étant donné sa fragilité, toutes les précautions sont prises par ses parents pour éviter une quelconque infection

Ça y est ! La petite Émilie Quirin, qui avait été déclarée par l’hôpital de Rose-Belle « pas viable » avant sa naissance, morte à l’accouchement, placée dans une boîte de désinfection, mais heureusement découverte une heure plus tard vivant par le personnel soignant, est rentrée à la maison. Elle a d’ailleurs fêté ses quatre mois dans son petit cocon familial à Mahébourg, entourée de ses parents Virginie et Pascal, et de son grand frère Gabriel. Après le traumatisme vécu à son accouchement et des mois difficiles passés entre les allers et retours à l’hôpital chaque semaine, dans l’attente d’une bonne nouvelle, Virginie Quirin a en effet pu ramener sa petite miraculée à la maison. « Un bonheur inespéré », confie-t-elle.

Si leurs nuits sont tout de même agitées, cela n’est rien à côté du bonheur dans lequel Virginie et Pascal nagent depuis une dizaine de jours. Pour cause, leur famille est enfin au complet. Leur bébé miraculé, qui a passé quatre mois aux soins intensifs néonatals de l’hôpital de Rose-Belle, est enfin à la maison. Et ni les pleurs ni les nuits blanches ne peuvent assombrir leur joie de tenir la petite dans leurs bras. Beaucoup d’émotions se bousculent chez cette petite famille quand elle évoque les derniers mois qu’elle a passés à attendre cette arrivée. Et dire qu’Émilie a été déclarée morte à sa naissance !

En effet, s’il n’y avait pas eu cette infirmière pour entendre pleurer son bébé – qui, selon les médecins, était arrivé à la 24e semaine de grossesse de Virginie, donc considéré « pas viable » et ainsi placé dans une boîte de désinfection – et ce médecin qui a immédiatement pris les devants pour donner les soins au nouveau-né, la petite Émilie Quirin n’aurait pas connu l’amour de ses parents aujourd’hui. Une expérience traumatisante que Virginie et Pascal Quirin mettent sur le compte de la négligence médicale et pour laquelle ils ont porté plainte. Mais face à ces souvenirs vivaces, Virginie Quirin préfère pour l’instant se concentrer sur la nouvelle joie de la famille depuis le 4 juin, la veille des quatre mois d’Émilie.

Déjà une semaine avant la fin du mois de mai, alors que depuis février dernier, après sa survie, la petite avait été placée sous incubateur au sein de la Neonatal Intensive Care Unit (NICU) de l’hôpital de Rose-Belle, Virginie a eu, un vendredi après-midi, la surprise d’entendre une infirmière la héler dans les couloirs de l’hôpital, pour lui dire « Madam, tifi nepli dans ICU, bizin al dan SCBU. » Angoissée à l’idée que l’état de santé de son enfant avait dû subitement se détériorer, Virginie presse le pas vers cette salle. Il y en a deux. La Special Care Baby Unit (SCBU) 1 et la 2. Émilie est dans la N°2. Loin d’être mal en point, l’état de santé de la petite s’est au contraire amélioré. Un véritable soulagement pour Virginie Quirin.

Et alors que pour pouvoir voir son enfant au sein de la NICU chaque vendredi depuis février dernier, Virginie devait enfiler des équipements de protection, cette fois, elle peut voir son enfant dans l’incubateur, mais sans tous les équipements et surtout elle peut lui rendre visite chaque deux jours et lui donner le sein. « C’était magnifique. Je pouvais enfin tenir Émilie plus longuement dans mes bras », dit la maman.

Cadeau de la fête
des Mères

Finalement, Émilie aura passé très peu de jours au sein de la SCBU2. Lors d’une visite, le 28 mai, Virginie est dirigée vers la SCBU1, où sa petite avait été transférée. « Et là-bas, c’était encore mieux. Elle n’était plus en incubateur. Elle était dans un berceau. Et je pouvais lui rendre visite tous les jours », se réjouit Virginie. Certes, les précautions hygiéniques strictes étaient de mise, mais enfin, il y avait ce contact peau à peau entre la maman et le bébé qui réjouissait Virginie. « Je pouvais lui caresser le visage et la presser contre mon cœur. L’important c’est de créer le lien en faisant du peau à peau. Ici commençait la première d’un nombre incalculable de minutes de peau à peau. Et on s’est effectivement apprivoisées comme ça, l’une contre l’autre. Chaque jour, je lui demandais d’aller bien, de grandir vite. J’avais une seul envie, une seule pensée qui me remplissait de joie, m’imaginer avec elle à la maison. C’était des instants précieux. J’avais un beau cadeau pour la fête des Mères », raconte-t-elle.

Pressentant le retour prochain de son bébé à la maison pour bientôt, Virginie, sur les conseils de la pédiatre, entame une désinfection de sa maison pour accueillir la petite Émilie et elle prépare la chambre du bébé. Pour que la petite rentre chez elle, outre un état de santé stable, il fallait qu’elle atteigne un poids minimal de 1,8 kg. Chaque jour qui passe, l’espoir grandit. D’autant que la courbe de poids d’Émilie progresse régulièrement. De 930 grammes à sa naissance, elle était parvenue fin mai à 1,7 kg. Puis 1,725 kg… Mais les parents restent prudents. « Avec un bébé prématuré, on ne sait jamais. On avait hâte, mais on savait qu’il fallait aussi être patient », dit Virginie.

Poids de 1,8 kg

Et enfin, alors qu’elle se préparait pour aller rendre visite à sa fille le vendredi 4 juin, Virginie Quirin reçoit un appel de l’hôpital pour la prévenir « amenn linz. Bébé pou ale zordi ». La jeune maman ne croyait pas ses oreilles, sa petite miraculée, qui faisait enfin 1,8 kg allait enfin rentrer à la maison. Immédiatement, son mari est prévenu. « C’était l’excitation à la maison. On dansait de joie avec Gabriel qui allait enfin voir sa petite sœur », raconte Virginie. À l’hôpital, l’attente est longue, car il y a toute la paperasse à finaliser avant la décharge du bébé. Mais Virginie et Pascal ne bronchent pas. Ils ont attendu si longtemps cet instant que quelques heures de plus, ce n’était pas mer à boire.

Finalement, c’est aux alentours de 17h que la petite Émilie rentrera chez elle. Enfin ! Pour le plus grand bonheur de ses parents. Malgré la jubilation des parents et cet auguste moment de l’arrivée de leur bébé à la maison, il n’y a pas eu de comité d’accueil. Pour cause, en raison de la prématurité d’Émilie, il est primordial pour la famille de prendre toutes les précautions nécessaires pour éviter qu’elle n’attrape une quelconque infection. D’ailleurs, si la joie de la petite famille est immense avec ce retour à la maison, les jeunes parents éprouvent aussi beaucoup d’appréhensions et leur angoisse est démultipliée et teintée de peur.

« Rentrer chez soi avec un bébé né à terme, c’est déjà très excitant et un peu angoissant. Mais avec un bébé prématuré, c’est encore plus grand. Nous étions habitués à être tributaires du personnel médical, à voir Émilie dans cet environnement. Je me demande : est-ce que je vais savoir pourquoi elle pleure ? Est-ce qu’il va prendre assez de lait ? Et si je n’arrive pas à m’organiser ? Notre bébé est si petit… On est à la fois soulagés qu’elle soit à la maison, et en même temps, ce ne sont pas les questions qui manquent… », dit Virginie.

Des appréhensions néanmoins

Mais la présence d’Émilie à la maison emplit la demeure des Quirin d’un nouveau bonheur. « On ne pensait pas que cela allait arriver si vite. Nous avons vécu un tel traumatisme… », soupire Virginie, heureuse de pouvoir enfin profiter de son bébé et de lui donner tout l’amour qu’elle n’a pas pu pendant ces quatre mois qu’Émilie a passés en incubateur. Et mieux encore pour cette maman, « c’est magnifique de voir le grand frère admiratif devant la petite sœur. » La première fois que le petit Gabriel a pris sa sœur dans ses bras a été « un grand moment », dit Virginie. « Avec maintes précautions, je lui ai mis Émilie dans les bras et il lui a murmuré : t’inquiète pas, ferme les yeux, dors ! », raconte Virginie, qui voit en son petit Gabriel, âgé de 7 ans, le frère protecteur d’Émilie.

Aujourd’hui, cela fait un peu plus d’une semaine que la petite miraculée est rentrée à la maison. Chaque jour qui passe est un jour de plus, disent Virginie et Pascal, heureux de ce nouveau bonheur. Un bonheur qu’ils n’auraient pu savourer s’il n’avait tenu qu’à ces deux médecins qui ont assisté à l’accouchement de Virginie le 5 février.`

Depuis près d’un mois — Dans l’attente des conclusions du MNSC

Si la plainte déposée par Virginie Quirin auprès de l’hôpital de Rose-Belle contre les deux médecins qui ont procédé à son accouchement a mystérieusement disparu, comme rapporté dans l’édition de Week-End du 16 mai, une enquête a néanmoins été ouverte par le ministère de la Santé, mais aussi par le Medical Negligence Standing Committee, sous la charge de Me Raj Nuckchady et deux assesseurs. Au début du mois de mai, le MNSC, qui enquête également sur le cas de négligence médicale allégée dans le cas de la petite Pristee Nam, mort-née à l’hôpital SSRN le 12 avril et dont le rapport était attendu fin mai, a démarré les travaux en plénière autour de la plainte de Virginie Quirin. Ce que confirme la jeune maman, qui a été entendue par le comité. Si, selon nos informations, le MNSC a aussi eu l’occasion de prendre connaissance de la version des médecins et autre personnel de santé concernés par cette affaire, à ce jour, la famille Quirin ne sait pas ce qui s’ensuivra puisque ni le ministère ni aucune autre autorité n’ont encore appelé Virginie pour la tenir au courant de l’avancement de l’enquête. La famille reste ainsi dans l’attente des conclusions du MNSC, mais ne compte pas rester les bras croisés. Pour l’heure toutefois, elle savoure son nouveau bonheur.