• La NHDC, « touchée » par les conditions de vie de cette septuagénaire alitée , souhaite « faire le nécessaire »

À peine 24 heures après la publication dans Le Mauricien du cas de Jessie Jougon, cette vieille dame de 78 ans qui vit avec sa fille, Queensy, dans une case en tôle délabrée à Rivière-du-Rempart, un élan de conscience solidaire en cette veille de Noël s’est manifesté. Nombreux ont été appels à la rédaction avec un seul objectif; comment aider cette Mauricienne. Pour les bienfaiteurs, qui œuvrent pour la plupart dans l’ombre, l’idée est que « Jessie et sa fille puissent passer Noël et les fêtes dans un endroit décent », ajoutant que « c’est le moins que l’on puisse faire ». Et même la bureacratie de la National Housing Development Company Ltd s’est réveillée.

De fait, dès hier matin, les téléphones des journalistes et la réception du siège du quotidien ont commencé à enregistrer des appels venant à la fois d’anonymes que d’entreprises ainsi que des instances étatiques, tous souhaitant « aider cette senior à sortir des conditions difficiles » dans lesquelles l’une de ses filles, en l’occurrence Queensy, et elles vivent.

Pour rappel, Jessie Jougon, 78 ans, victime d’une crise cardiaque il y a quelques années, est totalement invalide et est, de surcroît, devenue aveugle. Elle habite une modeste case en tôle, dont les principales feuilles, qui composent les murs autant que le toit, sont pourries. Depuis plusieurs années, cette dame ne peut plus payer de loyer, et une de ses filles, Queensy, vit avec elle. Le propriétaire de la triste demeure qui se trouve à Rivière-du-Rempart a « depuis un bon bout de temps demandé à Jessie et à Queensy de vider les lieux ». Ne souhaitant pas voir sa belle-mère être jetée à la rue, Vanina Jougon a attiré l’attention du public sur la détresse de Jessie…

« C’est révoltant de voir une vieille personne vivre dans un tel taudis, et de surcroît, en 2020 ! », disent Hashim et Ved, deux jeunes travaillant dans la capitale et qui souhaitent apporter leur aide. « Nou pa kone kouma me nou pre pou fer seki kapav… Si ena pou mont miray, mont enn lakaz, nou an plas ! » Même son de cloche du côté de Francesca, Adriana, Julie, Shalina et Kalianee : « Mo larm inn kouler kan monn get sa gramer-la dan so lili ek sa bann fey tol pouri-la… Comment peut-on laisser des citoyens vivre dans un tel abandon ? » Les adolescents Kim, Mahel, Sanjana et Tony ne sont pas insensibles, non plus. « On a pensé à nos grands-parents en la voyant… On s’est dit que c’est inhumain de la laisser ainsi ! Il faut réagir. »

Sandra et Patrick, un couple qui vit à Curepipe et travaille à son propre compte, est remonté : « Toutes ces années sont passées et les autorités n’ont jamais réagi ? Elles n’ont pas vu l’état dans lequel vit cette pauvre vieille ? Espérons que maintenant ils vont vite réparer leur oubli ! » Vandana, mère célibataire, n’en revient pas, non plus : « Fer leker fermal sa, trouv enn vye gramer, an plus ki li aveg ek invalid, oblize res dan enn landrwa parey. Pa posib ! »

Plusieurs entreprises souhaitent également apporter leur contribution, chacune à sa manière. Dans un premier temps, le contact a été établi avec les proches parents de Jessie Jougon. « Il s’agit surtout d’aller sur place et de voir, de visu, ce qu’on peut faire », résume Ranjeeta, secrétaire de direction. De prime abord, « comme la dame n’habite pas sur un terrain qui lui appartient, on ne peut débarquer sur place et consolider là où elle vit », explique un autre cadre d’entreprise.

La famille épouse cet avis, estimant que : « Si le propriétaire, qui a déjà émis sa décision de mettre Jessie et Queensy à la porte, entend et découvre que des travaux sont en cours, il peut les jeter à la rue, immédiatement. Nous ne pouvons prendre ce risque. » Se disant « émus aux larmes », face à la réaction spontanée de nombreux Mauriciens, qui leur témoignent, depuis le mercredi 23 décembre, « beaucoup de chaleur, de sollicitude et de prières à notre égard », ces proches et parents de Jessie Jougon attendent également « des actions concrètes et non des promesses ».

L’un d’eux explique : « Bann reprezantan gouvernman inn vini. Zot inn koz avek nou. Zot inn amenn dimoun dan fami dan zot biro, zot inn pran lanket. Aster nou prie ek nou atann ki resi fer kiksoz pou nou. » Les parents de Jessie Jougon espèrent également que « ce ne sont pas que des promesses… Nou pa pe demann gran soz, me ed nou trouv enn lozman desan pou sa gran dimoun-la. Cela fend le cœur de la voir vivre comme ça, toutes ces années. »


La NHDC sur les lieux

L’une des premières agences étatiques à réagir, hier matin : la National Housing Development Company (NHDC) Ltd. « D’abord, nous allons étudier le cas et voir dans quelle mesure nous pourrons aider cette dame », a laissé entendre un préposé de l’institution. Cette personne, qui s’est rendue à Rivière-du-Rempart, où se trouve la maison de Jessie Jougon, admet avoir été « très touchée par ce que j’ai vu, quand je suis arrivée sur place ». Elle ajoute : « C’est une grande détresse humaine… C’est très dur d’imaginer une personne âgée, de surcroît, aveugle et invalide, être contrainte à vivre au quotidien, comme ça… » Gilles L’Entêté, Chairman de la NHDC, souhaite « que notre Survey soit complété avant d’engager des actions ». Et d’ajouter : « Nous communiquerons en temps et lieu. »