De nouveaux visas ouvrent désormais la voie à la citoyenneté britannique à des millions de Hongkongais désireux d’échapper à la répression menée par les autorités dans la foulée de l’immense mobilisation pro-démocratie de 2019.

Au moment où Pékin tente de mettre fin à toute dissidence dans ce territoire semi-autonome de 7,5 millions d’habitants, l’AFP a rencontré des Hongkongais qui ont déjà quitté le territoire pour la Grande-Bretagne ou qui envisagent de le faire dans les prochains mois.

– Une hausse des demandes –

Billy Wong, spécialisé dans le conseil aux personnes désireuses d’émigrer, est bien placé pour savoir que les demandes en vue d’un départ pour la Grande-Bretagne ont afflué ces derniers mois.

« Beaucoup de personnes veulent partir », a expliqué à l’AFP cet homme de 44 ans qui qualifie d' »effrayant » le nombre de demandes de renseignements.

Il envisage également depuis des années de déménager, et mûrit ce projet avec son épouse Eileen Yeung.

« Désormais, il y a cette nouvelle loi (sur la sécurité nationale), nous devons faire très attention à nos propos et nos publications sur Facebook », explique Mme Yeung qui souhaite avant tout que sa fille « puisse penser librement ».

Tinyu, 10 ans, admise dans un internat de Derby, dans le centre de l’Angleterre, a hâte de savoir à quoi ressemblera sa nouvelle vie.

– La famille YouTube –

Trois mois après leur départ pour la Grande-Bretagne, Gavin Mok, 42 ans, et sa femme Lydia ont enfin retrouvé leurs affaires.

M. Mok a filmé leur arrivée à son domicile d’Exeter, dans le sud-ouest de l’Angleterre, pour ses abonnés sur YouTube.

La famille Mok espère que sa chaîne va inciter d’autres Hongkongais à leur emboîter le pas.

« Je souhaite partager mon expérience, leur faire savoir que c’est le moment de partir », ont-ils expliqué à l’AFP.

Pour le moment, la période d’adaptatation est un peu compliquée pour ses filles, âgées de 9 et 11 ans, qui ont hâte d’aller dans leur nouvelle école une fois la pandémie du coronavirus jugulée.

Cet ancien trader est bien conscient qu’il a peu de chance de trouver l’équivalent de son ancien salaire mais il est « prêt à faire n’importe quel travail mal payé, comme la livraison de nourriture et de colis ».

Le quadragénaire explique que sa ville natale ne lui manque pas car il en a depuis longtemps tourné la page mais, pour autant, « je ne renoncerai jamais à mon identité de Hongkongais ».

– L’avenir de mon fils –

C’est l’attaque avec des barres de fer, en juin 2019, de manifestants par un gang pro-Pékin qui a convaincu Winston Wong et Connie Chan, tous deux âgés de 40 ans, à déménager.

« Nous avons pris la décision du jour au lendemain », raconte Mme Chan, qui depuis un an gère son entreprise à distance.

Avec leur fils de 9 ans, ils se sont établis à Chelmsford, au nord-est de Londres.

Leur principale motivation, selon M. Wong, était qu’il reçoive une éducation qui « encourage les élèves à poser des questions, à réfléchir de manière indépendante et à défendre l’équité et l’égalité ».

« Si vous voulez avoir une vie agréable où vous pouvez parler librement de tout sans être inquiété ou craintif, alors vous devez en payer le prix », estime M. Wong qui a laissé derrière lui son emploi très bien rémunéré de directeur financier et continue de chercher du travail.

– Bibliothèque chérie –

Ian, 40 ans, attend de voir comment se déroule la vaccination contre le Covid en Grande-Bretagne pour se décider.

Cet amoureux de la culture britannique, qui souhaite rester anonyme, avait depuis longtemps prévu de prendre sa retraite au Royaume-Uni mais les événements politiques ont précipité ses projets.

« En voyant la situation politique hongkongaise se détériorer, j’ai décidé de partir plus tôt », dit-il.

Gérant d’une entreprise en ligne, il peut travailler de n’importe où.

« Hong Kong n’est plus la ville que je connaissais. Autrefois, les jeunes pouvaient encore gravir l’échelle sociale petit à petit mais maintenant leur avenir est sombre ».

Il n’a pas encore commencé à faire ses valises et prévoit de voyager léger. Il entend pourtant garder ses livres politiques, notamment sur le mouvement pro-démocratie hongkongais, un « devoir » à ses yeux.