« C’est-à-dire, vivre avec le virus, prendre les précautions nécessaires et se faire vacciner »

Avec la réouverture des frontières, le représentant de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) à Maurice, le Dr Laurent Musango a accepté de répondre aux questions du Mauricien hier. S’il a bien expliqué la mission de son organisation et affirmé être au service de toute la population, le Dr Musango a soigneusement évité de se prononcer sur la politique gouvernementale en termes d’informations chiffrées, de changement de politique de communication au public concernant la contamination et la mortalité. Il confirme, pour sa part, recevoir toutes les informations nécessaires et conseille de les réclamer aux autorités. Il s’est aussi abstenu de commenter la discrimination faite vis-à-vis des non-vaccinés et a simplement conseillé de se faire vacciner, un exercice que le gouvernement a plutôt réussi…

Quelle est votre évaluation de la pandémie de Covid-19 sur le plan mondial. Et à Maurice ? Va-t-on vers la fin de la pandémie ?

Il serait difficile de se prononcer sur la fin de la pandémie. Parce que nous constatons toujours une évolution du virus dans plusieurs autres pays sujets à une troisième vague avec des variants. À Maurice, nous avons connu une première vague, puis une deuxième vague avec un pic au mois d’août, plus précisément le 25 août. À partir de là, nous observons une diminution des cas, mais nous ne savons pas encore comment évoluera la situation. Nous ne pouvons pas le savoir…

Sur le plan global donc, il y a deux aspects : on se pose la question de savoir si la pandémie deviendra une endémie, une maladie avec laquelle nous serons amenés à vivre chaque année etc. Ou si nous allons couper totalement la chaîne et faire disparaître la maladie. Nous ne savons pas encore.

Ce que nous savons c’est que nous allons vivre encore avec la maladie pendant un certain temps encore. C’est pourquoi l’OMS préconise les mesures barrières et appliquer la vaccination est nécessaire, pour endiguer la pandémie et limiter la propagation entre les pays.

La réouverture des frontières donne de l’espoir ?

Économiquement la réouverture des frontières est nécessaire. Mais il ne faut pas oublier la santé. On doit apprendre à vivre avec le virus, prendre les précautions qui s’imposent et en même temps penser à l’économie du pays en évitant la propagation. C’est la responsabilité de tous. Et ajouter à tout cela, il y a la vaccination qui est importante. C’est le principe de l’OMS qui est Do It All.

Quelles sont vos explications entre la différence des chiffres communiqués par le ministère de la Santé aux Mauriciens et ceux que vous publiez sur le site de votre organisation ? N’y a-t-il pas un protocole précis ?

L’OMS publie les chiffres qui sont analysés par nous-mêmes, mais l’origine de la base de données vient du ministère de la Santé. Je ne peux pas parler de discordance des chiffres du ministère. Je préfère que cette question soit posée aux autorités.

Quelle est l’appréciation de l’OMS sur le fait que le GM a procédé en plusieurs étapes à une réduction des informations sur la pandémie à la population locale ? N’est-ce pas de la désinformation ? L’OMS approuve-t-elle cela ?

Nous avons un canevas que l’OMS utilise pour la comparaison des pays. Tant que j’arrive à remplir mon canevas, je ne saurai pas suivre ce que le ministère communique à la population.

C’est plutôt aux médias de poser cette question au ministre pour lui demander pourquoi il a changé sa façon de communiquer. Au niveau de l’OMS, nous avons toutes les informations que nous réclamons pour l’analyse des données. Il y a peut-être des manquements que la population note.

Tout ne peut être parfait, avec des informations quand vous le voulez ou de façon exhaustive. Nous sommes satisfaits des données qui nous sont fournies par rapport à ce que nous réclamons régulièrement.

La Santé ne donne aujourd’hui que le chiffre quotidien des cas positifs enregistrés et ceux qui sont dirigés vers l’hôpital ENT ? Comment peut-on prendre ces chiffres quand on ne sait même pas combien de tests ont été effectués, ni où, ni comment ?

Une fois de plus, il faut demander ces précisions aux autorités si vous voulez des réponses. Si vous me demandez le nombre de tests effectués – ce n’est pas ma responsabilité de vous les donner – mais je les ai.

Je fais mon rapport selon toutes les informations qui sont requises. Il y a des jours où c’est plus et des jours qui sont moins, et d’ailleurs avec les vols qui arrivent, il y a sans doute plus de tests, mais voilà, il faut approcher les autorités compétentes.

Pour ce qu’il s’agit des mortalités, le chiffre du ministère diffère grandement de ceux fournis par les sociétés funéraires ?

Je ne saurai commenter cette question. L’OMS utilise des indicateurs. Par exemple pour les mortalités, nous travaillons selon un Case Fatality Rate, c’est-à-dire le nombre de décès par rapport au nombre total des personnes infectées. En cas de taux élevé du Case Fatality, cela signifie que nous sommes en alerte et l’OMS pense que la prise en charge n’est pas adéquate et nous essayons d’analyser les raisons.

Effectivement chaque décès est à déplorer, mais il ne faut pas se fier au nombre brut. L’OMS recommande d’utiliser ce Case Fatality Rate et en fonction de cela, nous observons qu’en avril 2020, le Case Fatality Rate était de 3,3% et il n’a cessé de diminuer jusqu’à atteindre 0,4% le 23 août. Le taux a augmenté un peu et à la fin de septembre nous nous sommes retrouvés à 0,62%.   

Venons-en à la vaccination maintenant. Le programme semble avoir rapporté des dividendes ?

Le programme a très bien fonctionné. Pour rompre la chaîne de transmission, l’OMS de la région africaine recommande la vaccination d’au moins 40% de la population jusqu’à décembre dans tous les pays. Mais jusqu’ici seulement trois pays, à savoir les Seychelles, le Maroc et Maurice, ont déjà franchi la barre recommandée de 40%. Sans aucun doute, la couverture vaccinale a été bonne à Maurice.     

Quid des vaccins qui ne sont pas reconnus par certains pays étrangers?

Quand on parle de la reconnaissance des vaccins, le processus de l’OMS prend un peu de temps, en moyenne de deux à trois mois pour approuver un vaccin. D’ailleurs, il y a des vaccins qui ont pris plus de temps que cette période car les producteurs n’ont pas encore fourni les documents réclamés par l’OMS.

Mais depuis que nous avons commencé avec Pfizer, Moderna, AstraZeneca, Covishield, Johnson & Johnson… il y a des pays qui ont commencé à utiliser les vaccins avant qu’ils ne soient approuvés par l’OMS, se basant sur les références de l’agence d’approbation des médicaments de leur territoire.

Le pays, étant autonome, peut décider d’utiliser les recommandations de son agence ou de l’agence onusienne qui est celle basée sur les recommandations de l’OMS.    

Après les deux doses, on parle de troisième dose. Jusqu’où et quand ira-t-on ? N’est ce pas du business imposé par les fabricants pharmaceutiques ?

Je ne pense pas que ce soit un business des fabricants de médicaments. Par contre la question est de savoir si la situation dans le monde et l’évolution de pandémie en une endémie avec laquelle nous allons devoir vivre, va engendrer une vaccination annuelle ou bi-annuelle ou une fois chaque deux ans… comme c’est le cas pour certains vaccins.

Toute cette analyse fait partie des études qui sont en cours. Pour l’heure nous n’avons pas beaucoup de recul. Nous avons vu des gens qui ont eu deux vaccins mais qui n’ont pu développer assez d’anti-corps et ont quand même été contaminés…

L’OMS, elle, insiste encore sur le moratoire mondial de vacciner tout le monde pour couper la chaîne de transmission et le risque de propagation d’un pays à un autre. La propagation de nouveaux variants risque de mettre en péril les efforts déployés.

Nous ne savons pas encore si ce sera une pandémie qui va être stoppée ou une endémie pour laquelle nous aurons besoin de vaccins de façon continue, mais le principe de base demeure de vacciner d’abord 40% de la population de chaque pays, et pour la troisième dose de se focaliser sur les groupes à risque, dont les personnes immunodéprimées.

Maurice a choisi pour cette troisième dose le mix vaccinal qui n’est pas encore approuvé par l’OMS à ce jour…

L’OMS n’a effectivement pas encore produit les résultats de l’interchangeabilité des vaccins que vous appelez mix vaccinal, c’est-à-dire avoir eu deux doses d’un vaccin et une troisième dose d’un autre. Nous recommandons pour l’heure la troisième dose pour les personnes fragiles qui n’ont pu développer d’anti-corps.

L’OMS continue de faire le plaidoyer pour une équité face aux vaccins et pour que les pays contribuent. Sinon nous risquons de nous retrouver dans un monde à deux vitesses avec les pays riches vaccinés et les pays pauvres non-vaccinés et dans l’incapacité de faire éradiquer la pandémie et de favoriser de nouveaux variants.

C’est comme-ci vous vous retrouvez avec d’autres personnes dans un même bateau mais que vous portez un, deux, trois gilets, alors que vous savez nager, mais que celles qui ne savent pas nager, n’en portent pas… Certains pays ont commencé à répondre à cette demande de l’OMS, notamment les USA, la Chine, l’Inde, certains pays de l’UE….   

Tenant compte que le vaccin n’est pas obligatoire, que pensez-vous des interdictions d’accès à certains lieux aux personnes qui ont choisi de ne pas se faire vacciner? N’est-ce pas là une forme de discrimination ?

Le vaccin n’est pas obligatoire mais l’OMS recommande vivement aux gens de se faire vacciner. Je ne commenterai pas plus.

Vous ne voulez pas polémiquer sur la question, sans doute parce que vous avez fait l’objet de vives critiques récemment, certains déplorant votre proximité avec le gouvernement et vous taxant même d’agir comme porte-parole du gouvernement…

Les critiques existent et existeront toujours. Moi je suis là pour toute la population mauricienne sans tenir compte des tendances politiques. Le principe est simple, je suis le représentant d’une agence des Nations unies pour le bien de toute la population.