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Pénurie, rupture de stock ou médicaments périmés qui attendent d’être détruits… Tout cela résulte d’une mauvaise gestion du stock de médicaments, selon des sources bien informées de la Santé publique. Ces dernières soutiennent que cette situation refait surface chaque année, malgré les dénonciations de gaspillages dans le rapport du bureau de l’Audit. La solution, selon ces sources : un entrepôt moderne pour le stockage de produits pharmaceutiques ainsi qu’une bonne gestion de l’information sur les technologies de la santé.

Le ministère de la Santé et de la Qualité de la Vie se retrouve face à un grand défi. Le stock de médicaments périmés s’est accumulé dans les entrepôts et dans les hôpitaux régionaux. Une situation que des sources de la Santé publique qualifient de « très normale ». Pourtant, cette situation implique un gaspillage d’argent, tous les ans déploré dans le rapport du bureau de l’Audit. « C’est toujours la même chose chaque année. Le ministère de la Santé et de la Qualité de la vie fait venir des médicaments en grand stock, notamment pour une période entre deux à trois ans. D’une part, on trouve des médicaments qui sont en grande demande et prescrits tous les jours jusqu’à épuisement de stock. D’autre part, il y a des “slow moving medicines”, c’est-à-dire des médicaments qui ne sont pas prescrits tous les jours. Il y a aussi des médicaments qui sont très rarement prescrits. Par conséquent, une importante quantité de ces médicaments reste dans les entrepôts », explique-t-on.

En attendant qu’ils soient détruits, le volume de médicaments périmés dans les entrepôts ainsi que dans les stores des pharmacies des hôpitaux continue à croître. Le ministère de la Santé doit vite trouver une solution pour les détruire. Selon nos sources, certains médicaments pourraient être détruits dans les incinérateurs des hôpitaux, d’autres doivent être débarrassés d’une autre manière. Sauf que la destruction de ces médicaments prendra beaucoup de temps, vu la quantité considérable disponible.

Rupture de stock

La rupture de stock de certains médicaments et équipements de la santé suscite également de l’inquiétude. Selon des sources, des médicaments et des équipements sont actuellement en épuisement de stock et le ministère de la Santé a entamé les démarches pour s’en procurer. En attendant, les personnels des hôpitaux sont appelés à « manage » avec le stock disponible. Si les médicaments expirés sont mis de côté car ils représentent un danger à la santé publique, les équipements comme les bandelettes sont toujours utilisés malgré la date d’expiration atteinte.

C’est d’ailleurs ce qui passe dans un des hôpitaux régionaux. Selon Gilbert, un parent dont la fille souffre de diabète de type 1, les infirmiers lui ont donné des bandelettes expirées. « Quand les infirmiers m’ont donné les bandelettes pour la prise de sang, j’ai remarqué que la première est expirée depuis fin juillet et l’autre fin septembre. J’ai averti les infirmiers qui m’ont alors informé que le stock de bandelettes dans les hôpitaux régionaux est épuisé. Selon eux, ces bandelettes peuvent toujours être utilisées jusqu’à six mois après sa date d’expiration », avance Gilbert. Ce dernier dit n’avoir eu d’autre choix de prendre ces bandelettes, mais hésite à les utiliser. « Ce sont des bandelettes déjà expirées et je ne veux pas prendre de risque », dit-il.

Les stratégies du ministère

La construction d’un entrepôt moderne pour les produits pharmaceutiques est devenue encore plus importante. D’ailleurs, ce projet a été évoqué dans les derniers budgets, à savoir ceux de l’année financière 2018-2019 et de l’année financière 2019-2020.

Dans son Health Sector Strategic Plan (HSSP) 2020-2024, le ministère de la Santé s’est fixé comme objectif de garantir un accès durable à des médicaments et des technologies de la santé abordables, sûrs, rentables et de qualité. Son premier objectif, selon le HSSP, sera de consolider l’achat, le stockage et la distribution de médicaments et des technologies de santé. Pour l’atteindre, le ministère de la Santé prévoit de mettre sur pied un entrepôt moderne avec des facilités. Il veut aussi mettre en œuvre l’Health Technologies Information Management selon un système de liaison avec les dossiers médicaux électroniques ; revoir régulièrement la politique d’approvisionnement et de retrait ; entreprendre un audit des équipements médicaux et remplacer le matériel médical ancien et obsolète.

Son deuxième objectif consiste à assurer la qualité des médicaments, des vaccins et des technologies de santé. Pour cela, il faudra, selon le HSSP, renforcer la logistique pour une chaîne du froid efficace ; mettre en place un centre international de vaccination ; entreprendre des tests NAT pour la banque de sang, mettre en œuvre un programme d’assurance qualité en laboratoire. Le HSSP fait aussi mention d’un troisième objectif à atteindre : revoir et développer une nouvelle politique et un cadre légal pour les médicaments, les produits pharmaceutiques, produits sanguins, entre autres. Il faut ainsi consolider et instituer le système légal pour une meilleure vigilance et une surveillance accrue.