Dagotière, un village ancré dans sa tradition mais tourné vers l’avenir

La vision d’artiste de Dhaneswar Dausoa s’est construite autour de son village qui a toujours nourrit son âme. Parallèlement, le sculpteur de Dagotière a aussi contribué à la renommée de son village au-delà des frontières de Maurice. Entre calme et verdure, malgré les développements nécessaires, ce patelin au climat rigoureux et froid, populaire pour le lac naturel qu’il abrite conserve sa beauté naturelle et son identité.

Le sculpteur Dhaneswar Dausoa nous parle de son village

Le temps n’est pas clément en cette matinée. Avec le fond froid dans notre région, les éclaircis sont rares. Situé non loin de St-Pierre, Dagotière est décrit comme un village où il fait bon de vivre par Dhaneswar Dausoa. Dans le centre névralgique du village, un grand bâtiment de plusieurs étages noircis par les flammes fait tâche dans le paysage. Ce sont les ruines de la Overseas Gloves, l’une des premières usines en dehors de la Zone Franche à s’être implantée à Dagotière début 1970. La rue principale est quasi déserte car entre les rafales de pluies et le temps venteux, il fait plus froid que d’habitude.

Authenticité et développement

En passant devant le Village Council, nous prenons la direction de Upper Dagotière, à la rencontre du sculpteur qui habite à Dausoa Road. La cinquantaine de sculptures en pierres ornant sa cour donnent déjà le ton sur le spectacle qui attend à l’intérieur. “Des visiteurs viennent d’à travers le pays, et même de l’étranger pour voir mes sculptures. Après une rénovation plusieurs années plus tôt, j’ai aménagé cette pièce pour exposer mes œuvres”. Les plus anciennes datent de la fin des années 60. Une vie au service de la sculpture pour cet artiste de 75 ans, qu’on ne présente plus aujourd’hui et dont la renommée a dépassé nos frontières. Dans sa galerie d’art personnel, des centaines de sculptures abstraites en bois, certaines en métal, de différentes formes et dimensions, se côtoient dans une belle harmonie.

Le moulin de la propriété Mon Désert Alma.

Selon le livre “Randonnées au cœur des localités mauriciennes”, ce village tient son nom de La Dagotière, une partie de la propriété de Côte-D’or. Né en 1944 dans une fratrie de sept enfants, Dhaneswar Dausoa a toujours vécu dans ce village agricole. A la base, les habitants y cultivaient du thé. Plus tard, lks se sont tournés vers la canne et des légumes. Dhaneswar Dausoa se souvient également que dans son enfance, sa “grand-mère avait aussi une petite plantation de riz, ou elle plantait aussi des légumes et des arouilles”. A cette époque, le village était entièrement boisé. Les maisons en pailles s’éparpillaient dans le décor, les sentiers en terre étaient parcourus par des charrettes de bœufs. Aujourd’hui encore, l’horizon est dominé par des paysages très verts, des cours d’eau, des rivières et des ponts anciens. Plusieurs projets de développement sortent aussi de terre, entre autres un Multipurpose Hall et quelque 600 logements sociaux.

La digue

Quelques mètres plus loin de ce faramineux chantier, nous arrivons à hauteur de l’ancien tracé du train, où l’herbe a remplacé les rails. “Dans le passé, les rails séparaient le village de Dagotière et d’Alma. Dans mon enfance, quand nous entendions siffler, tous les enfants se précipitaient à la gare pour voir passer le train”.

Le lac de Dagotière, connu comme la digue.

L’autre terrain de jeu de son enfance, c’est le moulin de la propriété sucrière d’Alma dont la cheminée visible de la route est plantée dans un beau cadre, entouré de grands arbres. Dagotière est aussi incontournable pour son lac, que tous connaissent comme “la digue”. Son enfance a tourné autour de ce lac où sa mère faisait la lessive, tandis que les enfants s’y baignaient et pêchaient. “Un passe-temps pour les habitants du village surtout les après-midis, et les journées de dimanche où ils pouvaient se réunir et passer un bon moment”. La digue c’est aussi un repère, un point de rencontre et un lieu de prière. “C’est dommage qu’autant d’infrastructures aient été aménagées autour. Nos ainés n’ont pas été assez visionnaires à l’époque”. Fondé en 1922, le village abrite aussi le Vishwanath Mandir, qui est connu comme le plus vieux temple de la région de Moka.

Dans le passé, le train passait sur cette voie qui sépare le village d’Alma de celui de Dagotière.

Berceau d’inspiration

Ce village a définitivement nourrit l’âme du sculpteur. Enfant, il moulait déjà la terre pour lui donner des formes surprenantes, inspirée des montagnes, des animaux et des maisons. Avec du charbon émanant des “foye”, dès trois ans Dhaneswar Dausoa, qui avait une créativité débordante, griffonnait sur du papier trouvés ici et là. “Me voyant faire, mes parents étaient émerveillés et m’ont relaté plus tard qu’ils savaient déjà que j’étais destiné à accomplir de grandes choses dans ma vie”.

Les ruines de l’usine Overseas Gloves.

Suivant les pas de son père charpentier, dans les années 60, c’est avec de petits outils de fortune qu’il travailla ses premières sculptures, avec des troncs d’arbres ramassés dans la nature. Une passion qui a culminé à sa première exposition en 1969. “De voir un enfant du village marqué l’univers artistique, ici et ailleurs, a représenté une énorme fierté pour les habitants de Dagotière qui ont toujours eu énormément d’estime pour moi. Mon village m’a énormément inspiré et influencé dans ma vocation d’artiste”. Dagotière a aussi été le berceau d’inspiration “d’autres poètes et écrivain, qui se sont inspirés des lieux dans leurs travaux”. C’est surtout une région paisible “une communauté soudée, où nous prenons gout à vivre, et qui cultive son cachet traditionnel avec des anciens qui s’expriment toujours en bhojpuri, la langue de nos ancêtres”. Son seul regret aujourd’hui, c’est que la jeune génération est beaucoup plus centrée sur elle-même. “Il faut que la communication reprenne car nous ne pouvons pas nous permettre de perdre notre cachet folklorique”.