquelles nous avons été invités et nous avons par la suite sollicité les autorités pour améliorer notre compréhension du scope de la loi et des processus d’implémentation et de contrôle. Nous continuons les échanges, car des points restent encore à clarifier sur la loi, mais aussi sa mise en œuvre.

La liste des objets prohibés est-elle suffisamment claire, selon vous  ?

Des précisions sont nécessaires, en particulier pour le secteur manufacturier. D’ailleurs, la Cabinet decision en date du 08.01.2021 précise qu’il est encore nécessaire et attendu de définir les termes et notamment celui de « plastic cup » dans la loi.

Comment cela se passe-t-il généralement au niveau de l’emballage de vos produits  ? Importez-vous ou produisez-vous localement  ?

Cela dépend des produits : nous importons certains de nos emballages, nous en achetons certains autres auprès de producteurs locaux et, enfin, nous fabriquons aussi à Maurilait une partie des emballages. La certification ISO 14001 a permis, depuis 20 ans, d’implémenter continuellement des actions pour réduire notre consommation de plastique, réutiliser les emballages quand cela est possible et recycler en interne (règle des 3 R). Un quatrième “R” est celui de remplacer.

Quid des alternatives ? Sont-elles adaptées au type d’aliments liquides que vous produisez  ?

Malheureusement, il n’existe pas aujourd’hui suffisamment d’alternatives zéro plastique qui permettent la conservation des aliments sensibles comme les produits laitiers. La recherche et l’innovation avancent et nous avons bon espoir que des alternatives seront disponibles bientôt en grand nombre sur le marché international et local. Aujourd’hui, même l’Europe n’a pas statué sur l’interdiction du plastique dans les emballages alimentaires, car les technologies alternatives ne sont pas encore prêtes. Il y a cependant des pistes et il nous faut avancer, c’est pourquoi nous travaillons depuis quelques années avec nos franchiseurs européens pour des alternatives carton et 100% végétale pour nos emballages. Par exemple, depuis 2019, nous avons testé l’utilisation de pots en carton pour nos yaourts aux Seychelles. Et nous prévoyons un premier test à Maurice prochainement. Mais pour que des solutions alternatives deviennent une réalité sur l’ensemble de nos emballages, nous avons besoin de temps, car c’est toute une dynamique industrielle à changer.

Pensez-vous que les producteurs de ce segment de l’industrie locale concernés par cette mesure sont pénalisés par rapport aux autres producteurs de plastique, comme les bouteilles PET par exemple ?

Bannir ou taxer n’a pas le même effet. Une taxe est contraignante, mais permet de participer à la construction et aux développements des filières de recyclage du plastique et à l’économie circulaire. Dans le cas d’une interdiction, il est nécessaire de revoir tout le processus de production, ce qui demande du temps, de la planification et des nouvelles technologies. Aussi, une interdiction doit concerner l’ensemble des acteurs du marché et notamment les produits importés dans des emballages en plastique, car sinon ce serait léser dramatiquement l’industrie locale. Maurilait continue d’échanger avec les autorités et les institutions pour déployer sa feuille de route zéro plastique, et en parallèle aider à la construction de filières de recyclage et d’une économie circulaire sur les plastiques. Le PET ne nous concerne pas, mais soyons clairs : taxer ne va pas régler le problème du plastique, cela rajoute des coûts sur les producteurs et in fine sur les consommateurs.