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“Depuis que le pays est entré en confinement et qu’on nous a déployé dans le Nord, nous n’avons reçu aucun équipement de protection! Pas de masque, pas de gants, pas de sanitizer. Si on en avait fait provision et qu’on nous en aurait distribués, il y aurait eu des entrées dans un registre. Dan lapolis ou bizin signe kouma donn ou enn zafer. Si on cherche à nous contredire, alors qu’on sorte le registre”, confie un des frontliners de la Division Nord pendant une courte pause.

Exaspérés par l’absence de protection sur le terrain, des policiers qui travaillent actuellement dans toutes les régions du Nord nous expliquent qu’ils ont payé, de leur poche, les gants et masques qu’ils sont tenus de porter. “Avec des collègues, nous avons cotisé pour acheter un gallon de sanitizer que nous avons réparti dans de petits contenants individuels”, ajoute l’un d’eux.

Et de poursuivre: “On nous donne des consignes, on nous demande de nous protéger. On nous sort des théories, mais c’est tout. Nous devons vérifier des voitures, contrôler des permis, parler aux conducteurs et des membres du public, contrôler les supermarchés… Nous aussi nous devons nous protéger! L’ironie est que nous devons verbaliser des chauffeurs qui transportent des passagers au-delà de la limite autorisée, alors que nous sommes nous-mêmes entassés dans un véhicule de patrouille. Chaque jour nous sillonnons des centaines de kilomètres. Où est la distanciation sociale dont on parle chaque après-midi?”

Financièrement se protéger par ses propres moyens revient cher disent nos interlocuteurs. “Comment voulez-vous que nous demandions au public de respecter les règles sanitaires alors que nous ne pouvons pas nous équiper correctement?”, se demande-t-il.

Et de préciser: “L’an dernier lors du premier confinement nous avons reçu…deux masques pour toute la durée de celui-ci.”

Pour se rassurer, des frontliners concèdent avoir fait plus d’un test PCR. “Nous sommes peut-être plus exposés que le personnel médical. On ne se rend peut-être pas compte, mais nous sommes de véritables vecteurs de transmission du virus”, dit un policier père de famille . “We have to comply,then complain… Mais ce sera trop tard. Nous nous mettons à risque. Si je tombe malade et que cela ne concerne que moi, d’accord! Mais si en rentrant à la maison je contamine ma famille, je le vivrai très mal…”, confie ce dernier.