Les concerts et live en streaming sont la seule option pour les artistes et autres professionnels du milieu de faire de la musique tout en restant en contact avec leurs fans. Parmi, les premiers évènements en mode digitale, le public a découvert Akoustik dan zardin de Jimmy Veerapin (Culture Events), Eski zot pare Festival d’Elvis Heroseau (Motikam) ou encore les Online Akoustik sessions de Kafe Kiltir.

Actuellement interdits, les concerts représentaient l’essentiel du gagne-pain des artistes, musiciens et autres producteurs professionnels. Pour continuer à vivre de leur métier, beaucoup se tournent vers les plateformes de live streaming qui connaissent un essor ces derniers temps. Il s’agit de concerts en live projetés sur internet et qui peuvent être visionnés par ceux qui auront acheté leurs billets quand l’événement n’est pas diffusé gratuitement. Jimmy Veerapin, de Culture Events, rappelle qu’il y a une multitude de plateformes web qui proposent de diffuser en direct des concerts . Parmi, des incontournables à l’instar de Facebook, Instagram ou Youtube. D’autres espaces digitaux spécialisés ont aussi vu le jour pour se consacrer entièrement au live streaming musical.

Des éléments qui n’ont pas manqué de captiver l’attention d’Elvis Heroseau, claviériste d’Otentik Groove “Ca fait déjà un moment que je réfléchissais sur des idées innovatrices pour avancer dans ma carrière professionnelle. Le confinement est venu me donner un coup de pouce pour sortir de ma zone de confort et mettre en place les choses plus concrètement”. Samedi dernier, le musicien professionnel a abordé un nouveau cap en organisant son tout premier e-concert baptisé Eski zot pare festival. Le bilan de Motikam est satisfaisant avec pas moins de 1000 liens achetés pour assister au concert. À ce propos, Elvis Heroseau ajoute : “Nous sommes bien conscients que cela ne représente pas que 1000 spectateurs mais bien plus car malgré le fait d’avoir encouragé les gens à prendre des packs, certains ont pris un seul lien pour plusieurs personnes. Le concept a fonctionné et les réactions positives nous encouragent à poursuivre sur cette voie”. Outre la rediffusion du premier concert, une deuxième édition est déjà en préparation ainsi qu’en amont des lite sessions prévues tous les deux semaines pour des talents émergents.

Dans le même sens, Jimmy Veerapin est d’avis que ce nouveau style d’événement se présente comme une véritable révolution dans le monde culturel, artistique et musical à Maurice. “On voudrait nous voir mourir avec le Covid, mais ce ne sera pas le cas. Certes c’est révoltant et pas logique que nous ne puissions pas se rassembler mais il faut vite réagir et apprendre à contourner les obstacles. Tout le monde doit revoir son système de fonctionnement”. Avant même le déconfinement, le directeur de Culture Events avait transformé son propre « zardin » en scène de façon à permettre aux gens de soutenir les actions artistiques à travers le digital. Après deux passages des Anonym, de Melanie Pérès ce sera au tour de la bande d’Apostrophe de se produire en live streaming le 12 juin.

De son côté, Phoenix Bev fait aussi partie de ceux convaincus que cette pratique digitale peut tout à fait coexister avec les concerts traditionnels surtout que les e-concerts disposent de plusieurs atouts qui peuvent permettre de se créer une place durable et conséquente sur le marché de la musique live. D’ailleurs, son dernier épisode de la 5ème saison de Kafe Kilfir a été réadapté pour laisser place à trois Online Akoustic Session les 2, 9 et 16 juin.

Côté profit, l’option digitale est loin de couvrir les frais ou de ramener des revenues conséquentes. Alors que Jimmy Veerapin a opté pour une contribution volontaire du public, pour sa part Elvis Heroseau a fixé un tarif d’accès à Rs 150 pour lancer le début de cette aventure. Cependant, ce dernier espère pouvoir compter sur la participation de la diaspora ainsi que sur la compréhension du public pour la suite car en temps normal ce genre de projet, surtout avec de grosses têtes d’affiches, un live band, une équipe de technique ou encore l’emplacement, nécessite des dépenses de Rs 600 000 à Rs 700 000. “Pour cette première j’ai pu avoir le soutien des artistes qui ont bien voulu participer sans paiement. Mais le plus gros travail reste à faire maintenant. Celui de convaincre les sponsors aussi bien les spectateurs qu’un concert en streaming ne veut pas dire moins chers forcément et que cela a aussi un coût pour les organisateurs. L’idée de base est avant tout d’aider les artistes à travailler.”

À l’heure actuelle difficile de savoir si les concerts et live en ligne pourront concurrencer ou remplacer les concerts physiques et offrir la  magie d’une expérience réelle aux spectateurs. Mais, Jimmy Veerapin conclut « l’humain s’adapte à toute situation et nous, à Maurice, nous sommes aussi capables de poursuivre le travail à l’ère digitale”.