« Pouvez-vous m’aider s’il vous plaît ? » L’appel vient de l’autre côté de la route, de derrière des barrières métalliques sur lesquelles pendent des cordons jaunes installés par la police. Depuis le trottoir à la limite de Canot, Chevin Bujnauth, 33 ans, demande du gaz ménager. Ce village de l’ouest a été décrété zone rouge par les autorités depuis le vendredi 19 mars. Pour cause, plusieurs cas de COVID-19 ont été identifiés parmi les 1 500 habitants. Ainsi, l’accès y est interdit.

Des éléments de la Special Supporting Unit sont constamment postés sur les routes menant aux artères de Canot. Une unité se tient à la jonction de Rivière-Noire Road (A3) et Avenue Victory (B105). Deux autres postes de contrôle ont été installés sur la route menant à Albion. Tout accès est scrupuleusement contrôlé, car seuls ceux résidant plus loin au village côtier peuvent emprunter cette route.

Chevin Bujnauth fait les cent pas sur le trottoir, attendant de retenir l’attention d’un passant. « Mes voisins s’occupent d’un nourrisson et n’ont plus de gaz ménager », déplore-t-il. Et d’ajouter : « Ils sont des expatriés. Donc, ils restent chez eux, sans oser se plaindre de leur problème. » En effet, des habitants de Canot peinent à s’approvisionner en vivres, surtout en cette période de fin de mois. « Des proches viennent près de l’arrêt d’autobus ici, de l’autre côté de la route principale », relate un policier, dont le rôle est de veiller à ce que nul n’entre en contact avec les habitants de Canot et que ces derniers n’abandonnent pas la zone rouge. « Les proches quittent des provisions dans des sacs. Nous les récupérons et les donnons aux habitants. Pa fasil ditou », ajoute-t-il.

« La boutique est presque vide »

Les ruelles de Canot sont quasi désertes. Quelques hommes discutent, chacun appuyé au portail de sa cour. Tous portent des masques sanitaires. Le père de Chevin Bujnauth tient une boutique dans les environs. Leurs produits s’épuisent petit à petit, indique le trentenaire. « Les livraisons se raréfient », déplore Chevin Bujnauth. Il poursuit : « La boutique est presque vide. Nous attendons une commande de produits congelés. On ne sait pas trop quand le camion viendra nous les livrer. » Pour les récupérer, raconte ce villageois, les vivres sont déposés « kot pie lafours ».

L’entraide rythme également le quotidien des habitants de Canot. Ainsi, si une famille vient à manquer de denrées, elle peut se tourner vers une autre en ces temps difficiles. La famille d’expatriés a tenté d’obtenir de l’aide auprès de leur relation, mais en vain. « Ils doivent retirer de l’argent pour pouvoir acheter du gaz ménager. Me pena transpor pou tir kas. J’ai essayé de demander aux policiers de les aider. J’ai contacté le poste de police d’Albion, mais les officiers sont eux aussi débordés en ce moment », confie Chevin Bujnauth.

En effet, d’autres cas positifs à la COVID-19 ont été détectés dans la région de l’ouest. L’exercice de Contact Tracing, initié à partir des patients de Canot, a révélé que cinq cas, identifiés durant le week-end, sortent de Petite-Rivière et Beaux-Songes. Sur la route principale, soit de l’entrée de Pointe-aux-Sables jusqu’à la jonction menant vers Coromandel, les mesures sanitaires ne sont que peu observées. À Richelieu, les habitants se baladent librement sans masque sanitaire pour la plupart, et surtout sans observer de distanciation sociale. Lundi, un exercice de Mass Testing a été tenu dans le centre de santé de Petite-Rivière, à quelques kilomètres. Les résultats sont attendus.