En marge de la Journée internationale de la jeunesse, Christine N Umutoni, UN Resident Coordinator, a accordé une interview au Mauricien. Elle souligne l’importance de l’engagement des jeunes dans des activités qui sont utiles pour leur pays, leur propre santé. Elle déclare que les Nations unies ont été aux côtés de Maurice dans les moments difficiles comme la pandémie de COVID-19 et le déversement d’huile à Pointe-d’Esny. Elle annonce que les Nations unies et le gouvernement travaillent sur un “socio economic response plan”. « Maintenant que la crise sanitaire a disparu, nous sommes dans une crise économique. Il s’agit de savoir comment surmonter les problèmes rencontrés au niveau de l’industrie, du tourisme. Nous nous engageons et soutenons », insiste-t-elle.

Nous avons célébré le 12 août dernier la Journée internationale de la Jeunesse. Quelle est l’importance de cette journée selon vous ?

La Journée internationale de la Jeunesse est un événement annuel. C’est un jour choisi pour sensibiliser et mobiliser la jeunesse. Comme vous le savez, l’année 2020 a été marquée par une série de nouveaux défis sur tous les fronts. Il y a eu la COVID-19 et d’autres événements qui se sont produits dans le monde, notamment au Liban et à Maurice avec “l’oil spill”. La jeunesse, qui est affectée par tout cela, représente l’avenir. Le thème de cette année, “l’engagement des jeunes pour une action mondiale”, vise à encourager les jeunes à s’engager davantage et à se placer au centre de l’action. Ce thème vise aussi à tirer des leçons sur l’amélioration de leur représentation et de leur engagement dans la politique institutionnelle formelle, alors que la Nation célèbre son 75e anniversaire. C’est l’occasion de savoir ce qui s’est passé, où nous en sommes aujourd’hui et de se tourner vers l’avenir. Cette année est également l’occasion de lancer la décennie de l’action, en tenant compte que l’année 2030 est derrière la porte. Le secrétaire général a lancé une étude globale afin de savoir sur quel sujet il devrait se concentrer durant la prochaine année, dans quel domaine chaque individu voudrait s’engager durant l’année à venir et savoir comment accélérer la réalisation de ces projets durant la prochaine décennie et au-delà… Nous invitons les Mauriciens de tous les âges à participer à cette étude. Plus il y a de personnes qui y participent, mieux ce sera. Le rapport sera lu lors de la prochaine Assemblée générale des Nations unies. Nous souhaitons entendre le maximum de voix en provenance de Maurice. Il est important que le leadership du pays, les personnes âgées, le secteur privé, les jeunes, les femmes et tout le monde s’adressent au Secrétaire général pour lui dire comment ils anticipent l’avenir. Nous souhaitons engager un dialogue avec les jeunes dans les prochaines semaines.

La Mock Model UN Assembly aura-t-elle lieu cette année ?

Une série d’activités sera organisée à l’intention des jeunes pour célébrer ce 75e anniversaire. Le Model UN fait partie de ces activités. Diverses compétitions seront organisées à l’intention des jeunes. Nous les inviterons à exprimer leur vision de l’avenir à travers la peinture. L’œuvre, qui sera primée, sera utilisée pour illustrer une série de timbres-poste. Une activité culturelle est également prévue. Nous inviterons les jeunes, venant des milieux les plus défavorisés, à exprimer leur talent pour montrer comment ils voient le monde et l’avenir. Nous n’oublions pas que les “sustainable development goals” sont dans les parages, surtout à un moment où ces pandémies et autres catastrophes nous appellent à l’action et à ne pas prendre “a back seat”.

Qu’attendez-vous personnellement des jeunes ?

Nous nous attendons à ce que les jeunes assument leurs responsabilités. Je peux vous parler de mon expérience personnelle. Je viens du Rwanda. À l’âge de 20 ans, j’étais déjà active pour la libération de notre pays du génocide. Je ne me suis pas dit que ma grand-mère ou mon grand-père allaient me sauver de la guerre. Lorsque je parle aux jeunes, je leur dis : « Vous n’êtes pas jeunes. It is the time for you now. » Dans le contexte mauricien, les jeunes doivent comprendre les défis auxquels le pays est confronté et doivent saisir les opportunités qui s’ouvrent au pays. Ils doivent participer. J’étais si heureuse de voir autant de jeunes à la plage, essayant de la nettoyer durant la crise environnementale provoquée par le Wakashio. Durant la crise sanitaire provoquée par la COVID-19, j’ai vu beaucoup de jeunes qui se sont engagés dans la distribution de vivres aux familles démunies. Maintenant, avec les avancées technologiques, les jeunes sont plus à l’aise avec les nouvelles techniques. Aujourd’hui, nous organisons nos rencontres sur Zoom. Ce sont les jeunes qui sont en train de créer les solutions. Si vous voulez réhabiliter la mer en raison de “l’oil spill”, ce sont eux qui comprennent les technologies et connaissent les méthodes pour nettoyer la mer et les plages. Ils comprendront les nouvelles technologies et les nouvelles méthodes qui doivent être utilisées. Nous tournons nos regards vers les jeunes. Nous le faisons sans oublier les personnes âgées qui disposent d’informations nécessaires et peuvent être des guides. Mais les jeunes doivent utiliser leur dynamisme pour aider leur pays.

Lorsqu’on parle de la jeunesse, on pense aussi à l’éducation. Comment est-ce que les Nations unies interviennent dans ce domaine ?

Nous aurons bientôt un dialogue entre les partenaires et qui sera consacré à “l’e-learning strategy”. Avec l’arrivée de la COVID-19, la façon d’organiser l’éducation a changé. Nous savons qu’une population éduquée, une jeunesse éduquée constituent la richesse de n’importe quel pays. Au niveau des Nations unies, nous nous engageons à travers l’UNESCO et d’autres agences spécialisées à travailler avec les ministres responsables mais aussi avec diverses institutions, allant de l’éducation primaire à l’éducation supérieure pour voir comment l’améliorer. Nous savons qu’avec la COVID-19, la méthodologie a changé. Nous travaillons en partenariat avec les autorités compétentes.

La voix des jeunes est-elle vraiment entendue par les dirigeants dans le monde ?

This is coming gradually. Dans le passé, il était courant d’entendre les parents dire qu’il y a des choses que les jeunes ne comprennent pas. J’ai grandi comme une réfugiée en raison de la guerre au Rwanda. Je demandais à chaque fois à mon père, pourquoi sommes-nous des réfugiés ? Il m’a dit que c’est compliqué et qu’on ne comprendrait pas. Un jour, je lui ai dit qu’on ne peut pas être des réfugiés éternellement et que je devais rejoindre les autres et libérer mon pays. Il était frappé. Je voudrais démontrer que les jeunes ont une compréhension. Il faut leur parler dans un langage pour qu’ils comprennent. En fait, il est très important d’impliquer les jeunes de manière à ce qu’ils ne s’engagent pas dans des activités qui ne sont pas utiles pour leur communauté, leur pays et leur propre santé, mais plutôt dans des activités plus productives et attractives, des organisations dédiées. La jeunesse est très importante. Le ministère de l’Éducation, celui de la Culture et de la Jeunesse ainsi que les associations doivent se concentrer sur cette question.

Tous les pays accordent une importance à l’engagement des jeunes. Le secrétaire général de l’ONU a créé un ambassadeur pour les jeunes. J’ai entendu des jeunes reprocher aux autorités de discuter des questions concernant les jeunes sans les jeunes. Comment pouvez-vous élaborer un plan pour nous si nous ne siégeons dans aucune instance concernant les jeunes ? Petit à petit, le gouvernement apprend à traiter avec les jeunes.

Voulez-vous dire que les jeunes doivent être davantage impliqués dans le processus de prise de décisions ?

Il faut plus de jeunes au Parlement, au Cabinet, dans les administrations locales, dans la société civile… Je suis certaine que tous les gouvernements travaillent dans ce sens.

Est-ce que c’est le cas au niveau des instances des Nations unies ?

Il faut faire de la place pour les jeunes dans tous les départements et services des Nations unies. Toutefois, les agences qui visent le plus les jeunes sont l’Unesco et l’UNFPA.

Comment évaluez-vous le partenariat entre Maurice et les systèmes des Nations unies ?
Le partenariat entre Maurice et les Nations unies est bon. Nous travaillons dans le cadre d’un partenariat stratégique pour la période 2019-2023. Cet encadrement définit le cadre de travail pour les cinq prochaines années. Nous sommes très heureux d’apprendre que le secteur privé mauricien est en train de se constituer comme un groupe connu comme le Global Compact. Le Global Compact regroupe toutes les compagnies privées qui ont adhéré aux Sustainable Development Goals (SDG). Toutes leurs stratégies doivent être durables, doivent être vertes et doivent prendre en compte la violence des genres, les droits de l’homme, les lois du travail… Nous avons aussi des partenaires parmi les donateurs, les partenaires de développement, dont les ambassades. Je préside le groupe de partenaires au développement. Nous devons nous préparer à revoir notre partenariat avec le gouvernement mauricien. Bien sûr, le partenariat avec les Nations unies se passe bien, et nous avons 19 agences. Toutes ces agences travaillent avec Maurice. Toutefois, lorsque Maurice est devenue un pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure, et à revenu élevé maintenant, l’aide internationale diminue. Ce que nous essayons de faire, c’est de défendre Maurice dans le contexte des petits États insulaires.

Cette marée noire est un exemple que les défis des petites îles ne sont pas les mêmes que les autres pays. Les États insulaires doivent traiter avec le changement du modèle climatique, les cyclones, sur le fait que leur économie est basée sur quelques secteurs et qu’ils disposent d’une petite population. Or, qu’un pays soit à revenu élevé ou faible, il sera affecté de la même manière par les cyclones et le changement climatique. La pandémie de COVID-19 peut presque effacer vos avantages tirés du tourisme pendant des années et des années. Je pense donc que nous devrions soutenir un État insulaire à revenu élevé, quel que soit le PIB, et chercher d’autres indicateurs qui seront utilisés comme marqueurs pour soutenir le pays. Sur la base de cette approche, nous sommes en train de mobiliser le soutien international pour permettre à Maurice de traiter avec cette marée noire et aider le pays.

Puisque vous parlez d’Oil Spill, comment les Nations unies ont-elles aidé Maurice durant cette période ?

Nous avons été informés par le gouvernement de cette crise par le biais d’une note verbale du ministère des Affaires étrangères. Nous nous sommes rendus sur le navire immédiatement. Les Nations unies ont mis à contribution des experts, qui sont arrivés cette semaine pour soutenir le pays. L’équipe de l’ONU comprend des experts en termes d’interventions pour des cas de déversement d’hydrocarbures dans la mer, des soutiens légaux et de coordination, entre autres. Nous sommes impressionnés par le mouvement national qui s’est déployé pour combattre la marée noire. Le gouvernement a fait ce qu’il pouvait mais ce qui est impressionnant ce sont les volontaires et le nombre de personnes ayant tenté de faire tout leur possible pour apporter leur aide. Il y a eu ensuite les pays amis. La France a beaucoup contribué, le Japon a dépêché quelques experts, l’Inde également. L’UE et la Grande-Bretagne ont mobilisé un soutien sans compter la Banque mondiale, le FMI et l’ADB.

C’est un désastre environnemental, il est très important que chacun voie ce qu’il peut faire d’une manière coordonnée. C’est seulement de cette façon qu’on peut avancer. We are confident that this kind of crisis can be overcome. It’s not the first time that we see an oil spill. Les expertises nous permettront de déterminer comment traverser cette crise et retourner à la normale.

Nous avons vu comment la pandémie de COVID-19 a été surmontée à Maurice. À un certain moment, Maurice avait enregistré un des taux les plus élevés de contamination dans le monde. Aujourd’hui, il n’y a aucun cas. L’agence des Nations unies, l’OMS, a mobilisé toutes les informations en travaillant aux côtés du gouvernement, de la société civile, du secteur privé, et en appliquant le protocole approprié le pays a traversé cette crise. Aujourd’hui, Maurice est citée en exemple comme ayant accompli tous les efforts pour maîtriser la pandémie.

Il y aura toujours des crises mais le plus important est de savoir comment la communauté s’organise, comment la population collabore avec le leadership gouvernemental pour affronter le problème. Nous avons été à cette occasion aux côtés du gouvernement.

In the aftermath of the crisis we are working on the socioeconomic response plan on the recovery because the sanitary crisis has gone but now we are in an economic crisis. Il s’agit de savoir comment surmonter les problèmes rencontrés au niveau de l’industrie et du tourisme. Il s’agit de réaliser une évaluation de l’impact de la crise. Nous avons travaillé sur une economic response plan avec le gouvernement. It is action after action, life has to go on within the UN parnership framework and the SDG. We engage and support.

Les relations entre les Nations unies et ses agences ont changé avec le temps pour passer d’une politique d’aide à un partenariat économique? Pouvez-vous nous en parler?

Il y a eu une réforme au sein des Nations unies. L’engagement de l’ONU auprès de Maurice a commencé depuis très longtemps et il a évolué. Lorsque Maurice avait atteint le niveau d’un pays à revenu moyen, certaines agences ont quitté le territoire. Avec la réforme en 2019, la présence des Nations unies à Maurice a été renforcée. Un bureau indépendant de Resident Coordinator a été créé. Auparavant, il revenait au représentant du PNUD d’assurer la coordination. Ce qui fait qu’il n’avait pas suffisamment de temps pour faire autre chose. Le Secrétaire général a mis en place plusieurs protocoles et a discuté avec les pays membres, qui ont accepté que la « UN Country Team » soit dirigée par un Resident Coordinator. Nous avons donc un bureau opérationnel qui fait la coordination entre une vingtaine d’agences opérant à Maurice et dans la région.

Quels sont les changements qui interviendront, maintenant que Maurice a atteint le niveau de pays à revenu élevé ?

Le statut de pays à revenus élevé est fondé sur les chiffres pré-COVID-19. Il y aura une réévaluation après une année ou deux, et la Banque mondiale décidera s’il faudra maintenir ce statut ou pas. Cela dépendra de ce qui se produira en termes de reprise. S’il y a une reprise, Maurice maintiendra son statut. Au cas contraire, elle reviendra là où elle était. Le monde entier a été affecté par la COVID-19. L’économie mondiale s’est effondrée.

Vous avez la possibilité d’avoir une vision générale de la société mauricienne. Dans quel secteur pouvons-nous améliorer notre performance ?

Lorsque regarde le partnership framework, Maurice, à l’instar d’autres pays, doit diversifier son économie. Il devra générer d’autres sources de revenus au-delà du sucre, de l’industrie, des services financiers et du tourisme. Il peut toujours relancer les activités dans le secteur des technologies. Le modèle économique doit être revu de manière à voir comment rattraper le manque à gagner en raison de la pandémie. Being a small island, everything should be based on sustainability. How do we sustain this island? Do you know that there are islands which are disappearing because they have failed to manage their natural resources? La durabilité des pays comme Maurice repose également sur la gestion de l’environnement. Il y a des progrès à faire en termes de formation professionnelle. Nous savons que le gouvernement planche également sur tous ces dossiers en prenant en compte la révolution des technologies et l’innovation. Il est aussi question de la production alimentaire.

Pensez-vous que Maurice s’intègre bien en Afrique ?

D’après ce que nous voyons, Maurice se tourne de plus en plus vers l’Afrique. Le pays est partie prenante de la zone de libre-échange africain, est membre de la SADC et du COMESA. Il est très actif au sein de l’Union africaine. Avec les difficultés concernant le transport, les relations avec les voisins sont devenues de plus en plus importantes. Bien entendu, il y aura une interdépendance avec les autres pays du monde mais la coopération régionale prendra de plus en plus d’importance au niveau africain. Maurice est également membre du groupe des Petits États insulaires avec lesquels il pourra avoir des échanges.

En tant que Rwandaise, encouragez-vous les relations entre Maurice et le Rwanda ?

Cela ne relève pas de mes responsabilités mais de celles de l’ambassadeur, qui est basé en Afrique du Sud. D’après ce que je vois, il me semble que l’Afrique serait en train de créer ses propres tigres. We have asian tigers, we can also have african tigers.

Le mot de la fin?

Mon message est de dire qu’en dépit de ce qui se passe dans le monde avec la COVID-19 et les autres catastrophes il nous faut maintenir notre engagement en ce qui concerne les Sustainable development goals. Tout ce que nous voyons nous rappelle l’engagement que nous avons pris. We talk about being prepared for disaster, about being prepared for pandemics, we talk about the youth and education. Celebrating the 75 years of the United Nations is an appreciation about what has happened but also 75 years and beyond is an opportunity to launch a decade of action. The fact that it happens at a time when we are having this pandemic is a wakening call to draw our response plan in a way in which we can view the back better. So if we didn’t strenghen the health system, this is the time to do it. If our economy was not green enough let’s revover by making them more green so that by the time we recover we are better. Finally, a call to the young people to say that the International Youth Day is a call for action in many fields, including the sense of solidarity expressed following an oil spill, is most important. Do not forget the long time vision of the country. I want finally to express my solidarity to the people of Mauritius for what has happened for COVID and remind everybody that we are here as partner in action.