Ces dernières années, Centre de Flacq a connu un développement accru. Déjà bien loti et très fréquenté en raison de la présence des bâtiments administratifs, des collèges, des banques et de l’hôpital qui s’y trouvent, le village a vu s’installer de nombreux centres commerciaux qui ont changé le visage de la localité. La grosse fréquentation est aujourd’hui visible même en jour de semaine au même titre que les villes du pays. Sans compter que Centre de Flacq est le lieu de transit incontournable vers les villages voisins. Nous sommes allés nous balader dans le village et ses environs pour découvrir ses nouvelles avenues.

Flacq est un nom qui proviendrait du hollandais vlakte qui signifie plaine. Centre de Flacq s’est agrandi en absorbant les camps sucriers d’Argy, de Boulet Rouge, de Boulet Blanc ou encore de Riche Mare. On y décompte environ 17000 habitants. Aujourd’hui, Centre de Flacq a plus des allures de ville que de village : il est considéré comme la capitale de l’est, un centre névralgique. Tout autour du village, les bâtiments sont nombreux. Magasins de vêtements, d’ustensiles, de sacs, quincailleries, toileries et bijouteries sont visibles un peu partout. On y trouve également beaucoup de commerces de nourriture : les snacks, les échoppes de ‘gato delwil’, de roti ou de pain fourré. On y dénombre également une demi-douzaine de collèges.

“Nous ne manquons de rien ici : ‘tou bon’.”

L’animation quotidienne est en partie due à ses nombreux bureaux administratifs. La magistrature, le Dictrict Council, la NTA accueillent quotidiennement son lot de visiteurs. Comme le souligne Araz Badrinauth, 68 ans, habitant de Nehru Nagar, situé à Argy : Notre centre est à Flacq. Que nous ayons besoin d’aller à l’hôpital, refaire notre acte de naissance ou faire nos courses, c’est là-bas que nous nous rendons. Nous ne manquons de rien ici. Je ne changerais d’endroit pour rien au monde.”

Le village abrite également un des stades de foot les plus connus du pays : le stade Auguste Volaire. Il fut, avec le stade George V, le seul stade ayant accueilli des matchs durant les derniers Jeux des îles de l’océan Indien. Derrière, traverse la rivière Cerne, autour de laquelle un parcours de santé a été construit. Nous y rencontrons Dorine et Mike Veerapen, 50 et 53 ans respectivement, habitants de St-Rémy à Centre de Flacq. Ils confirment : “Flacq a connu de nombreuses améliorations. Nous n’avons même plus besoin d’aller à Port-Louis : on y trouve de tout.” La seule chose que le couple déplore, c’est le manque d’activités pour les enfants. “Le jardin d’enfants est fréquenté par des personnes louches, nous ne pouvons pas y emmener nos enfants.”

Centres commerciaux.

Le vrai mouvement de foule a débuté avec l’avènement des centres commerciaux. Depuis quelques années, nombreux sont-ils à s’y être installés, notamment Flacq Coeur de Ville qui est devenu un lieu incontournable pour les habitants de la région. Son supermarché, ses nombreux magasins, son grand food court ainsi que son espace de jeu pour enfants attirent la foule. Le VIP Commercial Centre, le complexe Pfaff et le Boulet Rouge Shopping Mall offrent également un choix plus large aux Flacquois.

Autant que les centres commerciaux, la foire et le marché de Centre de Flacq demeurent des lieux très fréquentés. Ouverts le mercredi et le dimanche, ils font le bonheur des habitants de la région et même d’ailleurs. En effet, il est de notoriété publique que les gens se déplacent d’autres parties de l’île pour y venir. Les prix à la foire de Flacq défieraient toute concurrence. Vinay Sultunti, 51 ans, qui tient une étale de vêtements pour dames, nous offre un début de réponse. “Ici, vous verrez beaucoup de fabricants qui vendent eux-mêmes leurs produits et, en temps normal, nous voyageons à l’étranger pour acheter les matières premières. Nous pouvons donc nous permettre de vendre nos produits à des prix plus bas.” L’habitant de Boulet Rouge, une autre petite agglomération de Centre de Flacq, confie cependant qu’il trouve le loyer des étales un peu élevé. “À Rs 1000 par mois, les étales sont un peu chères. Je ne pense pas que ce soit à la portée de tous les marchands, surtout en ce moment. Le gouvernement devrait revoir ses prix.”

Marché populaire.

Quant au marché, il attire également les habitants d’autres villages. Nous y rencontrons Soupina Ramjuttun de Bon Accueil. “Je suis allée à mon rendez-vous à l’hôpital de Flacq et j’ai décidé de faire un détour par le marché. Je suis une habituée de ce marché ; nous trouvons de tout ici. Cependant, depuis quelques mois, tout est beaucoup plus cher. Ena bazar Lallmatie, me li tro andan. Je préfère venir ici”. Dev Ramsoon, 66  ans, de Bel-Air, fait également les éloges de Centre de Flacq. “À Bel-Air, nous avons des facilités, mais pas autant qu’à Flacq. Je suis venu acheter des légumes.”

Salonee Ramcurn, marchande de fruits depuis 5 ans, s’inquiète de la baisse au niveau des ventes. “Les dimanches, le marché est beaucoup plus fréquenté que les mercredis. Aujourd’hui, nous avons moins d’affluence les jours de marché, parce que les temps sont durs avec la Covid-19 et la fermeture des frontières. Les gens hésitent à acheter et même les produits locaux se font rares. Les chauves-souris sont une vraie calamité et les produits sont chers.”     

Si le béton a envahi le village, certains espaces verts demeurent. Derrière le marché, traverse la rivière Cerne et, naturellement, de nombreux arbres bordent sa berge. Assis sous un de ces arbres, Rajesh Ramtallee, 63 ans, attend son épouse qui fait le plein de légumes au marché. “Je viens à Flacq deux ou trois fois par semaine. J’habite à Quatre Cocos ; il y a des petits bazars là-bas mais à Flacq je sais que j’aurais tout ce que je cherche. Je suis moi-même planteur, je viens à Flacq pour acheter ce que je ne plante pas. Le prix est également meilleur parce que les étales sont tenues par des planteurs.” Il indique qu’il y vient également pour aller aux ATM et à la pharmacie, entre autres.

Ambiance folklorique.

Par ailleurs, une des raisons pour laquelle Flacq est autant fréquentée réside dans son système de transport. Mis à part le flot d’autobus qui dessert le village et qui rallie sa gare, le public peut également compter sur les ‘taxis-train’. Ceux-là proposent des trajets vers les villages voisins tels que Bel-Air, Trou d’Eau Douce, Palmar, Belle-Mare, Poste de Flacq ou encore Brahmstan. Tant et si bien que Centre de Flacq est devenu un lieu de transit incontournable pour tous ces villages. On est en mesure également de voyager en taxi-train pour Port-Louis et vice versa. Pour ce trajet, 40 minutes suffisent, le tout à Rs 50, un prix abordable.

Sur les stands de taxis règne une ambiance folklorique. Tels des rabatteurs, les chauffeurs sont debout non-loin de leurs voitures guettant le moindre client. Un brouhaha se fait entendre durant toute la journée, chaque chauffeur annonçant à haute voix sa destination. L’atmosphère est encore plus bruyante tôt le matin et dans l’après-midi lorsque les gens reviennent du travail. Trouver une place dans un taxi-train devient alors un calvaire.

Post-Covid-19

Sans touristes, la région se meurt

Pour rallier Trou d’Eau Douce, on emprunte la fameuse route des Hollandais, une des premières routes carrossables de Maurice, sur laquelle était transporté le bois d’Ébène. Sitôt arrivé, on dénote le grand changement d’ambiance par rapport à celle qui prévalait avant la pandémie de la Covid-19. Habituellement très fréquentées, les rues sont pratiquement désertes. L’activité au sein du village a baissé.

Les nombreux commerces qui vivent du tourisme se retrouvent ainsi au bord de la faillite. Même les plus connus, comme le restaurant Chez Tino, ont du mal à joindre les deux bouts. Naguère, le service tournait, mais aujourd’hui tout est  quasiment au point mort. “La situation est encore plus critique. Depuis que la pandémie de la Covid-19 a éclaté, les choses vont très mal. Nous n’avons reçu que deux mois le Wage Assistance Scheme; or depuis que les frontières sont fermées, nous n’avons quasiment plus de clients, ce qui équivaut à aucune entrée d’argent pour payer les employés. Nous roulons à perte. En semaine, je ne travaille quasiment pas et les week-ends ce n’est pas énorme. Il nous arrive de faire 100% de perte, car nous ne faisons même pas le tier comparé à l’an dernier. En même temps, il faut remplacer les provisions et il faut mettre la main à la poche. Tous les business à Trou d’Eau Douce sont dans la même situation. Ce qu’il faut savoir, c’est que Trou d’Eau Douce dépend du tourisme et de la mer. Mais les mauriciens quittent rarement des régions éloignées pour venir dépenser ici. Maurice est aussi un petit marché. La consommation est moyenne. Nous devons vivre avec ça. L’avenir est flou et même avec la campagne de vaccination qui commence, on n’est sûr de rien”, confie la propriétaire, Fleurette Lacour, l’épouse du fondateur connu comme Tino.

Les sea farers sont dans la même situation, à l’instar de Tino Boats. La société familiale est propriétaire de 5 bateaux qui dépendent majoritairement du tourisme. “Nous ne travaillons presque pas depuis un an. Après le confinement, il y a eu le Wakashio. Nous avons à peine quelques clients mais que le week-end en majorité. Aujourd’hui, nous avons eu deux clients qui n’ont fait que la traversée jusqu’à l’île aux Cerfs. Cela ne couvre pas nos frais, nous le faisons surtout pour faire rouler le matériel”, indique Louis André Steeve Lacour, responsable de la société.

“L’avenir est sombre.”

Face à cette situation, il a dû se réinventer. Proposer des forfaits, comme l’organisation d’anniversaires sur un de ses bateaux ou des sundowners. “Le travail devient plus difficile pour obtenir moins d’argent. Nous devons sortir le soir, le risque est plus grand. Nous sommes obligés de le faire pour avoir une rentrée d’argent. Nous avons une quinzaine d’employés, il nous faut trouver de quoi honorer leurs salaires de même que nos divers frais liés aux permis, à l’assurance et maintenance. L’avenir est sombre. Tant que les touristes ne viennent pas, ce travail-là sera dans l’impasse. La compétition des hôtels nous fait également du mal.”

Cette situation touche, bien entendu, toute la région, de Trou d’Eau Douce à Palmar en passant par Belle-Mare. Les chauffeurs de taxi en sont, eux aussi, impactés. Sailesh Ramdath, qui fait le trajet Centre de Flacq—Belle Mare depuis 15 ans, confie passer par des moments très durs. “Pena travay, partou bloke, Morisien pa pe sorti. Depuis ce matin, je n’ai eu que deux clients. Les gens qui travaillent à l’hôtel ne voyagent plus sur ce trajet. Quand on a des clients à emmener à Belle Mare, on fait le trajet du retour le plus souvent sans aucun passager. C’est un gouffre dans notre chiffre d’affaires. D’autant plus que certains chauffeurs se laissent aller à ‘kas pri’, ce qui joue en notre défaveur. Sans compter que les autorités ne veulent pas augmenter le prix du transport.”