Photo illustration
  • Des clients se distancient des Food Courts et privilégient des “ti marsan” de rue

L’entrée en vigueur depuis hier de la troisième phase du déconfinement, avec un allègement des contraintes, a vu les Mauriciens jouer la carte de la prudence côté Shopping. Que ce soit au Port-Louis Waterfront ou au centre commercial de Cascavelle, à l’heure du déjeuner, on était loin du rush habituel dans les Food Courts. En revanche, ils étaient plus nombreux auprès des marchands de “dhol puri” et autres vendeurs d’alimentation bon marché. Les queues à la rue Edith Cavell à l’heure du déjeuner demeure la preuve tangible. Dans la conjoncture, ils continuent à réfléchir en deux fois avant de délier les cordons de bourse. Et ce, peu importe les circonstances. Cette journée de jeudi aura aussi été marquée par l’ouverture des plages (sauf pour pique-niquer), des lieux de culte et des salles de gym. Néanmoins, le test de la nouvelle phase du déverrouillage du Lockdown devra intervenir en ce premier week-end du mois de juillet.
Eux qui espéraient beaucoup de ce premier jour de la troisième phase du déconfinement auront été déçus. Les restaurateurs affichaient en effet la grise mine, principalement à l’heure du déjeuner, où beaucoup de restaurants de la capitale étaient à peine à moitié remplis. « Nous n’avons accueilli qu’une dizaine de clients depuis 12h30 alors qu’en temps normal, nous aurions dû en avoir trois fois plus », lâche le responsable d’un restaurant du Caudan Waterfront. Il dit cependant comprendre que « lavi ser » et que « dimounn prefer gard kas pou aste manze ».

Pour autant, il ne peut baisser ses prix, car les frais sont nombreux, comme le paiement du loyer et les salaires des employés à assurer. « Nous espérons que la situation s’améliorera dans les prochaines semaines avec le retour des premiers touristes », confie-t-il en faisant contre mauvaise fortune, bon cœur.

Même son de cloche du côté de certains propriétaires d’échoppes dans le Food Court du Caudan Waterfront, où là aussi l’humeur est loin d’être à la fête. « Peut-être que les Mauriciens préfèrent préparer leur repas à cause de la situation sanitaire dans le pays. Nous avons remarqué une hésitation pour acheter manze andeor », fait remarquer un caissier. Ce dernier espère cependant que les commerçants réaliseront un meilleur taux de vente durant le week-end avec moins de restrictions sur les déplacements et les jeunes susceptibles de faire la fête après une bonne vingtaine de semaines de privation.

Et il n’y a pas que Port-Louis. L’atmosphère était en effet tout aussi morose ce jeudi au Food Court de Cascavelle, où certaines enseignes n’avaient même pas ouvert. Hormis deux femmes de ménage, qui désinfectaient les tables vides, personne à l’horizon. Les caissiers attendaient seuls devant leurs échoppes. Plus loin, quelques rares clients se restauraient, mais d’un menu frugal. Cela, même en cette période de fin de mois.

Retour à Port-Louis, car ce jour spécial n’aura pas été mauvais pour tout le monde. En effet, les marchands opérant au Food Court du Jardin de la Compagnie étaient pour leur part plutôt satisfaits de pouvoir reprendre le travail après presque trois mois. « C’est vrai que les clients ne se bousculent pas comme avant, mais nous pouvons au moins couvrir nos frais du jour », explique Rani, vendeuse de mines frites. « Nounn gagn inpe klian ki travay dan biro. Zot pe manze dan Food Court. Normalman se bann dimounn ki pa gagn gro lapey ki abitie vinn manze isi. Aster kliantel-la li varye », dira-t-elle en s’occupant de ses clients qu’elle n’aura pas vus depuis le 10 mars dernier.

Un peu plus loin, un marchand de vêtements affiche une mine boudeuse. Et pour cause : il n’a pas encore vendu un seul produit depuis la mi-journée. « Les gens passent, regardent, mais n’achètent pas. Même si nos prix sont plus compétitifs que les magasins », dit-il. Il s’en prend d’ailleurs à la mairie, « qui nous a empêchés de vendre nos vêtements alors que les foires et le Marché Central sont ouverts depuis le mois dernier ». Et de poursuivre : « Zot dir nou akoz swadizan pena enn lantre ek sorti fix akoz sa pa les nou travay. Nou boukou soufer pandan konfinman. »
Mais cette journée ne marquait pas seulement la reprise de certaines activités commerciales, mais aussi la réouverture des lieux de culte, depuis très tôt le matin. C’était notamment le cas à la mosquée de Vallée-des-Prêtres. « Nous avons pris des dispositions spéciales en mettant des Sanitizers à l’entrée. Nous avons demandé aux fidèles d’accomplir leurs ablutions chez eux alors que le temps des prières est écourté pour minimiser les interactions », explique le responsable de ce lieu de culte. Ce dernier ajoute que pour faire respecter le nombre limité de 50 personnes, « il y aura deux sessions du Jummah (prière de vendredi), au lieu d’une seule ».

C’est également dans le respect des règles sanitaires que les fidèles catholiques ont assisté à la messe à l’église Immaculée Conception jeudi matin. Au programme : distanciation sociale pendant la messe et, une fois celle-ci terminée, départ de l’église dans l’ordre et dans la discipline. Notons d’ailleurs que concernant la messe dominicale, le cardinal Maurice Piat a fait publier un communiqué sur le site du diocèse de Port-Louis pour rappeler aux paroissiens qu’ils sont invités à s’inscrire auprès du secrétariat de la paroisse pour assister à l’une des messes dimanche. Le concept de « first come, first serve » sera appliqué avec une jauge de 50 personnes par messe. Dans toutes les paroisses, les curés et autres responsables ont multiplié les initiatives pour le respect des gestes barrières du protocole sanitaire.

Mais ce que les Mauriciens attendent le plus, c’est la réouverture des plages, quand bien même ne pourraient-ils pas encore y organiser de pique-nique. Ce qui aura sans aucun doute freiné leur élan. Preuve en est que jeudi, les plages étaient peu fréquentées. D’ailleurs, la majorité des personnes présentes à Flic-en-Flac, par exemple, étaient des retraités de l’endroit ainsi que des enfants accompagnés de leurs parents.

« J’habite à Bambous et j’ai l’habitude de me rendre à la plage de Flic-en-Flac les week-ends. Aujourd’hui, j’ai emmené ma petite-fille, qui voulait nager. Elle n’a pas vu la mer depuis trois mois et elle est restée enfermée pendant tout le confinement », explique Sunita.

Un peu plus loin, Ramen, qui a pris un jour de congé de son employeur, a emmené ses parents avec lui. « Laplaz-la ti kapav ouver depi avan pou bann aktivite an mer san otoriz piknik. » Ceux qui ont fait le déplacement ont cependant observé pour la plupart les mesures sanitaires, notamment en portant leur masque. Certains étaient venus nager, d’autres encore marcher ou faire leur jogging. Dans tous les cas, ce n’était pas la grande foule à Flic-en-Flac. Même les nombreuses échoppes de nourriture étaient fermées. « Je n’ai encore rien vendu et il est déjà 11h30. C’est désert ! » explique une marchande de mines frits, qui opère sur la plage, non loin du cimetière.

Le retour dans les salles de gym est également au programme de ce premier jour de 3e phase du déconfinement. Chez 24/7, rue Mgr Leen, à Port-Louis, Feddy, le responsable, avance que toutes les dispositions ont été prises pour faire respecter les consignes sanitaires. « À l’entrée, le client doit se laver les mains avec du sanitizer. Nous leur donnons du papier et du désinfectant pour nettoyer les appareils après les avoir utilisés. Normalement, nous sommes ouverts 24/7, mais pour le moment, nous avons décidé de fermer la gym à 20h pour des raisons sanitaires. »

Pour autant, ce n’était pas non plus la grande foule ; tout au plus une dizaine de clients venus s’entrainer jusqu’à la mi-journée. Si le responsable de cette salle de gym se dit content de pouvoir enfin à nouveau opérer, il avance cependant que la fermeture de sa salle pendant trois mois aura eu un impact négatif sur ses finances. « On aurait dû laisser opérer les gyms plus tôt », estime-t-il tout en évitant de muscler le ton.

Ce week-end, précédant le retour des enfants à l’école à partir de la semaine, est anticipé en termes de rencontres entre proches et amis dans des lieux publics, notamment les plages publiques et autres parcs.

Attendons voir !