Le vraquier Wakashio battant pavillon panaméen aurait pu être tiré en haute mer par le remorqueur Sir Edouard de la Mauritius Ports Authority (MPA) dès le lendemain du drossage sur les récifs de Pointe-d’Esny. Sinon, les deux remorqueurs Sir Gaetan et Mahé de Labourdonnais auraient pu être attachés au Wakashio pour l’empêcher de drifter et heurter les brisants. Ainsi, il n’y aurait pas eu de Structural Cracks dans la coque. Des sources portuaires déplorent une « négligence totale » des autorités en ce qui concerne les actions qui auraient pu être prises dès le premier jour.

« Un tel drame aurait pu être évité. Le vraquier Wakashio ne portait pas de fissures quand il a fait naufrage à Maurice dans la nuit du samedi 25 juillet. Dès le lendemain, soit le 26 juillet, on aurait pu prendre une série de mesures pour éviter les dégâts que nous voyons aujourd’hui », affirment des sources autorisées. D’abord, le remorqueur de la MPA, le Sir Edouard, qui fait 32 mètres de long sur 12,8 mètres de large, pour un poids de 492 tonnes, aurait pu être utilisé pour ramener le vraquier panaméen en haute mer dans un premier temps. Sa capacité de remorquage s’élève à 78 tonnes pour un remorquage par l’avant et de 73 tonnes pour un remorquage par l’arrière.

« Personne ne comprend le métier de remorquage des navires mieux que les employés du port. Donc, nous maintenons que le Wakashio aurait pu être tiré des récifs et amené en haute mer. Par la suite, les autorités pouvaient choisir parmi diverses options : soit pomper l’huile lourde du navire, soit encore faire appel à des remorqueurs de pays proches pour l’éloigner de nos eaux », fait-on comprendre dans les milieux portuaires.
Le remorqueur Sir Edouard, qui se trouve actuellement au port, a dans la matinée du 14 août, remorqué à l’envers un navire de 346 mètres de long et un autre mesurant 366 mètres, pour les approcher du port. Par conséquent, il était bien possible pour le Sir Edouard de remorquer le Wakashio en haute mer. « Quand il s’est échoué sur les récifs de Pointe-d’Esny, l’avant du navire avait touché les récifs, alors que toute la partie arrière était toujours dans l’eau. C’est un premier constat de la situation quand nous nous sommes rendus sur les lieux, dès le lendemain matin. De plus, aucune fissure n’avait été remarquée sur le navire le lendemain du naufrage. Ce qui nous permet de dire que le Wakashio aurait pu être remorqué, en ballastant l’arrière du navire et en attendant la marée haute pour le ramener en haute mer », s’appesantit-on.

Une autre option, selon ces sources, était d’attacher le Wakashio à deux remorqueurs du port, le Sir Gaetan et le Mahé de Labourdonnais, pour que le vraquier ne bouge pas dans l’eau, l’empêchant ainsi de heurter les récifs. « Ces deux remorqueurs sont praticables à seulement 50%. Le Sir Gaëtan, d’une longueur de 26,5 mètres et d’une largeur de 10, pèse 275 tonnes. Sa capacité de remorquage s’élève à 30 tonnes. Le Mahé de Labourdonnais, pour sa part, fait 26 mètres de long pour 9,3 m de large, et pèse aussi 275 tonnes. Sa capacité de remorquage s’élève à 45 tonnes pour un remorquage par l’avant et à 43 tonnes pour un remorquage par l’arrière. Ces deux remorqueurs ont des problèmes techniques et sont praticables à seulement 50%. Ceci dit, ces deux remorqueurs auraient pu être attachés au vraquier pour l’empêcher de bouger dans l’eau », affirme-t-on.

L’expérience de l’opération de remorquage lors du naufrage de l’Angel 1 est citée en exemple avec des mesures nécessaires prises à temps pour éviter le déversement d’huile. L’Angel 1, pour rappel, mesurait 250 mètres et transportait du riz quand il a fait naufrage dans sur les récifs de Poudre-d’Or. « La première action entamée à cette époque était de pomper toute l’huile lourde du vraquier. Le riz a été débarqué du navire. Après avoir été sécurisé, l’Angel 1 a été éloigné des récifs sans aucun problème. Les mêmes procédures auraient pu être prises dans le cas du Wakashio », indiquent-elles.

Dans des milieux portuaires, on fait état de « négligence » de la part des autorités concernées et du gouvernement. « Maurice ne possède peut-être pas l’expertise dans ce domaine mais les employés de la MPA ont de l’expérience dans le remorquage de navires qui échouent sur nos récifs. Nous n’avons certes pas de gros remorqueurs, mais avec le peu de ressources dont nous disposons, nous aurions pu tirer le Wakashio en haute mer. Mais le gouvernement et les autorités n’ont pas pris les mesures nécessaires à temps, ce qui a mené au déversement d’huile lourde dans les eaux de Pointe-d’Esny et les régions avoisinantes, » concède-t-on.