(Photo by Abdulmonam EASSA / AFP)

Paris et huit autres métropoles françaises s’apprêtent à vivre une dernière soirée sans entraves vendredi avant l’entrée en vigueur de couvre-feux nocturnes, au moment où la France fait face à une montée angoissante des cas de Covid.

Plus de 30.000 nouveaux cas ont été recensés en 24 heures, un record, dans un pays qui compte plus de 33.000 morts depuis le début de l’épidémie.

Le couvre-feu concerne Paris et sa région, Lyon, Lille, Toulouse, Montpellier, Saint-Etienne, Aix-Marseille, Rouen et Grenoble, soit environ 20 millions d’habitants, et sera en vigueur pour quatre semaines minimum, et plus si le Parlement l’approuve, Emmanuel Macron ayant évoqué le 1er décembre.

Il s’agit du premier couvre-feu généralisé d’une telle ampleur depuis la Seconde guerre mondiale, même si pendant le confinement, entre mars et mai, les sorties étaient limitées au strict minimum, et ce, jour et nuit et dans l’ensemble du pays.

Ce sera donc « chacun chez soi de 21H00 (19H00 GMT) à 06H00 » dans les zones concernées, à moins d’avoir en main une attestation dérogatoire pour aller ou revenir du travail, pour des raisons de santé, pour rendre visite à un proche en situation de dépendance ou sortir son animal de compagnie.

Comme pendant le confinement au printemps, cette attestation, disponible sur le site du gouvernement, sera obligatoire. Les contrevenants s’exposent à une amende de 135 euros, voire à de la prison en cas de multirécidive.

Malgré l’intercession de la ministre Roselyne Bachelot, ni les théâtres, ni les cinémas n’ont obtenu un assouplissement qui aurait vu les spectacles se terminer à 21H00 et le public rentrer chez lui ensuite avec le ticket comme justificatif.

« Les règles doivent être les mêmes pour tous (…) Je suis sûr que tout le monde va s’adapter », a tranché Jean Castex, en visite à l’hôpital universitaire de Lille.

« Nous sommes tout simplement désespérés, il n’y a pas d’autre mot », a réagi Richard Patry, président de la Fédération nationale des cinémas français (FNCF).

Même désarroi chez les restaurateurs: « je n’ai jamais vu ça en 50 ans que je suis ici. On va fermer le soir: qu’est-ce qu’on peut faire d’autre? Il faut que nos employés soient dehors à 21H00 », s’insurge Stain Roman, gérante de La mère Buonavista à Marseille (sud-est)

– « Les Français acteurs » –

Le gouvernement défend, lui, la seule mesure permettant d’éviter un reconfinement, dont la perspective  terrorise les Français et qui mettrait l’économie encore plus à genoux.

A la veille des vacances de la Toussaint, le gouvernement n’a pas interdit les déplacements, mais certains territoires ont voulu anticiper un afflux de touristes, comme la station balnéaire huppée du Touquet-Paris-Plage (nord), qui va instaurer à son tour un couvre-feu. En Loire-Atlantique et en Vendée (ouest), les préfectures ont étendu l’obligation de porter le masque.

Selon l’exécutif, les couvre-feux n’auront pas d’impact sur la circulation du virus avant au moins deux à trois semaines.

Le bond actuel des nouveaux cas fait craindre une saturation des hôpitaux, alors que la situation est déjà tendue, par exemple en Ile de France, où le taux d’occupation des lits en réanimation par des patients Covid-19 dépasse déjà 40%.

En outre, « on observe une diffusion de l’épidémie des plus jeunes vers les plus âgés (…) C’est vraiment dans ces tranches d’âge que depuis six semaines, on a les augmentations les plus importantes », a expliqué vendredi une épidémiologiste de l’agence gouvernementale Santé Publique France, Sophie Vaux.

En Rhone-Alpes (est), les opérations non urgentes ont été déprogrammées pour 15 jours pour éviter une saturation.

Pour l’ensemble du pays, le nombre des patients actuellement hospitalisés en réanimation est en nette hausse ces derniers jours et s’établit à 1.741, sur une capacité totale de 5.800 lits, selon le ministre de la Santé Olivier Véran.

Aux urgences de l’hôpital de Montreuil, en banlieue parisienne, « c’est effrayant. J’ai l’impression de revenir à mars », confie à l’AFP le chef du service, Hocine Saal. En partie, c’est pire car au printemps, le nombre de patients non-Covid s’était effondré aux urgences.

« Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Toute la difficulté est de prendre en charge à la fois les patients Covid et non-Covid », explique-t-il.

Le reste de l’Europe n’est pas épargné et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) juge la situation « très préoccupante ».

« Le nombre de cas par jour augmente, les admissions à l’hôpital aussi. Le Covid est désormais la cinquième cause de décès et la barre des 1.000 décès par jour a été atteinte », a affirmé le directeur de la branche Europe de l’OMS, Hans Kluge, lors d’une conférence de presse en ligne.