Dans la rue elle est souvent violée, agressée et détroussée. Sans domicile fixe, Charlène, 29 ans, vit une situation où ses droit les plus basiques sont constamment violés. Chaque jour lui est un nouveau combat.

Un mois plus tôt, nous sommes tombés sur Charlène aux abords du Ruisseau du Pouce. Elle récupérait un take-away de nourriture avec des bénévoles d’une association offrant le déjeuner les dimanches. Profitant de l’occasion, elle avait fait part à ces derniers de son besoin de trouver des vêtements chauds, de même que des sous-vêtements de rechange car ceux qu’elle portait étant usés par le temps. C’est à la Route Palma, du côté du Kalimaye, que nous avons retrouvé Charlène la semaine dernière. En la voyant venir de loin, ce n’est qu’en soutenant son regard qu’on comprend que c’est une femme. En effet, son visage est caché par un masque et elle porte une casquette. Dans son polo-shirt à rayure, son short trois quart et sa bandoulière Spiderman, elle a une allure de jeune homme. “Un couple âgé qui vit également dans la précarité m’a cédée un coin pour vivre quelques jours. Mais je n’abuse pas de leur hospitalité et je dois encore trouver de quoi manger. C’est toujours mieux que de vivre dans la rue”. Charlène n’a pas toujours erré les rues.

Passer à tabac

Elle a eu une enfance et une adolescence tranquilles. Pour contribuer aux charges familiales, Charlène a enchaîné plusieurs petits boulots comme cleaner dans les bureaux, comme aide dans des restaurants et a travaillé comme aide-maçon sur des chantiers. Elle travaillait aussi pour subvenir aux besoins de son fils en bas âge. “J’étais séparée de son père qui avait refait sa vie”. Toutefois, au décès de ses parents, surviennent des problèmes familiaux sur une question d’héritage. “Je venais d’avoir 20 ans. Des membres de ma propre famille m’ont passée à tabac et m’ont  maltraitée. C’est comme cela que je me suis retrouvée à la rue”.  Ne sachant ou aller, le premier jour elle atterrit à la Places D’Armes. “J’y ai rencontré des personnes qui m’ont apprise à « trase » pour survivre. J’ai commencé à faire la manche pour avoir de l’argent et pour acheter à manger”. Pour fuir cette dure réalité, elle commence à fumer et à boire. “Je suis contente de ne pas m’être laissé tentée par les drogues. Mais j’aurais pu, car vivre dans la rue est dure. Ce que vous devez savoir, c’est que chaque jour est un combat. Vous ne pouvez jamais dormir sur vos deux oreilles car il faut toujours garder un œil ouvert. C’est la loi du plus fort”.

Agresser sexuellement

En tant que femme SDF, Charlène est deux fois plus vulnérable. “En plus de me faire voler mes effets personnels, je me suis fait violer et agresser sexuellement à plusieurs reprises. Non seulement par des autres sans abris, mais aussi par des personnes lambda qui pensent qu’elles ont le droit de nous toucher et de nous faire des choses parce que nous vivons dans la rue”. Étant une femme seule dans la rue, “Comment voulez-vous que je me défende ?” En ce qui concerne les autorités, ce n’est pas mieux. Elle explique avoir “souvent été victime de brutalités policières et j’ai passé des nuits en cellules. Quand un incident survient, on met les SDF dans le même bateau et nous sommes accusés à tort”. Les sans-abris sont aussi jugés et stigmatisés. Sur son pied, d’énormes plaques noirs et sèches sont clairement visibles. “C’est de l’eczéma”, nous fait-elle comprendre.  “Je vis avec depuis plusieurs années. À l’hôpital, c’est à peine si un médecin prend le temps de me consulter. Pa pran dimounn kouma nou kont. On ne me donne que de la pommade et me redonne rendez-vous pour un autre jour. Je n’y vais plus”.

Rêve d’un nouveau départ

Dans la rue, c’est aussi un éternel recommencement. “Souvan monn sanz plas parski gagn boukou problem avek lezot”. Depuis neuf ans qu’elle erre les rues, elle a dormi sur la plage, sous un pont, près d’une église ou encore d’un hôpital. Très souvent, Charlène a essayé en vain de retomber sur ses pieds et de prendre un nouveau départ pour être en mesure de pouvoir revivre avec son fils. Sur son avant bras gauche est tatoué le nom de ce dernier. “Mon cœur saigne quand je pense à lui. Comme je n’ai nulle part où aller, il vit avec ma belle-mère. Quand en demandant l’aumône, j’ai des sous en plus, je vais le voir et je lui apporte quelques vives. Il n’a pas conscience que sa maman n’a pas de maison et qu’elle vit dans la rue. Je ne veux pas qu’il ait honte de sa mère. ”