En cette période de COVID-19 et de licenciements imprévisibles, une femme a su tirer profit de son malheur. Christelle Figaro, ancienne Technical Executive dans l’immobilier, a en effet choisi de se reconvertir dans l’IRS en proposant des services personnalisés en plomberie, électricité et entretien de villas. À la tête de son entreprise, XLGR Services Ltée, cette mère de famille, grâce à sa polyvalence et sa motivation, a entamé durant le premier confinement une carrière dans le « property management » sur les chapeaux de roues. Ce métier destiné aux hommes, Christelle se l’est approprié en y incluant sa touche féminine tout en forçant respect et admiration sur les chantiers de construction. Sa force de caractère est devenue son armure pour réécrire le scénario de sa vie. Et son courage, un exemple pour d’autres femmes qui doutent encore de leurs capacités à rebondir.

Vous avez exercé comme Technical Executive dans l’immobilier, puis il y a eu le licenciement dû à la COVID-19. Comment avez-vous vécu cette situation ?

Très mal. Il y a un an, j’ai effectivement été confrontée à l’impact économique causé par la COVID-19. J’ai perdu mon emploi, et cela n’a pas été facile. J’ai traversé un moment de doute, de remise en question, et comme beaucoup de personnes dans cette situation, j’ai connu la peur du lendemain.

Étant une éternelle optimiste, je me suis dit dans mon for intérieur pourquoi ne pas lancer ma petite entreprise. Cette idée a été encouragée par l’une des propriétaires de villa qui avait été satisfaite de la qualité de mes services. Elle m’a encouragée, et c’est comme cela que j’ai fait les démarches pour devenir ma propre patronne.

Aux lecteurs qui ont mieux envie de vous connaître, pouvez-vous dire votre perception de la vie ?

Je suis originaire de Saint-Pierre, j’ai 38 ans et je suis maman d’un petit garçon. À l’origine, je me destinais à une carrière administrative. J’ai toujours aimé le bricolage et être en contact avec les autres. Alors je me suis construit un parcours complètement différent en lien avec ma passion. J’ai commencé par apprendre « sur le tas » comme on dit, j’ai observé, écouté, fait mes recherches, et je n’hésitais pas à poser des questions sur les chantiers quand je ne comprenais pas un problème technique. Mon atout principal est ma capacité à rebondir et ma polyvalence.

Vous évoluez dans le domaine de l’IRS en vous occupant des villas. En quoi consiste votre métier ?

La grande majorité de ces villas et appartements appartiennent à des propriétaires qui ne sont pas au pays. Pour moi, cela a été une opportunité de me trouver un emploi. Mon métier consiste à faire l’entretien de ces biens immobiliers, de m’assurer que leur propriété est dans un état impeccable en leur absence : une maison doit vivre, elle doit respirer… Elle doit aussi avoir une maintenance régulière. Et c’est là que j’entre en jeu. Je propose des services d’aération, d’entretien, et surtout la maintenance préventive en m’assurant que tout fonctionne dans la villa.

Parlez-nous de votre travail dans les villas, de la décoration intérieure, avant que vous ne basculiez dans le côté plus technique. Cette reconversion, est-ce une aubaine ?

L’une de conséquences de la COVID-19 a été de nous ramener à l’essentiel : le secteur des services, l’accompagnement des personnes, les conseils sont, à mon avis, des secteurs d’avenir. Je pense que ce sont les métiers qui répondent à des besoins réels qui vont survivre à cette crise.

Dans notre quotidien, le budget est géré différemment et on privilégie l’utile à l’agréable. La décoration intérieure permet de créer une ambiance, d’avoir un “lifestyle”, alors que le “property management” est une nécessité. J’ai de l’expérience dans les deux domaines, mais pour le moment, mes clients ont besoin davantage de mes compétences techniques.

Je travaille principalement pour ceux qui sont à l’étranger. Je propose les services d’aération, je fais couler l’eau dans la tuyauterie. Pour ceux qui ont déjà une femme de ménage, je me charge de réviser le travail après pour m’assurer que l’entretien est fait convenablement. Je propose aussi des services de supervision de travaux, que ce soit durant l’absence des propriétaires ou en leur présence.

Le but, c’est de leur faciliter la vie pendant leur séjour. Mon entreprise offre aussi la maintenance préventive, qui consiste à s’assurer du bon fonctionnement du réseau électrique et de la plomberie, l’entretien de la climatisation… Comme j’ai un carnet d’adresses fourni, je sais exactement qui contacter pour chaque situation. En cas de pépin, mon mari est là pour m’épauler, car il a de très bonnes connaissances en électricité, en plomberie et en maintenance.

Que signifie XLGR Services Ltée, le nom de votre entreprise ?

Le nom XLGR m’a été proposé par une ancienne collègue, qui est devenue une amie très proche. Elle était plus dans le relationnel côté clients et disait toujours à chaque problème de ne pas s’inquiéter. Sa phrase se résumait ainsi : « Christelle est là, elle gère. » XL, pour Christelle, et GR pour gérer.

Quel effet cela fait d’être une femme à la tête d’un métier destiné a priori à un homme ?

Étant une boule d’énergie, un peu garçon manqué par moments depuis ma plus tendre enfance, ma famille n’a pas été réticente, encore moins mon mari, qui a toujours été le premier à me soutenir. Je dois admettre qu’au début de ma carrière, c’était assez difficile et frustrant de me faire une place dans ce monde d’hommes, surtout quand je devais donner mon point de vue lors des réunions ou ne pas valider un travail effectué par les contracteurs.

Comme abandonner n’est pas un mot qui me décrit, j’ai continué à foncer, et j’avoue que ce n’était pas aussi difficile, car ils voyaient tous que mon but n’était pas de faire « mon alerte » sur les chantiers, mais de montrer mes capacités tout en continuant à me perfectionner. J’ai pu graduellement gagner la confiance et de la crédibilité auprès de ces professionnels, et j’ai fait ma place. Aujourd’hui, je suis fière de dire que je suis connue et respectée par beaucoup d’artisans dans le monde de la construction.

Vous parlez de la nécessité d’offrir des services en « procurement ». Pouvez-vous nous en dire plus ?

Comme le nom de ma société l’indique, Christelle ne fait pas que gérer mais, elle offre aussi d’autres prestations. J’ai offert mes services à un projet de plusieurs appartements où il a fallu procurer plein de petites choses utiles et obligatoires afin d’obtenir le permis d’opération. Cela a été une belle expérience, car ma liste de fournisseurs s’est étoffée.

Comment parvenez-vous à diversifier vos créneaux ? Et que recherchent les gens ?

L’avantage avec mes services est que je m’adapte aux besoins de mes clients. Le plus important est d’avoir un bon planning. Je le prépare toujours la veille pour pouvoir calculer le temps que je passerai dans chaque villa quand il s’agit de l’entretien. Comme mes clients ne sont pas à Maurice, je dois aussi fournir un rapport régulier afin qu’ils sachent ce qui se passe chez eux en leur absence. Tout est basé sur la confiance. Du moment où ils savent que tout va bien chez eux, ils ne demandent pas plus. Par contre, s’il y a des soucis, je n’hésite pas à les leur signaler pour qu’une décision soit prise rapidement.

La pandémie, au bout du compte, semble avoir été salvatrice pour vous en vous permettant de mettre à profit vos talents de chef d’entreprise…

Pour moi, cette pandémie a plutôt été bénéfique, car elle m’a permis de me prouver à moi-même que je n’ai pas besoin d’un employeur pour gérer ma vie professionnelle et faire vivre ma famille. Chaque jour est certes un défi, mais si l’on s’arme d’une bonne dose de positivité et de patience, ce n’est pas difficile de déplacer des montagnes. C’est un défi qui n’est pas facile, mais mon obstination, ma ténacité et ma conscience professionnelle sont mes atouts. Je compte bien en profiter pour faire de ma petite société une entreprise durable.

Quels sont les risques d’avoir une entreprise aujourd’hui en période de pandémie ?

Le plus gros risque est de tout perdre, car avec la pandémie, l’avenir est incertain. Quand on est « self employed », les enjeux sont différents. Le confinement n’aide en aucun cas, surtout que la société est toute nouvelle – mon licenciement et ma reconversion remontent à un an -, mais il ne faut pas y penser. Il faut simplement se lever le matin, s’habiller et aller faire ce que je sais faire le mieux : être aux services des autres.

Vous êtes une professionnelle, mariée, maman, et s’il fallait vous décrire, quels sont vos qualités et vos défauts ?

Je suis mariée, en effet, et mon mari m’a rejointe dans cette aventure à temps partiel. Je suis la maman d’Hugo, six ans, et nous menons une petite vie tranquille dans le village paisible de Saint-Pierre.

Ma principale qualité est la « positive attitude », je cherche toujours le bon côté dans toutes les situations, même les pires. Je suis sympathique et très sensible aussi. Mon défaut principal, c’est que je veux tout contrôler et je suis autoritaire. J’ai tendance à oublier que malgré le pendentif de « superwoman » que je porte au cou, je suis avant tout un être humain.

Un projet, une nouveauté ?

Comme projet, je ne compte pas rester que dans le nord. Je voudrais m’étendre un peu vers les autres régions de l’île. Et si tout se passe bien, employer quelqu’un pour m’assister dans mes tâches quotidiennes. Nous pensons à innover nos services, mais pour le moment, il n’y a rien de concret.

Votre force de caractère peut-elle devenir une armure pour d’autres femmes qui hésitent ?

Je voudrais dire à toutes celles qui, comme moi, sont des battantes dans la vie, de ne jamais douter de leurs capacités à se faire une place dans la société d’aujourd’hui. J’ai perdu mon emploi. J’ai pris le temps de réfléchir, d’absorber cette mauvaise nouvelle. Et puis, j’ai pris les choses en main pour réécrire le scénario de ma vie. Le soutien de mes proches et de mes amis a été essentiel dans ma reconversion. Malgré l’appréhension de me lancer, il y a un élément qui ne m’a jamais quitté et qui repose sur un simple fait que je n’ai jamais douté de mes capacités de femme pour rebondir.