Le groupe d'habitants, dont de nombreux skippers posant avec Sandy Monrose en t-shirt rose

« La terre est une mère qui ne meurt jamais ». Ce proverbe malgache a résonné bien fort pendant le confinement. Ils ont été nombreux à retourner à la terre pour se nourrir, mais aussi pour s’occuper. Des feuilles de kari poulé ou des bouquets de cotomili à la fois salvateurs et thérapeutiques. La crise Covid est loin d’être résolue et les dommages collatéraux commencent à se faire ressentir au niveau de l’emploi, notamment dans le tourisme, mais des employés en chômage technique ont décidé de ne pas rester les bras croisés. Avec l’aide de la Commission diocésaine du tourisme, ils se préparent à accueillir leurs premières récoltes. Une lueur d’espoir.

« En marche vers l’autosuffisance alimentaire », tel est le nom du projet lancé par la Commission diocésaine du tourisme dans l’Ouest du pays, la semaine dernière. Son objectif : aider les employés du secteur du tourisme à sortir la tête de l’eau en leur offrant la formation et les outils nécessaires pour planter. Une reconversion qui s’annonce d’ores et déjà concluante.

« Nous avons eu un premier contact avec les habitants de la région ouest de l’île », explique Jennifer Constantin, de la Commission diocésaine du tourisme. « Il y a eu 70 participants, homme et femmes, jeunes et moins jeunes », nous dit-elle. Pour la plupart des employés du tourisme touchés directement et indirectement par la crise, notamment employés d’hôtels, musiciens, skippers et même pêcheurs, ils ont répondu présents.
« Il s’agit du premier volet de la formation et il nous a fallu faire le recensement pour savoir combien de personnes étaient réellement intéressées. Ainsi, 50 des 70 personnes n’ont pas les outils et ressources nécessaires pour commencer à planter », dit-elle. Ces 50 personnes bénéficieront ainsi de l’aide de la commission qui se chargera — avec l’aide de partenaires et de ceux qui souhaiteraient aider —, de leur fournir les semences, les outils, engrais et autre. Jennifer Constantin avance par ailleurs qu’il s’agit d’une formation en continu et surtout d’un accompagnement de ces familles en difficulté. « Durant cette période de Covid-19, la commission veut offrir la possibilité à quelques familles dans le besoin de s’en sortir, pas simplement en leur offrant de la nourriture, mais en leur donnant la possibilité de prendre goût à travailler la terre et faire de l’élevage domestique afin d’atteindre une certaine autosuffisance au niveau de certains légumes et protéines. »

Travailleurs de la mer reconvertis

Un projet qui porte déjà ses fruits. Dans le Sud du pays, un petit groupe d’habitants a décidé de prendre les choses en main. Avec l’aide de Suzy Édouard, de la Commission diocésaine du tourisme, ils attendent leurs premières récoltes. Il faut dire que le confinement a été l’élément déclencheur. « Je connais très bien la région du Sud et ces gens-là vivent pour la grande majorité du tourisme. Avec la crise, j’ai beaucoup pensé à eux et je me suis demandé ce qu’ils allaient faire », confie Suzy Édouard, qui compte 30 ans de carrière dans le tourisme. Seule au départ, elle décide ainsi d’aider à sa manière quelques habitants. « Au lieu de donner des foodpacks, ce qui est très bien, j’ai décidé de les aider à planter. » Une solution dans le long terme. Avec l’aide de Sandy Monrose, une des chevilles ouvrières du village de Mare La Chaux et des villages avoisinants, 15 familles sont identifiées. « La plupart de ces pères de famille sont des skippers et ce n’est pas demain la veille qu’ils vont recommencer à travailler. »

Les casiers mis de côté, place aux pioches. « Ces habitants étaient plus que ravis de recommencer à travailler et de labourer la terre. En plus de pouvoir travailler pour avoir de quoi manger, je pense que c’est surtout le fait d’avoir un travail et d’être reconnus qui les a le plus motivés. Ils ne se sont pas sentis abandonnés », dit-elle. De bouche à oreille, Suzy Édouard finit par obtenir de l’aide. Ainsi, avec le soutien de l’association Bioculture, les familles bénéficient de formation en agriculture. « Nous n’avions pas besoin d’argent, mais d’aide technique et d’équipements, car ces personnes savent pêcher, pas planter ! », dit-elle. Outils en main et plantules en provenance de Barkly en terre, les travailleurs de la mer se sont reconvertis en travailleurs de la terre. Ils s’occupent ainsi du terrain à côté de l’église de Mahébourg et les jeunes de la localité les aident de temps en temps. Ils ont aussi été formés pour la protection des plantes endémiques par l’ONG Eco-sud.

Agriculture et aviculture

« Moi, j’ai commencé avec 15 personnes, et avec rien au départ, donc, tout le monde peut le faire. » Suzy Édouard est persuadée que le citoyen lambda a un rôle à jouer dans cette crise et qu’il peut, selon ses moyens, aider à alléger les souffrances de ces employés en chômage technique. De plus, Suzy Édouard nous annonce que quatre de ces habitants bénéficient actuellement d’un cours de plomberie toujours grâce à la bienveillance d’institutions de formation qui ont eu vent de ce projet agricole. Ainsi, Kennedy, skipper devenu planteur, a commencé ses cours de plomberie au MITD de Mahébourg. Il suivra ensuite des cours en électricité. « Il continue aussi de pêcher ! Il y a de quoi les occuper. C’est aussi une des raisons pour lesquelles j’ai voulu les accompagner dans ce projet », nous dit Suzy Édouard.

Outre l’agriculture, les habitants ont aussi été initiés à l’aviculture. « J’ai pour cela demandé à mon ami Robert Soupe, qui a fait carrière dans ce domaine, de donner une première causerie aux habitants. » Le projet devrait débuter dans les semaines à venir, car il demande plus de préparation, en termes d’infrastructures, etc.