Photos : Bhavik NAGINLAL MODI
Appelé à la barre des témoins mercredi dans le cadre des audiences de la Cour d’investigation sur le naufrage, à Poudre-D’Or, du Sir Gaëtan, l’expert maritime Jean-Pierre Rault a imputé l’accident à l’«erreur humaine. » Pour soutenir sa thèse, il a déclaré qu’ il n’y avait pas de problème majeur avec le Sir Gaëtan et que « peu importe qu’il soit neuf ou vieux, il aurait buté sur les conditions difficiles, le jour du naufrage. » Un ancien marin et syndicaliste du port, Kumar Seecharam a pointé du doigt la sécurité au port et le manque de formation des jeunes marins qui « contraint la Mauritius Ports Authority (MPA) à devoir compter sur des personnes de plus de 55 ans pour des opérations risquées en mer. »  Le surintendant de police (SP) Viswarnath  Virashawmy a révélé lors de son audition que «le patrouiller CGS Barracuda qui aurait du rejoindre le lieu de l’accident s’est heurté à ses limites en terme de vitesse de navigation. »

Fort de ses 16 années d’expertise dans le domaine de la mer, Jean-Pierre Rault a déclaré qu’il a maintes fois procédé à l’évaluation de navires et remorqueurs pour des besoins de classification de navigabilité. Il  a  longuement été interrogé par le président de la Cour, Gérard Angoh, ses deux assesseurs, Mahendra Babooa et Jacques Goilot et par l’avocat qui porte le même patronyme que lui, Me Richard Rault. « Le remorqueur a coulé  compte tenu de la collision avec la barge mais également en raison de l’eau qui a pénétré dans les machines. Même si le Sir Gaëtan était neuf, la catastrophe n’aurait jamais pu être évitée », a soutenu  Jean-Pierre Rault qui, tout en ayant une pensée pour les quatre marins qui ont péri en mer va plus loin dans ses analyses : « Essayer de de récupérer une barge à la dérive en s’approchant des récifs et extrêmement risquant. Ma conclusion est que la cause du naufrage incombe à l’erreur humaine. »

Cependant, Jean-Pierre Rault a tenu à faire ressortir qu’« il n’est pas impossible ou dangereux de naviguer sous le mauvais temps. Encore faut-il que les marins vérifient qu’ils disposent de tous les équipements adéquats. » Le capitaine Rault a également fait état de « failles » dans le fonctionnement des travaux au port. « Des personnes travaillent à peine une heure par jour en attendant l’arrivée ou le départ des bateaux. Par conséquent, il perdent tout contact avec la mer », dit-il

« Zot ena lexperians me pa fasil sa laz la »

« Le patrouilleur CGS Barracuda de la National Coast Guard (NCG) avait ses limites, raison pour laquelle il n’a pu s’approcher à temps du Sir Gaëtan, le jour fatidique », a souligné le SP Virashawmy lors de son audition. A une question de Me Rault, il a répondu que le Barracuda peut naviguer à une vitesse de 20-25 nœuds  —un nœud est égal à un mille marin par heure, soit 1,852 km/h— et que ça lui prend au maximum deux heures pour rejoindre Poudre-D’Or en provenance du port. « Impossible dans ces condition de s’approcher à temps de remorqueur qui avait déjà coulé. Au même titre que le Sir Edouard qui était au même moment à 1km du site naufragé  », a dit le SP Virashawmy.

Me Rault, qui représente le syndicat des employeurs de la  MPA, a alors demandé au policier s’il y a dans le protocole de la NCG une provision qui stipule que le patrouilleur ou autre bateau peut naviguer à n’importe quel moment ? Ce à quoi il a répondu qu’ « il a toujours un bateau disponible si on reçoit un appel d’urgence. Sauf qu’il faut attendre qu’un officier soit libre pour le piloter l’opération. » Manifestement interloqué par cette réponse du SP Virashawmy, l’avocat a répliqué : « Vous avez un bateau prêt mais pas d’officiers disponibles. A quoi bon ? »

  « Hélas, on ne peut  retracer un remorqueur… »

L’ancien marin et syndicaliste du port Kumar Seecharam, qui a succédé au SP Virashawmy à la barre, a demandé au panel de se pencher sur les conditions dans lesquelles les employés dans le port travaillent. « Pe demann bann dimun plis ki 55 an al fer bann operasyon ki bien danzeré. Li pas possib sa. Wi zot ena lexperians me pa fasil sa laz la », a déclaré le témoin qui a fustigé dans la foulée le manque formation pour la jeune génération de marins.

Deux officiers de la NCG ont été entendus par la suite. Le PC Oree a déclaré qu’il s’est fondé sur des informations glanées auprès de l’Operations Room de la NCG, le jour fatidique, pour contacter le Sir Gaëtan vers 20h. « A 20h10, un marin en difficulté m’a informé que la salle des machines prenait l’eau. Puis à 20h14, j’ai de nouveau contacté les membres d’équipage et on m’a fait comprendre qu’il n’y avait plus d’électricité sans lequel, hélas, on ne peut plus retracer un remorqueur sur l’Automatic Information System. » Le PC Oree a avancé qu’il a finalement communiqué la dernière position du Sir Gaëtan à 21H15. La prochaine séance est prévue le 6 septembre.