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La Construction Industry Development Board (Amendment) Bill 2021 ne fait décidément pas l’unanimité. Après les architectes, c’est au tour des Quantity Surveyors (QS) de monter au créneau. Inquiète de l’avenir du secteur de la construction locale, la Mauritius Association of Quantity Surveyors (MAQS) qui regroupe plus de 200 QS mauriciens demande que les autorités concernées fassent machine arrière sur certains amendements qui pourraient, selon eux, menacer la profession et ce, avant la seconde lecture au Parlement.

« La MAQS s’exprime contre certains amendements à la loi existante qui représentent une attaque frontale et malveillante à l’intégrité et à la spécificité de cette profession libérale qui existe depuis plus de 150 ans en Angleterre, reconnue à part entière internationalement et réglementée à Maurice par la Professional Quantity Surveyors Council (PQSC) Act de 2013», indiquent Nitin Ramphul, Chairman du panel et Manish Rajcoomarsing, président de la MAQS.

Le rôle de QS quasi-obsolète

Ils expliquent que les « sections 29(2)(i) et 29(4) du projet de loi permettraient que la préparation des “bidding documents” soit confiée à des personnes autres que des QS ». Coup dur pour ces professionnels, aussi appelés économistes de la construction, et pour qui la préparation de ces « bidding documents » « forme une partie intégrante de la profession ».  Avec cette nouvelle loi, il incombera aux ingénieurs ou aux architectes de préparer ces documents, ce qui pourrait rendre le rôle des QS quasi obsolète. L’autre point de discorde dans les propositions d’amendements et qui rejoint le discours des architectes est « la partie 29(3)(c) qui donnerait la possibilité à un étranger de venir exercer comme QS à Maurice sans avoir besoin d’entrer dans un accord de joint venture avec un QS mauricien dûment inscrit, à 51% pour la partie mauricienne et 49% pour la partie étrangère comme le prévoit la loi actuellement ».

Une mesure qui, selon ces professionnels de la construction, viendra chambouler le secteur local déjà lourdement affecté par la pandémie. Aussi, ils craignent un certain monopole des entreprises étrangères qui, avec cette nouvelle loi, ne se verraient plus dans l’obligation d’employer des professionnels mauriciens. « Aussi, quid du partage de connaissances? Depuis des années, grâce aux joint ventures, les professionnels locaux et étrangers ont collaboré et il y a eu un transfert et partage de savoir. Que va-t-il se passer maintenant puisqu’il n’y aura plus de Joint Ventures, mais des collaborations? Qu’est-ce que cela implique?» s’interroge Nitin Ramphul.

Du côté du ministère des Infrastructures publiques, l’on avance que ces amendements permettront au contraire de mieux contrôler et harmoniser le secteur de la construction. Ayant bien pris note des attentes des professionnels mauriciens, le ministère de tutelle se veut rassurant et assure que tout sera mis en œuvre au niveau des autorités, notamment de l’EDB, pour protéger le marché local d’éventuels abus, tout en permettant aux entreprises étrangères d’investir à Maurice. Une aubaine, selon les autorités, pour développer ce secteur qui s’essouffle… Affaire à suivre.