Les chasseurs sont impatients de reprendre leur activité et de se lancer sur la piste des grands gibiers. Cependant tout comme l’année dernière, l’ouverture de la saison, initialement prévue au début de juin, se fait attendre à cause des restrictions. Malgré tout, pour Gérard, Pierre-Yves et Jérôme Cangy, des professionnels de la chasse, les préparatifs et autres formalités sont bien entamés.

Pratiquer de la chasse n’est pas qu’un passe-temps. “Si l’on ne maitrise pas ou si l’on ne se prépare pas pour la chasse, cela peut être dangereux pour vous et pour les membres de votre groupe de chasse” précise Gérard Cangy. Ainsi côté équipements, ce chasseur aguerri a passé ces dernières semaines à remettre ses fusils en service pour être prêt à affronter cette nouvelle saison. En effet, après des mois d’inactivité, le dispositif nécessite un nettoyage, au niveau des canons, un graissage au niveau des points du mécanisme et des chokes, un huilage de la crosse tandis que les bois ont été nourris avec de l’huile de lin. Son stock de cartouches affiche complet et il a aussi pris le soin de vérifier les munitions en faisant le tri entre celles qui sont défectueuses et celles qui peuvent encore être utilisées. Concernant sa tenue, pantalons, chemises, coupe-vent et gilet doté d’un carnier ont été sortis des placards et attendent aux côtés de son chapeau de chasse, de ses bottes, entre autres couteaux pliants et gourdes.

Des invités très spéciaux

Pour sa part, cela fait déjà six mois déjà que Pierre-Yves Cangy sort sa meute une à deux fois par semaine dans les champs de canne pour travailler l’endurance de ses chiens. Ce maître-chien, appelé invité-chien dans le jargon mauricien, possède une vingtaine de Bleu de Gascogne, des chiens de chasse connus aussi comme des chiens courants. “Ce sont des chiens qui ont besoin de maintenir leur forme et de se dépenser. Un peu comme un sportif, ils doivent s’entraîner pour être performants”. Il se doit de connaître chaque personnalité de ses chiens, consolider leur complicité pour qu’ils soient efficaces durant les parties de chasse.

Outre de les entraîner, son rôle consiste à les éduquer à écouter les directives, à suivre une alimentation spécifique. Et ce travail d’entraînement nécessite une régularité avant et pendant la saison. En 25 ans d’expérience, cet habitant de St-Antoine est capable de reconnaître chacun de ses chiens à leur allure seulement ou même à les identifier au loin à leur voix et aboiements. Il ne lésine pas sur les dépenses, entre Rs 3000 à Rs 4000 par mois pour le repas composé de riz et de poulet, des compléments et vitamines ainsi que des vaccins et soins chez le vétérinaire. “Je ressens un tout autre plaisir. Sans ces chiens, et sans les rabatteurs, il n’y a pas de chasse. Alors que d’autres ont les yeux fixés sur les gibiers, moi j’ai toujours été attiré par la force et la ténacité des chiens de chasse. Ils apportent une ambiance très particulière lors des parties de chasse”.

La chasse et ses autres préparatifs

Faut dire que chez les Cangy, c’est une activité qui se transmet de génération en génération. En effet, Gérard Cangy, propriétaire du domaine Kakaoye, un chassé de 700 arpents situé dans les hauteurs de Sébastopol, n’a pas hésité à confier les responsabilités d’assistant directeur à son fils Jérôme. Ce dernier, avec l’aide de Didier Rosine, directeur de chasse, a déjà dressé et contrôlé la liste des actionnaires et vérifié la validité des permis de chasse sans oublier toutes les démarches administratives au niveau de la police et du département des bois et forêts.

Avec un mois de décalage sur le calendrier, qui se tient en temps normal de juin à septembre, Jérôme Cangy a eu à augmenter son quota à une cinquantaine de têtes (biches, daguets et gros cerfs) à abattre pour cette saison 2021. Il explique : “La chasse ne plaît pas à tout le monde. Certaines personnes restent fixées sur le fait qu’un chasseur est un tueur mais en réalité, nous sommes des protecteurs de la nature”. En effet, même si les cerfs évoluent dans un enclos, ils demeurent des espèces sauvages et libres et les parties de chasse ont pour but de réguler la population dans le respect d’un ratio mâle/femelle, adulte/jeune. À ce jour au niveau du domaine, tout est fin prêt. Le territoire de chasse a été délimité, les réparations des enclos et miradors complétés tandis que les gardiens redoublent de vigilance 24h sur 24 pour limiter les dégâts du braconnage.

Le clan Cangy ainsi que tous les autres amateurs de chasse n’attendent plus que la communication officielle du gouvernement pour retrouver les parties, surtout celle de la « battue », le mode de chasse la plus prisée à Maurice.