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C’est en privé que certaines personnes ayant été en contact pour différentes raisons avec l’hydrocarbure déversé par le vraquier japonais battant pavillon panaméen confient avoir senti des effets sur leur santé. Essoufflement, boursouflure… 350 personnes du Sud-Est s’étaient présentées auprès de la cellule d’écoute et médicale qui avait été mise en place dans le sillage des conséquences de la marée noire.

«Mais son impact sur la santé humaine est jusque-là méconnu. Une exposition à long terme aux éléments volatils du Very Low Sulphur Fuel Oil peut engendrer des maladies chroniques qui se manifesteront après plusieurs années», relève Jay (nom modifié), scientifique qui effectue des recherches dans le lagon du Sud-Est pour le compte d’une institution publique. Il faut aussi retenir qu’entre-temps, un certain nombre de personnes continuent à consommer les produits de pêche du lagon, malgré les interdictions.
En plus de l’impact sanitaire et socio-économique — une étude approfondie, insiste notre interlocuteur, est nécessaire pour parer aux assistances voulues —, il demeure, selon lui, que l’impact écologique est tout aussi inconnu. «Le déversement de cette huile nouvelle génération est une première dans le monde. De ce fait, les impacts à court, moyen et long termes sont toujours inconnus. Cette situation unique a été une chance pour les chercheurs et académiciens de l’île de démontrer leur savoir-faire et de réaliser des études sur l’impact environnemental. Malheureusement, par manque de soutien et de volonté, cela ne s’est pas fait et il est trop tard pour évaluer les effets immédiats», observe le scientifique.

Il va plus loin : «Le manque de transparence des analyses effectuées sur les poissons et autres organismes marins dans la région est aussi déplorable et contribue à l’impression du je-m’en-foutisme. Mêmes les sites où les poissons ont été prélevés n’ont pas été dévoilés. Les éléments qui transpirent par le biais des communiqués de presse ressemblent à une partition de musique où on ne peut lire que le quart des notes. Pour instaurer un climat de confiance, les détails des analyses incluant les sites de collecte des échantillons, les méthodes d’analyse et les résultats auraient dû être mis à la disposition du public, par exemple, un site internet. Pour des raisons inconnues, l’Université de Maurice a maintenu profil bas depuis le début de la crise. Sachant que les écosystèmes, tels que les forêts de mangroves, ont été sévèrement frappés, des études poussées sur le devenir de ces zones, dont l’évolution de la composition des organismes ou encore l’impact sur les micro-organismes, sur les poissons au stade larvaire, sur les mollusques n’ont pas été réalisées.»

Jugeant l’arrivée du Integrated Environment Monitoring Plan post-Wakashio tardive, Jay est d’avis que celui-ci aurait dû avoir été mis en place depuis longtemps. Ce retard, assure-t-il, réduirait les coûts que devraient débourser l’assureur : Japan P & I Club.