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Le premier confinement avait déjà plongé les ménages précaires dans une situation de détresse financière, alimentaire et psychologique, entre autres. Le deuxième confinement semble avoir empiré les choses, surtout lorsque les ONG ne disposent pas de WAP pour faire la livraison de vivres et que l’aide des entreprises, elles-mêmes fragilisées, s’amenuise.

Quel impact ce deuxième confinement a-t-il sur ces foyers et quel avenir pour les jeunes qui en sont issus ? Consultant auprès de l’ONG M-Kids, Belall Maudarbux, fait ressortir que, pour les classes laborieuses dans lesquelles il classe « les marchands ambulants, les marchands de foire, les “self employed” et les plus vulnérables, il y a une fragilité accrue en termes économique et de santé mentale ».

Il égratigne le mode de “Policy Making” à Maurice qui se fait, regrette-t-il, sur la base de ‘One size fits all’. « Il faut en finir. Il faut cesser de dire qu’on est tous dans le même bateau. Nous sommes face au même cyclone, mais dans de différents bateaux. Certains sont dans des yachts, d’autres dans des pirogues. Que ce soit en matière d’éducation, de santé publique, d’emploi, il faut des politiques d’Affirmative Action pour que les gens moins favorisés puissent bénéficier de supports additionnels. » Il dénonce par ailleurs la « supposée méritocratie » qui n’est, selon lui, que « mythique ». Le Policy Making, poursuit-il, « doit se faire sur la base de chiffres et non sur des suppositions ».

Il ajoute : « À Maurice, les pauvres se cachent pour mourir. On fait comme si c’était un sort naturel. » Il refuse de parler de pauvreté, mais préfère parler d’exclusion. Jyoti Deroochoonee-Jatoo est directrice de la Maison familiale rurale (MFR) de l’est, qui reçoit des jeunes recalés du système scolaire pour des formations professionnelles. Avec ce deuxième confinement, selon elle, « ce sera encore plus difficile à l’avenir de trouver des stages pour nos jeunes ». Elle confie que certains de ses bénéficiaires « n’avaient rien à se mettre sous la dent ». Elle poursuit : « On a fait des visites surprises chez eux et notre venue était comme une manne tombée du ciel. »

Malgré le sombre avenir qui se profile pour ces jeunes, il n’est pas question pour elle de les abandonner. « Demain, il y aura d’autres recalés du système qui auront besoin de nous. On ne pourra les laisser à la rue. Je pense qu’on va devoir se reconvertir en travaillant sur de nouvelles stratégies. Si on ne les aide pas, c’est la relève de demain qui sera perdue. » Elle plaide pour que les ONG aient leur WAP pour mieux venir en aide aux familles en détresse. Pour Magali Deliot, directrice de Planète Enfants vulnérables, la situation est « pire » que le premier confinement. « Beaucoup d’ONG n’ont pas le WAP ».

Ce qui l’interpelle, c’est : « Quand des familles n’ont pas à manger. Cette année, il y a eu des cas où des enfants n’ont pas eu à manger pendant deux jours, des bébés ont dû se contenter d’avoir de l’eau et un peu de sucre au lieu du lait. » L’avenir est « très sombre » pour les enfants de familles vulnérables, dit-elle. Comme solution sur le long terme, elle estime qu’il faut « créer des fermes intégrées pour que ces familles viennent tous les jours planter et nourrir des bêtes pour être autosuffisant d’un point de vue alimentaire ».

BELALL MAUDARBUX (Consultant M Kids) : « Les pauvres se cachent pour mourir à Maurice »

Comment les familles mauriciennes sont-elles affectées par le deuxième confinement ?
On ne peut parler des familles mauriciennes comme une entité monolithe. Il faut que les intellectuels, les professionnels, adoptent une approche de classe. Toutes les familles mauriciennes ne sont pas pareilles. Avec ce deuxième confinement, il y a quelque chose de très distinct qui se passe. Il y a trois types de familles mauriciennes. Le premier étant l’élite du pays (politiciens, avocats, médecins etc.) ; le deuxième étant les professionnels (fonctionnaires, la classe moyenne) et le troisième ceux en bas de l’échelle. Pour les deux premières catégories, c’est comme un “leave with pay”. Les enfants et les adultes font du “binch watching” sur Netflix. Est-ce qu’ils sont affectés ? Ils le sont de par le fait de ne pas pouvoir aller dans les salons de beauté, faire leur shopping dans leurs magasins préférés, socialiser… Mais pour les classes laborieuses (marchands ambulants, les marchands de foire, les “self employed”, les plus vulnérables), il y a une fragilité accrue en termes économique et de santé mentale. Quel avenir pour eux ? Par ailleurs, beaucoup de ces familles doivent vivre avec leur bourreau, surtout les femmes. À M-Kids, on voit cela de manière très claire. On arrive à voir que les impacts sont très différents en matière de priorité.

Comment arrivez-vous à voir cela ?
À M-Kids, presque tous les jours, on rencontre des personnes de la classe laborieuse. Quand on fait des distributions, on leur parle, on leur demande comment ça va. De l’autre côté, j’ai beaucoup d’amis qui sont de “l’Upper Middle Class”. Ceux qui font des dons chez nous nous disent de quelle manière ils sont affectés.

Certains de la classe moyenne ont aussi basculé dans la pauvreté ?
On a effectivement des personnes du ‘Lower Middle Class’ qui se voient aujourd’hui dans une pauvreté relative. Il y a certains dont les enfants étudient à l’étranger et qui cherchent de l’aide. On a même eu des personnes qui ont acheté de belles bagnoles et qui n’arrivent pas à rembourser leur emprunt. Il y a d’autres qui avaient mis leurs enfants dans des écoles privées et qui ont dû les placer dans des écoles publiques.

Comment les enfants sont-ils affectés ?
À M-Kids, beaucoup d’enfants sont de familles très modestes. Ces familles sont, pour certaines, brisées, d’autres des familles élargies. Certaines vivent dans des bicoques. Quand elles sont confinées, cela devient étouffant. Les enfants n’arrivent pas à se concentrer sur leurs devoirs, surtout ceux qui ont des toits en tôle. Ils étouffent littéralement et métaphoriquement. L’espace est si exigu qu’ils n’arrivent pas à s’épanouir. Surtout pour les garçons qui ont besoin de beaucoup bouger. Avec la chaleur, ils n’arrivent pas à faire leurs devoirs. On a pris la décision de les accueillir – avec toutes les précautions sanitaires – dans le M-Kids Learning Centre durant la journée pour leur permettre de travailler dans un espace large avec de l’air conditionné. Ils sont environ huit qui composent leur PSAC et quelques autres le NCE et le SC. On fait du “peer teaching” avec eux.

Comment peut-on les aider sur le long terme ?
Il y a une chose qu’il faut qu’on commence à comprendre. Le “policy making” à Maurice se fait sur la base de “One size fits all”. Il faut en finir. Il faut cesser de dire qu’on est tous dans le même bateau. Nous sommes face au même cyclone, mais dans différents bateaux. Certains sont dans des yachts, d’autres dans des pirogues. Que ce soit en matière d’éducation, de santé publique, d’emploi, il faut des politiques d’Affirmative Action pour que les gens, moins favorisés, puissent bénéficier de supports additionnels. On parle d’une supposée méritocratie qui est mythique. Il faut maintenant se baser sur les chiffres. Le ‘policy making’ doit être fait sur la base des chiffres et non pas sur des suppositions.

À quel niveau apporter ces supports : travail, logement, éducation ?
Il faut qu’on commence à démocratiser l’accès aux facteurs de production comme la terre. On a une histoire héritée que le facteur de production capital qu’est la terre a été monopolisé. Les recherches montrent que tant qu’on ne démocratise pas cet accès, la pauvreté va demeurer. Avant le confinement, huit personnes dans le monde possédaient ce que 50% des plus pauvres dans le monde possédaient en termes de capital. Aujourd’hui, ce chiffre est passé à trois personnes ! Les chiffres sont là à Maurice, mais on ne les consulte pas. Depuis deux ans, le Bureau des Statistiques de Maurice ne publie aucune statistique sur la santé. Personne ne demande pourquoi ! Même les journalistes ne consultent pas les chiffres.

Que risque notre société si on ne fait rien pour ces familles ?
À Maurice, les pauvres se cachent pour mourir. On fait comme si c’était un sort naturel. Je refuse de parler de pauvreté. Il faut plutôt parler d’exclusion. Dans le monde, on produit assez de nourritures pour 9 milliards de personnes et pourtant la pauvreté est là !

La proportion de ces personnes concernées par la pauvreté s’agrandit avec la crise économique…
Oui. On a changé la définition du chômage. Une personne qui travaille un jour dans un mois n’est pas un chômeur… Et, avec la contraction de 1% du PIB, on a tant de chômeurs, maintenant, avec une contraction économique de 15% par an…

En conclusion ?
Il faut que nous nous réveillions. Pour se réveiller, il faut voir les choses en face. Pour voir les choses en face, il faut voir les chiffres parce que numbers don’t lie. Comme dit l’Anglais, What can’t be measured can’t be managed ! Il faut se baser sur les faits.

JYOTI DEROCHOONEE-JATOO (MFR de l’est) :« Des bénéficiaires n’avaient rien à se mettre sous la dent »

Vous êtes directrice du MFR de l’est, qui propose des formations professionnelles aux jeunes recalés du système scolaire. Quelles sont les difficultés auxquelles sont confrontés ces derniers avec ce deuxième confinement ?
Pour commencer, on n’a pas reçu notre WAP encore. Le souci, c’est que nos bénéficiaires sont issus de familles vulnérables de l’est. Avant, on les envoyait en stage dans des hôtels, mais depuis la COVID-19, avec la fermeture des hôtels, on a essayé de travailler avec des restaurants. Mais à peine avons-nous commencé à avoir la collaboration de restaurants qu’on est rentré en confinement une fois de plus… Avec le deuxième Lockdown, ce sera encore plus difficile pour trouver des stages pour nos jeunes. La MFR de l’est existe depuis 2011 à Flacq. 90% de ceux qui ont suivi des formations chez nous ont un travail qui leur plaît aujourd’hui en l’occurrence des cuisiniers, pâtissiers, etc.

Les cours ne peuvent se dérouler pendant le confinement ?
On essaie de dispenser des cours de pâtisserie et de cuisine à travers Internet. On essaie aussi de déposer des ingrédients chez les étudiants pour qu’ils puissent assurer les travaux pratiques. Leur famille est très pauvre. Souvent, les parents n’ont pas de travail fixe et n’ont de fait pas de produits de base. Avec les collègues, on profite de nos jours de sortie par ordre alphabétique pour leur apporter à manger. Au dernier confinement, des sponsors distribuaient de quoi manger à ces familles. Cette année, il n’y a pas autant de dons que l’an dernier. On a eu un seul sponsor jusqu’ici qui a fait un don une fois. L’an dernier, on avait organisé une collecte de vivres pour les familles dans le besoin dans la région. Cette fois, on n’a pas de WAP.

Quelles formes prennent les détresses des familles dans votre région ?
Outre notre travail au niveau de la MFR de l’est, on collabore aussi avec la présidente de la région. Des travailleurs sociaux nous ont fait part de personnes vraiment en détresse. Quand c’est mon jour, je suis au bureau pour voir ce qu’on peut déposer chez ces personnes. Avec nos jeunes de la MFR de l’est, on ne dispense pas que des cours, mais nous avons aussi pour mission d’aller visiter leurs familles. Pour l’instant, on ne peut le faire vraiment. On n’a pas trop de nouvelles non plus des étudiants, car certains, même s’ils ont un téléphone, n’ont plus de crédit. Quand on reçoit des dons, je prends des photos avec les jeunes et leurs familles pour montrer aux donateurs.

Quelles sont les autres difficultés auxquelles sont confrontés ces jeunes ?
Le problème principal, c’est l’argent qui permet d’acheter de la nourriture. Ce sont pour la plupart des familles brisées. Souvent, la pauvreté crée du stress dans la famille. Si les parents n’ont pas de travail, les disputes s’invitent face aux pénuries des produits de nécessité. Parfois, la mère est seule à s’occuper de tous les enfants et c’est elle seule qui travaille. Nous avons des bénéficiaires qui n’avaient rien à se mettre sous la dent. On a fait des visites surprises chez eux et notre venue était comme une manne tombée du ciel. On remercie le groupe Currimjee qui a fait des dons de vivres à travers la MFR de l’est.

Quelles sont vos préoccupations pour ces jeunes ?
Certains de nos anciens bénéficiaires, qui avaient trouvé de l’emploi dans un hôtel, ont perdu leur job. Ils sont à la maison et sont frustrés. Parfois, quand on va distribuer un “foodpack” dans une famille, le voisin dans le besoin nous demande de l’aider aussi. Mais on ne peut donner à tout le monde.

Comment voyez-vous l’avenir pour la MFR de l’est ?
Aujourd’hui, nous avons pris un nombre de jeunes avec nous. Demain, il y aura d’autres recalés du système qui auront besoin de nous. On ne pourra les laisser à la rue. Je pense qu’on va devoir se reconvertir en travaillant sur de nouvelles stratégies. D’ailleurs, on a déjà commencé à créer un jardin pédagogique bio. Peut-être devra-t-on se reconvertir vers l’agriculture bio. On va aussi proposer la mécanique automobile. Avant, on ne faisait que la cuisine et la pâtisserie. On devra trouver de nouvelles orientations, comme la coiffure, la soudure, la maintenance, la plomberie, etc. Si on laisse ces jeunes livrés à eux-mêmes, ils vont se laisser influencer par ces autres de leur âge qui sont dans la rue à jouer aux cartes, à fumer et consommer de l’alcool. Si on ne les aide pas, c’est la relève de demain qui sera perdue. Même dans les familles de certains de nos bénéficiaires, il y a des frères ou sœurs qui consomment des stupéfiants. Cela rend la vie de la famille encore plus difficile, car ces derniers volent tout ce que la famille achète pour les vendre pour s’acheter ce qu’il leur faut.

Quelles solutions sur le long terme ?
Les autorités peuvent peut-être aider les ONG à venir en aide à ces jeunes. D’abord, en nous faisant avoir le WAP pour que nous puissions circuler. Si on sort, ce n’est pas pour aller se balader, mais pour intervenir sur le terrain. Autrement, il y a plusieurs ONG qui viennent en aide aux familles en difficulté mais, depuis ce deuxième confinement, j’ai vu sur Facebook qu’il y a beaucoup de particuliers qui sortent pour apporter leur aide. Je pense qu’il faut limiter cela. Laissons le travail aux ONG. Si des particuliers ont de quoi offrir, qu’ils contactent les ONG. Nous, par exemple, on garde un ‘track record’ des produits qu’on reçoit et qu’on donne. Il y a des preuves qu’on distribue ces vivres. Mais lorsque des sponsors passent et laissent des particuliers la charge de distribuer, on ne sait pas s’ils distribuent vraiment à ceux dans le besoin ou garde les produits pour leurs proches.

MAGALI DELIOT (Planète Enfants vulnérables) : « Pire que le premier confinement »

Quelle est la mission que se donne Planète Enfants vulnérables ?
On se concentre surtout sur l’Empowerment des familles dans les régions de Canot, Albion, Richelieu, GRNW, Pointe-aux-Sables et La Tour Koenig. On les aide à trouver du travail. On a travaillé aussi avec des familles de Mahébourg l’an dernier avec le naufrage du Wakashio.

Comment ce deuxième confinement affecte-t-il les familles mauriciennes ?
Depuis le deuxième confinement, on a distribué plus de 600 “foodpacks”. On continue à aider les familles qu’on suit d’habitude. Il y a Caritas et d’autres ONG qui apportent leur aide. Nous nous concentrons sur les familles avec lesquelles on travaille normalement et leurs enfants. La situation est pire que le premier confinement. Beaucoup d’ONG n’ont pas le WAP et ne peuvent sortir que les jours où elles sont autorisées à faire leurs courses. Certains ne reçoivent plus de salaire quand ils ne travaillent pas. Il y a les maçons et les femmes de ménage qui ne reçoivent pas d’argent quand ils ne travaillent pas.

Quels sont les cris de détresse de ces personnes ?
Ils ont peur de l’avenir ! Avec l’annonce d’un mois supplémentaire de confinement, ils ne savent pas comment ils vont se débrouiller, ce qu’il adviendra de leurs enfants. Parmi ces derniers, il y a ceux qui doivent prendre part aux examens. Ils doivent prendre le bus. Des parents d’Albion m’ont fait part que les bus censés être réservés aux candidats aux examens ramassaient également des non-scolaires. Il n’y a pas de désinfectant pour les mains et pas de distanciation sociale dans le bus alors que le ministère avait assuré qu’il n’y aurait pas d’autres passagers dans ces bus. Ce problème ne concerne pas qu’Albion, mais des parents d’autres parties de l’île nous ont appelés.

Recevez-vous suffisamment de « foodpacks » pour distribuer à ceux en situation de détresse alimentaire ?
On arrive à en avoir, mais ce n’est jamais suffisant car il y a toujours des demandes. Ce qui nous interpelle, c’est quand des familles n’ont pas à manger. Cette année, il y a eu des cas où des enfants n’ont pas eu à manger pendant deux jours. Des bébés ont dû se contenter d’avoir de l’eau et un peu de sucre au lieu du lait. Et, quand on nous appelle et que nous n’en avons pas non plus, qu’il faut que les demandeurs attendent deux jours encore le temps qu’on trouve à manger pour les enfants, c’est la pire des choses.

Hormis la pénurie alimentaire, quelles sont les difficultés des enfants en ce temps de confinement ?
Ils se trouvent déjà dans une situation précaire, vivant dans des petites maisons. Certains qu’on a “empower” ont pu construire une maison en béton. Il y a deux enfants qui n’ont pas de moyen de transport pour aller prendre part aux examens. Les parents s’inquiètent de voir leurs enfants voyager par autobus avec autant de monde. Quand vous êtes vulnérables, vous n’avez pas le choix. Ce qui fait que nous, de notre côté, on a payé un taxi pour aller les déposer et les chercher. Ce sont des enfants comme tous les enfants. On ne peut les exposer aux risques.

À quoi votre travail d’Empowerment auprès des familles a abouti ?
Quand on a vu des familles faire des efforts pour acheter des matériaux pour la construction de leur maison, on a cherché des sponsors pour les aider financièrement à avancer plus vite. Il y a deux enfants, avec qui on travaille, qui sont au Collège du Saint Esprit, à Quatre-Bornes, et au collège de Saint Andrews. Notre travail consiste à les aider à bâtir une maison et à ce que leurs enfants avancent sur le plan de l’éducation. Nous avons mis en place un projet d’Eveil culturel pour permettre aux enfants de pratiquer l’Art & Design. Cela les aide à se concentrer et à faire autre chose que ce qu’ils font à l’école.

Dans ce contexte de crise sanitaire et économique, quelles sont vos préoccupations par rapport à ces familles ?
Ma préoccupation première est l’avenir de leurs enfants au vu de la situation économique actuelle qui ira en empirant. L’avenir est très sombre pour eux.

Quelles sont les solutions sur le long terme pour eux ?
Il faut les aider à planter, à élever des animaux pour l’autosuffisance. Si, nous ONG, on arrive à “empower” ces familles, pourquoi les autorités ne le font pas ? Mais quand je parle d’“empowerment” ici, cela ne consiste pas à aller faire des achards ou faire de la couture. Aujourd’hui, la nourriture devient de plus en plus chère, même pour ceux qui ne sont pas dans la détresse. Pourquoi donc ne pas commencer à “empower” ces familles en ce sens au lieu de la fabrication de produits artisanaux qui ne servent à rien aujourd’hui. Il faut créer des fermes intégrées pour que ces familles viennent tous les jours planter et nourrir des bêtes pour être autosuffisantes d’un point de vue alimentaire. En effet, en cette période de crise, les profits des entreprises baissent et elles ne pourront continuer à faire don de vivres. Elles donneront de moins en moins. Il faudra donc trouver une solution pour que les gens ne meurent pas de faim. L’effort ne doit pas venir que du gouvernement, mais les gens aussi doivent essayer de faire autre chose que ce qu’ils faisaient et ne pas se contenter d’avoir les “foodpacks”.

Que risque notre société si on ne fait rien pour ces familles ?
Une explosion sociale ! Déjà, quand on est avec ces familles, on sent une certaine colère. On est là pour calmer les choses car s’ils doivent sortir pour une manif en ce temps d’épidémie… Il faut arrêter de croire que tous les gens vulnérables ne travaillent pas. C’est totalement faux. Ils veulent travailler, mais ne le peuvent pas. Ils sont en colère, car ils ne peuvent nourrir leur famille. Il y a des gens qui ne demandaient rien avant et qui viennent demander aujourd’hui. Ils ont perdu leur travail.

Votre souhait ?
Que l’on mette fin à la pandémie et que l’avenir soit meilleur pour tout le monde.