Photo d'illustration
  • La General Retailers Association en appelle au gouvernement pour qu’il « protège les emplois »
  • Kevin Chummun, CEO de la GRA : « Les mois de juin à octobre s’annoncent très lents, d’autant que les frontières sont encore fermées »
  • Certains magasins ne réalisent plus que 30 à 50% de leur chiffre d’affaires habituel

La pandémie a grandement affecté le secteur de la consommation – c’est le segment Non-Food, soit les achats dits ‘non-essentiels’, qui est en souffrance avec des consommateurs plus frileux pour faire des achats et des touristes (qui constituaient une grande part de la clientèle) toujours absents du pays. Après la réouverture par ordre alphabétique puis sans, les dernières semaines ont été Challenging pour les commerçants. Après une brève période d’euphorie avec la fête Eid et la fête des mères, la frayeur gagne les commerçants pour les prochains mois d’hiver avec la crise économique en toile de fond. Un coup de froid, qui se profile à l’horizon pour le secteur du commerce.

Depuis un an, la baisse de la consommation est visible dans le secteur Non-Food et le changement du Consumer Behaviour est palpable. « Le consommateur fait attention, nous voyons que les consommateurs sont prudents avec leurs dépenses. Ils font le budget du mois en priorité, pour le supermarché et les achats de maison », explique Kevin Chummun, Chief Executive Officer de la General Retailers Association (GRA)tandis que les achats dits Lifestyle (vêtements, chaussures, cosmétiques, mobilier, décoration, équipements, etc.) sont systématiquement reportés à plus tard. Car les consommateurs doivent faire face à des réductions de salaires et de l’incertitude par rapport à leur emploi et l’achat des produits jugés non-essentiels a clairement baissé, depuis le déconfinement au début du mois. Eid et la Fête des mères ont contribué à ramener une petite euphorie dans les ventes en magasin, mais les prochains mois s’annoncent compliqués pour les commerçants.

Depuis la fin de l’Alphabetical Order, les affaires ont pourtant repris dans les magasins. Les commerçants utilisent les masques et se conforment aux mesures sanitaires. Si ces dernières semaines ont vu un regain d’intérêt dans les magasins, les prochains mois s’annoncent cependant extrêmement difficiles, et un avis de vent froid souffle sur le secteur :  « Les mois de juin à octobre s’annoncent très lents, d’autant que les frontières sont encore fermées », estime le CEO de la GRA.

Les Food Courts à l’arrêt

Le consommateur a une frayeur de dépenser hors des Essential Things et le fait que les Food Courts soient fermés dans les malls contribue aussi à faire baisser la clientèle.  « Comme le ‘sit-in’ n’est pas autorisé dans les malls, les food courts ne travaillent quasiment pas », dit-on, avec la formule Take Away – à part les Major Players du Take Away qui arrivent à sortir leur épingle du jeu. « À 19h, vous aurez peut-être remarqué que beaucoup de malls sont vides. Avant, avec les Food Courts opérationnels, il y avait de l’animation en permanence dans les complexes commerciaux. Il faut un événement, un anniversaire par exemple pour des dépenses mais le Weekly Outing dans un mall n’est plus trop à l’ordre du jour. Les gens privilégient d’autres activités comme les randonnées, et les gatherings à la maison avec moins que dix personnes », analyse un commerçant.

Les gérants de magasins sont également dans l’expectative avec la présentation du budget 2021/22. « Nous espérons que le budget va booster l’économie et aider le consommateur », résume Kevin Chummun. Lors d’une rencontre avec le ministre des Finances, Renganaden Padayachy, les représentants de la GRA ont insisté qu’il faut agir pour « préserver l’emploi dans notre secteur » et pour  « que le gouvernement nous aide à trouver des solutions pour qu’on puisse rétablir le grand manque à gagner de 2020 et 2021 ».  Et d’ajouter : « Nous ne voulons pas mettre des gens à la porte mais il faut juste trouver des solutions pour préserver l’emploi et ne pas fermer nos entreprises. »

L’association souhaite aussi trouver une solution pour le coût du fret qui a explosé ces derniers mois et qui contribue à faire grimper le prix des produits importés. « Le fret doit être exclu du calcul de la TVA et des droits de douane », plaide la GRA. « Cela offrira ainsi un allègement des flux de trésorerie et aidera à maintenir un prix raisonnable pour le consommateur.»

« Un budget qui soutient la consommation »

L’association estime qu’il est nécessaire pour l’économie en général d’avoir « un budget qui soutient la consommation », cela d’autant qu’il s’agit d’un pilier de l’économie. « Traditionnellement, les commerçants n’ont rien demandé ; ils ont fait le dos rond. Aujourd’hui, nous sommes confrontés à une problématique complexe et les commerçants font face à une série de pressions, à commencer par la baisse du pouvoir d’achat du fait que les denrées alimentaires première nécessité deviennent plus chers. » L’argent qui reste aux consommateurs après les achats essentiels s’amenuise et les magasins en souffrent, explique l’association. « C’est une spirale, les consommateurs ont moins d’argent et les prix gonflent sous l’effet du coût de marchandises plus cher à l’origine car nos fournisseurs augmentent leur prix, et le fret aussi monte et les coûts fixes sont toujours là », explique-t-on.

Ces facteurs font qu’au final, les commerçants assistent à une lente érosion de leur marge de bénéfices. « Nous diminuons nos marges, car si on appliquait la totalité des coûts au client, celui-ci n’achèterait plus rien. » Résultat des courses, depuis la pandémie certains magasins ne réalisent plus que 30 à 50% de leur chiffre d’affaires habituel, mais la situation diffère selon les secteurs précis dans lesquels ils évoluent.

À part trouver les moyens de doper la consommation, la GRA estime qu’il faut également « recapitaliser les entreprises », car si le gouvernement ne soutient pas le secteur de quelque façon que ce soit, le bilan pourrait être lourd avec certains commerçants dans l’obligation de limoger leur personnel.

Se réorganiser pour survivre

La question de licenciement est un sujet qui taraude nombre de commerçants actuellement, « il faudrait plus de souplesse au niveau des droits du travail, car la priorité est de sauver le business avant tout, sinon nous allons fermer », avance un commerçant. « Avoir plus de souplesse nous permettra de nous réorganiser pour survivre et passer ce cap très difficile », ajoute-t-il.  D’autres commerçants se montrent pour des efforts partagés au niveau du coût de l’énergie; « l’électricité commerciale coûte très cher », déplorent-ils.

Cela fait plus d’un an que les commerçants passent par une phase compliquée. Que ce soit les High Street Retailers ou ceux opérant dans les malls, ils font tous face à une baisse drastique de leurs revenus. Les mois qui ont suivi le premier confinement ont été durs, jusqu’à octobre et novembre 2020. La consommation s’est un peu améliorée en décembre, mais de peu. Et depuis janvier/février cette année, c’est la catastrophe. Certains préviennent qu’il y aura beaucoup de Casualties dans les semaines et mois à venir car le fardeau devient trop lourd.