– Tribulations et calvaire des proches des cinq victimes au Covid-19 de vendredi et non annoncés par le ministre de la Santé

Indépendamment des déclarations du Premier ministre, Pravind Jugnauth, durant le week-end avec des accusations de « fausses informations » à tort et à travers au sujet de la gestion de la pandémie Covid-19, la situation sur le terrain ne fait que rattraper les autorités sanitaires. Cette fois, c’est aux portes de cimetière, juste avant l’inhumation des victimes de ce virus impitoyable, que se règle la cacophonie faute de compassion pour des proches ayant perdu des parents. En tout cas, qu’importe ce que dit le chef du gouvernement, il y a un écart entre promesse à la télévision et réalité sur le terrain. Un petit détail chiffré est que pour la seule journée de vendredi, cinq enterrements au Covid-19 se sont déroulés. Pas un mot de confirmation du ministère de la Santé sur ce chiffre plus de 48 heures après. Le dernier décompte officiel remonte à mercredi dernier.

Ainsi, les personnes décédées et qui étaient positives au Covid-19 peuvent désormais être inhumées dans tous les cimetières de l’île. C’est du moins ce qu’avait annoncé Kailesh Jagutpal, ministre de la Santé, lors de la conférence de presse du National Communication Committee le 10 septembre. Sauf que… dans la réalité, les choses sont différentes. En atteste l’expérience vécue par plusieurs familles ayant perdu des proches vendredi dernier, jour où cinq décès ont été enregistrés dans les hôpitaux.

J.M., qui a perdu son oncle, est de ceux-là. Il s’est confié au Mauricien. Il explique avoir appris son décès la veille, vers 18h30, par la fille de ce dernier. Celle-ci était venue s’acquérir de l’état de santé de son père (86 ans), admis depuis mercredi après-midi à l’hôpital Victoria après une chute survenue à son domicile, puis testé plus tard positif par le personnel du Samu venu le récupérer.

À sa grande surprise, elle apprend  au téléphone d’un membre du personnel de l’Isolation Ward la triste nouvelle comme si rien n’était. « Be li fini mor sa pasian-la depi boner. Personn pa finn telefonn ou ? Be amenn ou kart idantite », fait-on comprendre d’un ton sec face à cette douleur de perdre un parent.

Plus tard, en vérifiant le certificat de décès, émis par le médecin de service, la famille a alors constaté que leur proche avait rendu l’âme à… 14h40. D’où leur question : pourquoi personne ne les a avertis ? Pourquoi personne n’a daigné au moins passer un coup de fil d’autant plus que les visites à l’hôpital sont interdites ?

Après cela, les démarches administratives ont été entamées à l’hôpital, ce qui là encore aura pris de longues heures, soit de 19h30 à 22h. Et là encore, sans avoir au final les documents. Malgré tout, la victime devant être enterrée au cimetière de Saint-Jean, la famille a pris contact le soir même avec un responsable de la paroisse. Mais ce dernier devait faire comprendre  n’avoir reçu aucun protocole du ministère de la Santé, et que, de fait, le défunt ne pouvait être inhumé au cimetière de St-Jean. Seule solution pour la famille : attendre qu’arrive le matin pour obtenir des éclaircissements.

Vendredi matin, J.M. s’est présenté très tôt à l’hôpital de Candos pour récupérer le certificat de décès, avant de se présenter à l’Etat civil pour y obtenir l’acte de décès. Entre-temps, l’officier du service sanitaire lui a confirmé qu’il pouvait se rendre « dans n’importe quel cimetière ».

La paroisse de Saint-Jean ayant déjà refusé, la famille s’est tournée vers le cimetière des Salines. Mais là aussi, le préposé de service a expliqué qu’il ne pouvait accepter en l’absence de protocole du ministère de la Santé. Finalement, les proches du disparu ont dû se contenter du cimetière de Bois-Marchand, désigné en toute urgence pour suppléer à la saturation due au Covid du cimetière Bigara.

Sur les lieux, une autre famille vivait le même drame… et dans les mêmes circonstances. Au final, ces familles de demandent pourquoi les autorités ont annoncé des changements du protocole concernant les enterrements si aucune directive n’a été communiquée officiellement.

« Le gouvernement Jugnauth a une fois encore mis les charrues avant les bœufs, et ce, sans même prendre en compte la réalité que vivent les familles. On n’a même pas eu un mot de sympathie de la part des autorités », conclut J.M., dénonçant avec amertume l’opération Tou Korek Lakaz Mama du ministère de la Santé avec assurance de complicité en plus…