-Tentatives pour remplacer le candidat démissionnaire, Merven Clair,
par un autre boxeur, Richarno Colin

–  Sauf que ce dernier n’est pas éligible, selon les propres statuts du COM, contrairement à Bruno Julie, seul médaillé olympique mauricien

Les élections menant à la constitution de la Commission des athlètes au sein du Comité olympique mauricien (COM) n’ont finalement pas eu lieu, mardi à Trianon. Le retrait du boxeur Merven Clair ayant complètement changé la donne, forçant le COM a les reprogrammer ultérieurement, notamment suite à la requête de la Commission électorale de ne pas tenir ces élections dans ces conditions. Merven Clair était, avant son retrait, le seul élément masculin, donc il aurait été élu de facto comme membre de cette commission. Selon les recommandations du Comité international olympique (CIO), ce comité doit être obligatoirement composé de deux olympiens, dont un garçon et une fille, sur les cinq membres élus.

Décidément, la constitution de la Commission des athlètes va de rebondissements en rebondissements. D’abord, par la décision très contestée du COM de vouloir procéder, dans un premier temps, à des nominations au sein de cette commission et non à des élections, comme préconisé par la Charte olympique. C’était le 3 septembre 2020 à l’issue de l’assemblée générale annuelle du COM. Cet amendement a finalement été rejeté par le CIO étant donné qu’il est contraire à la liberté d’expression et à la Charte olympique surtout.

Le COM s’est discrédité

Mais voilà que le COM a, cette fois, décidé de s’ingérer dans les affaires de l’Association mauricienne de boxe (AMB) en sélectionnant un boxeur toujours en activité et qui plus est, ambitionnant une qualification aux Jeux olympiques de cette année, à Tokyo au Japon, puis à ceux de 2024, à Paris en France ! Cela, alors même que l’AMB avait, elle, fait parvenir une liste, comprenant également le nom de Bruno Julie !

Mauvaise pioche toutefois pour le COM et ses dirigeants surtout, notamment son président Philippe Hao Thyn Voon, après la décision de Merven Clair de se retirer comme candidat, plaidant son engagement pour les JO de 2024 à Paris en France. Le président de l’AMB, Indiren Ramsamy, avait d’ailleurs prévenu, dans ces mêmes colonnes, dimanche dernier, de la non-disponibilité à long terme du boxeur en raison de sa préparation. Comment alors pouvoir prétendre défendre l’intérêt des athlètes dans ces conditions ?

Le COM n’était-il pas au courant de ces contraintes en optant pour Merven Clair et non pour Bruno Julie, un boxeur à la retraite ? Ce faisant, le COM s’est discrédité en pensant être mieux placé que la fédération pour décider à sa place ! Une position qui demeure toujours aussi contestable que déplorable. D’où la question de savoir, d’abord, pourquoi Merven Clair et si ce choix reposait uniquement sur des principes purement sportifs ?

Au même titre, Merven Clair s’est également discrédité, une fois encore, après sa bourde de se mettre aux côtés de l’haltérophile Roilya Ranaivosoa et de la pongiste Caroline Ramasawmy, en octobre dernier, pour défendre… Philippe Hao Thyn Voon ! Après coup, le boxeur a fini par réaliser qu’il aura à se préparer pour les JO de 2024. Donc, il n’aura pas suffisamment de temps pour défendre l’intérêt des athlètes !

Clair et Colin licenciés de l’AMB !

Ce qui dérange encore plus dans cette affaire, c’est la position adoptée par Philippe Hao Thyn Voon, à travers une déclaration de presse, lors de la semaine écoulée. La carte Clair étant devenue obsolète, il semblerait qu’il compte se rabattre sur une éventuelle candidature de Richarno Colin ! Une démarche fortement à déplorer. En décidant de prendre les choses en main, le COM commet une infraction dans le sens où Merven Clair et Richarno Colin sont des licenciés de l’AMB et non du COM. Car, autant que nous le sachions, il n’a pas le droit de s’ingérer dans les affaires internes d’une fédération et ici, dans celles de l’AMB.

Certes, le CIO a suspendu l’Association internationale de Boxe (AIBA) suivant le scandale d’arbitrage lors des finales des JO de Rio au Brésil en 2016. Est-ce que cela donne le droit au COM de faire l’impasse sur l’AMB, qui est le garant de ses licenciés ? D’autant que ces boxeurs évoluent sous la juridiction de la République de Maurice ! Donc, si décision il devrait y avoir, elle devra venir de la fédération de boxe et non Philippe Hao Thyn Voon. Le CIO est-il au courant de la démarche du COM sur ce dossier ? Car si l’AIBA a fauté, en revanche, l’AMB n’a rien fait, si ce n’est qu’elle continue à respecter la Charte olympique en organisant « une activité sportive spécifique, réelle et durable » dans son pays et «…en mettant en œuvre des programmes d’entraînement pour les athlètes. » !

Aussi, on peine à comprendre pourquoi le COM ne veut pas de Bruno Julie. Pourtant, c’est un ancien athlète qui mérite le respect de tous les Mauriciens pour ce qu’il a accompli pour le pays aux Jeux olympiques de 2008 à Pékin en Chine. Malheureusement, cela ne semble pas vraiment être le cas pour Philippe Hao Thyn Voon et ses membres. Est-ce le franc-parler de Bruno Julie qui fait peur contrairement à des béni oui-oui ?

La question d’entraîneur revient sur le tapis

Par ailleurs, nous apprenons que le COM aurait émis des réserves sur la candidature de Bruno Julie, du fait qu’il est un entraîneur régional et bénéficie d’une allocation auprès du ministère des Sports. Ce qui serait contraire, avance-t-on, aux règlements pour siéger au sein de la Commission des athlètes. Sauf que ce fameux règlement demeure flou ! Et puis, si ces règlements existent, pourquoi Philippe Hao Thyn Voon ne prend-t-il pas une décision ferme en faisant une déclaration publique à ce sujet ?

Nous avons parcouru les statuts du COM amendés en octobre dernier. Aucune mention n’est faite concernant le poste d’entraîneur. Selon l’Article 8 (General Assembly), section 12:  The procedure for election of membres of the Executive Committee shall be as follows (d) « No person shall be eligible for election as a member of the Executive Committee or remain a member of the Executive Committee where he is a public officer or other person posted in or appointed by or employed by the Ministry responsible for sports or otherwise remunerated by the said ministry, even on a part time basis for a period of at most 2 years prior the election. »

Or, si notre mémoire ne nous fait pas défaut, Bruno Julie n’est pas un employé du ministère des Sports. Il n’a donc aucun contrat, contrairement à certains athlètes de haut niveau qui vont participer à ces élections et qui sont, eux, pourtant bénéficiaires d’une allocation mensuelle auprès du ministère des Sports ! Aussi, il est clair que Philippe Hao Thyn Voon s’emmêle les crayons puisqu’il semble ne pas connaître ses propres règlements. Car, selon la section précitée, c’est Richarno Colin qui ne peut être candidat étant un employé du Mauritius Sports Council, entité tombant sous…le ministère des Sports !

Décidément donc, plus le temps passe, plus on prend plaisir au COM à s’auto-discréditer ! Pendant combien de temps encore, le sport mauricien continuera-t-il à souffrir de ces situations rocambolesques?