• Funérailles se déroulant sous fortes émotions et tensions de la plus jeune victime du Covid-19 à Bois-Marchand, hier après-midi
  • Le ministre Jagutpal brandit le paravent de l’enquête policière sur le double certificat de décès du bébé pour éviter des questions sur des circonstances de ce drame
  • Énième changement dans le protocole sanitaire avec les services de pompes funèbres assurant les funérailles dans n’importe quel cimetière à travers l’île
  • Avec l’engorgement au New ENT Hospital, des Covid-19 Wards aménagées dans les cinq hôpitaux régionaux

Le « Tou korek » affiché par les services de Santé, car le programme vaccinal anti-Covid-19 est “on track”, contraste avec l’immense douleur de cette jeune mère de famille, Samia Esther, littéralement sur ses genoux devant la fosse au cimetière Bois-Marchand où a été inhumée sa petite Keira. Une image extrêmement forte de cette pandémie, car avec le décès de cette petite innocente de 15 mois, admise initialement à l’hôpital Jeetoo sans aucune contamination au Covid-19, Maurice a enregistré le décès de la plus jeune victime du virus jusqu’ici dans le pays.

Alors que depuis jeudi après-midi, toute le pays s’interrogeait sur cette contamination dans un hôpital, le ministre de la Santé, Kailesh Jagutpal, qui intervenait à la télévision hier après-midi, n’a pas cru nécessaire en guise d’ouverture de présenter ses condoléances aux membres de la famille de Keira Esther. Le plus important pour lui était le « Tou korek », avec les chiffres de vaccination et l’éventualité de la troisième dose à être administrée, et ce n’est que quand il a été acculé sur une question de la presse qu’il a salué la mémoire de cette victime, approchant la barre des 80 décès au Covid-19 officiellement.

Le plus dramatique est qu’au moment où le ministre Jagutpal, sans masque, et également sans Joomaye et Gaud à ses côtés, ergotait à la télévision sur le mantra de la vaccination, la famille Esther de Résidence La Cure, soit un maximum de deux personnes, était dans l’enceinte du cimetière Bois-Marchand pour les funérailles de Samia. Tout comme l’inhumation s’est déroulée en un clin d’œil, car une fois le petit cercueil en blanc déposé dans la fosse, le tracteur était à l’œuvre pour le recouvrir, le ministre a également glissé sur ce scandale secouant les services de Santé publique. La technique avérée se résume à la déclaration que la police a initié une enquête dans cette affaire de double certificat de décès. Donc, pas de questions ! Surtout pas de réponses ou d’explications à fournir à qui que ce soit.

« Ti bebe-la pa ti pozitif kan li ti admet. Li inn vinn pozitif o Covid pandan so tretma. Malerzma li inn desede », a tout simplement avoué Kailesh Jagutpal, en renvoyant la balle aux médecins de l’hôpital Jeetoo pour les deux certificats de décès émis, soit un décès attribué à une pneumonie et, ensuite, au Covid-19. « Li pa posib e nounn refer le ka a lapolis pou enn lanket », ajoutera-t-il, croyant en même temps se dédouaner de ce nouvel épisode sinistre de la pandémie. En même temps, il a dû concéder que le nombre de décès depuis mars de l’année dernière s’élève à 79 « akoz Covid », dont 32 liés et 47 autres non attribués officiellement. Il est également revenu sur le cas des deux ressortissants étrangers débarquant à Maurice et ayant succombé au virus.

D’autre part, pour faire face à la saturation de lits à l’hôpital ENT de Vacoas, le ministère de la Santé a apporté des changements dans le protocole. « Au cours de ces deux dernières semaines, le nombre de patients admis à l’ENT Hospital variait de 80 à 90 », devait-il déclarer en substance. Ainsi, la décision a été prise par la Santé d’enclencher une décentralisation de l’hôpital ENT et de canaliser les patients asymptomatiques vers les hôpitaux régionaux Jeetoo (Port-Louis), Sir Seewoosagur Ramgoolam National Hospital (nord), Princess Margaret Orthopaedic Centre (Plaines-Wilhems), Jawaharlal Nehru (sud) et Bruno Cheong (est). Ainsi, des Covid-19 Wards seront aménagées dans ces hôpitaux pour prendre en charge les patients asymptomatiques.

À partir de ce samedi, l’ENT sera converti en une Intensive Care Unit (ICU) pour les cas sévères de Covid-19, soit ces patients qui souffrent de multiples complications de santé et qui requièrent des traitements poussés pour tenter de combattre le virus. L’on devrait ainsi conserver une capacité d’une trentaine de patients qui souffrent sérieusement du virus, avec notamment une trentaine de lits de réanimation et des respirateurs disponibles. À hier après-midi, le nombre de patients sous traitement au Covid-19 Treatment Centre de l’ENT était de 46, dont trois sévères, deux sous oxygène et un sous ventilateur.

Un autre changement majeur dans le protocole mis en place depuis mars de l’année dernière porte sur les procédures pour les funérailles des victimes de Covid-19. Dorénavant, les inhumations pourront se faire dans n’importe quel cimetière du pays, pas nécessairement à Bigara ou à Bois-Marchand. Les procédures menant aux funérailles ne relèveront plus exclusivement de la responsabilité des services sanitaires de la Santé, car les services de pompes funèbres ont été sollicités à cet effet à partir de lundi.

D’ailleurs, ce week-end sera consacré à l’initiation des employés de ces services aux dispositions de ce protocole en vue de ce “contracting out”, qui ouvre la voie à des spéculations sur l’évolution de la situation, les répercussions de la propagation de cas sur le terrain dans les jours à venir…


Funérailles à Bois-Marchand hier : L’incompréhension accompagne le cortège funèbre de Keira

C’est sous de strictes conditions sanitaires que se sont déroulées les funérailles de la petite Keira Esther hier après-midi au cimetière de Bois-Marchand. Sur place, une cinquantaine de proches, venus apporter leur soutien à la famille. Mais seules dix d’entre eux ont pu pénétrer dans l’enceinte du cimetière. Samia Esther, agenouillée, comme le père de son enfant, devant l’amas de terre ensevelissant le cercueil de la petite Keira, a jeté un regard perdu dans le néant alors qu’un employé du cimetière, emmitouflé dans son équipement de protection, lançait la dernière pelle de terre sur la tombe de la petite Keira. Un véritable déchirement pour cette jeune maman, qui enterrait hier son enfant de 15 mois, en bonne santé il y a dix jours à peine.

Cependant, pas de rites funéraires pour cet innocent. Les rares proches privilégiés qui ont eu l’occasion de se recueillir devant sa tombe ont cependant pu dire une prière. En tout, l’inhumation aura duré moins de cinq minutes avant qu’une tractopelle ne recouvre la tombe de terre.

Autant l’émotion était palpable, autant la colère aussi se faisait entendre dans toutes les conversations des proches de la petite Keira, qui restent confus quant aux circonstances de ce décès subit. Les proches de la petite Keira, qui déplorent que le petit corps du bébé ait été enveloppé dans du plastique, « kouma dir enn lisien », ne digèrent pas qu’ils n’ont pu, surtout les parents, voir le visage du bébé une dernière fois.
Hier après-midi, après maintes démarches, c’est dans le parking de l’hôpital que les proches de la petite ont pu approcher le cercueil, avant qu’il ne soit emporté par les officiers du ministère de la Santé en direction du cimetière de Bois-Marchand. Pour ses proches, c’est l’incompréhension.
« Inn bizin so papa fer brit ze swar, desir plastik pou li trouve figir so zenfan », raconte Kursla Esther, la grand-mère. Chez la famille qui crie à la négligence médicale, une profonde colère couve. « Nou pa pou less sa trankil. Komye zanfan pe mor koumsa ? » disent les proches. Ils ont de nombreuses interrogations. « Kouma enn zanfan ki pa ti ena Covid inn met li ek dimounn ena Covid, apre enn kou pu dir li pan mor ar Covid, lot kou dir Covid mem. Kouma enn dimounn ena de sertifika dese ? » se demandent-ils.
La petite Keira, admise en raison des vomissements il y a une semaine, est décédée dans la nuit du mercredi 8 septembre à l’hôpital Jeetoo. Alors que sa mère, testée positive au Covid-19, a eu sa décharge, le bébé est resté à l’hôpital et a été placé à l’ICU. Ses tests de Covid-19 étaient négatifs, soutiennent ses proches.

Cependant jeudi, ils ont appris que la petite Keira était positive au Covid.
Toutefois, alors que dans un premier temps, le certificat de décès faisait état d’une mort des suites d’une “aspiration pneumonia”, les autorités sanitaires – après une déposition de la famille à la police, réclamant une autopsie – ont émis un deuxième certificat de décès attribué au Covid-SARS « infection ainsi que d’Aspiration Pneumonia et Hypoxic Brain Injury ».

Et tout au long de cette dernière marche vers la dernière demeure de la petite Keira, c’est l’incompréhension, qui a accompagné le cortège funèbre…