Avec le nouvel accord de libre-échange Chine-Maurice, en vigueur depuis début 2021, le Syndicat des sucres s’appuie sur le soutien de l’Economic Development Board et s’active pour faire connaître ces sucres aux consommateurs chinois. Il espère pouvoir maximiser sur ce nouvel accord pour augmenter graduellement les exportations sucrières vers la Chine à 50 000 tonnes sur les huit prochaines années.

Devesh Dukhira, Chief Executive Officer (CEO) du Syndicat des Sucres, explique que la Chine deviendra à terme un marché phare pour les sucres spéciaux de Maurice. Interrogé sur l’évolution du prix du sucre, il dit que le cours sucrier actuel pourrait se maintenir sur le moyen terme, ce qui devrait se traduire par un prix ex-Syndicat plus élevé pour la prochaine campagne que les Rs 14 062 payées par tonne pour la récolte 2020. Le CEO du Syndicat des Sucres réitère aussi l’urgence de protéger le marché local des importations de sucre.

Quelle est la situation dans l’industrie sucrière après deux confinements et une production en nette baisse l’année dernière à 270 000 tonnes ?

La récolte sucrière n’a heureusement pas été affectée de manière significative par les deux confinements à Maurice du fait que ceux-ci avaient déjà été enlevés avant le début de la coupe. Ainsi, les usines ont pu rouler normalement. La production a, en revanche, été impactée par des conditions climatiques défavorables : le manque de pluie pendant la pousse a considérablement affecté les rendements, ce qui a fait baisser la production nationale pour la récolte 2020 à 270 000 tonnes, soit de 60 000 tonnes inférieures à l’année précédente. Un résultat comparable est attendu pour la nouvelle campagne.

Par ailleurs, les ventes n’ont pas été aussi atteintes étant donné que le sucre est un produit de première nécessité. En fait, nous notons sur les marchés d’exportation que toute baisse du secteur “foodservice” (hôtel, restaurants, café) a été compensée en partie par des hausses de vente sur le “retail”.

Le marché international étant très volatile, comment va évoluer le prix ex-Syndicat dans les deux à trois prochaines années ?

Après une baisse d’environ 40% du cours sucrier pendant les deux mois suivant le début des confinements en mars 2020, les prix ont repris, comme pour les autres produits agricoles, atteignant les valeurs préconfinement  en début de cette année. Par ailleurs, suivant une baisse de la production mondiale d’environ 10 millions de tonnes depuis la production record de 2017, principalement à cause des conditions climatiques défavorables dans différents pays, le marché reste tendu. Le cours sucrier actuel pourrait donc se maintenir sur le moyen terme, ce qui devrait se traduire par un prix ex-syndicat plus élevé pour la prochaine campagne que les Rs 14 062 la tonne payées pour la récolte 2020.

Il semble que le gouvernement ait été réceptif aux opérateurs sucriers dans le dernier budget, avec les annonces sur le Biomass Framework notamment…

Cette nouvelle rémunération pour la bagasse est un Game Changer pour l’industrie. La bagasse sera désormais rémunérée à sa juste valeur, en prenant en considération sa valeur calorifique. Les rémunérations pour la bagasse et la mélasse – les deux sous-produits de la canne – représenteront désormais au moins 25% des revenus des producteurs sucriers, ce qui atténuera sans aucun doute les fluctuations du prix sucrier.

Déjà, pour la campagne 2021, avec un prix ex-Syndicat supérieur à celui de 2020, les recettes totales de tout producteur – ramenées par tonne de sucre – dépasseront le seuil correspondant à leur Viability Price, sans compter les planteurs produisant moins de 60 tonnes de sucre ont déjà une garantie de prix du gouvernement de Rs 25 000 la tonne de sucre.

Pensez-vous que les recommandations contenues dans le rapport de la Banque mondiale seront mises en œuvre in toto ?

Le rapport de la Banque mondiale n’a pas circulé, et je ne serais donc pas au courant de toutes ses recommandations. J’assume néanmoins que la nouvelle rémunération pour la bagasse doit être une des principales mesures préconisées par la Banque mondiale.

Le Syndicat des sucres fait un “move” stratégique sur les sucres spéciaux, se positionnant fermement dans ce créneau, avec un nouveau Branding national pour les marchés étrangers et une nouvelle approche pour le marché local. On dirait que vous encouragez clairement les opérateurs mauriciens à produire davantage de sucres spéciaux ?

Les sucres spéciaux se vendent à des niveaux de prix plus élevés que le sucre blanc, et augmentent donc la recette moyenne pour les producteurs à la tonne de sucre. Nous avons un avantage par notre savoir-faire sur ces quatre dernières décennies et avons acquis une bonne réputation comme fournisseur fiable de ces sucres haut de gamme. Maurice reste leader du marché dans nombre des 55 destinations où ces sucres sont maintenant vendus.

Par ailleurs, vu la volatilité du cours sucrier, qui de plus descend souvent à des niveaux inférieurs aux coûts de production, la vente des sucres spéciaux, où les prix sont moins élastiques, reste l’activité commerciale principale qui assure en majeure partie la viabilité économique de l’industrie. Alors que nous produisions 60 000 à 70 000 tonnes sous le défunt Protocole Sucre, les ventes ont graduellement augmenté pour atteindre les 140 000 tonnes actuelles. Le Syndicat s’est fixé comme objectif une hausse continue de ces ventes pour atteindre les 180 000 tonnes sur les prochaines années. De ce fait, il y aurait moins de disponibilité du sucre roux pour le raffinage, ce qui a entraîné la fermeture l’année dernière de la raffinerie d’Alteo, qui se concentrera désormais sur la production de sucres spéciaux, tout comme Terra.

Ces sucres sont vendus en Chine, mais il semble que des contraintes administratives bloquent le plein potentiel de ce marché. Qu’en est-il exactement ?

En effet, nous vendons les sucres spéciaux en Chine depuis 2010. Avec une hausse du pouvoir d’achat chinois, et une nouvelle tendance de consommation vers des produits occidentaux, voire des produits d’alimentation sains, nous sommes confiants d’une demande croissante pour les sucres spéciaux. Malheureusement, nos clients chinois ont été contraints pendant ces dix dernières années à une réglementation rigide nécessitant l’octroi de permis d’importation accompagné d’une taxe douanière allant jusqu’à 95%. Les importations sont donc restées au strict minimum et ont atteint seulement 7 500 tonnes sur ces dix dernières années de présence sur le territoire chinois.

Avec le nouvel accord de libre-échange entre les gouvernements chinois et mauricien, en vigueur depuis le début de cette année, nous aurons désormais une plus grande marge de manœuvre vu les contingents annuels alloués spécifiquement à Maurice et la taxe d’importation qui a été fixée à 15% seulement. Avec le soutien de l’EDB, nous investissons à fond actuellement pour faire connaître ces sucres aux consommateurs chinois, et espérons pouvoir maximiser sur ces contingents qui augmenteront graduellement à 50 000 tonnes sur les huit prochaines années. Nous estimons que grâce à cet accord commercial négocié par le gouvernement, la Chine deviendra à terme un marché phare pour les sucres spéciaux de Maurice.

Qu’en est-il des perspectives en Europe, en Afrique et ailleurs en comparaison avec le sucre blanc raffiné traditionnel ?

Les sucres spéciaux sont destinés aux consommateurs, inclus utilisateurs industriels, recherchant un sucre sain retenant la saveur naturelle du jus de canne. Au fil des années, les producteurs ont adapté leur fabrication pour répondre aux demandes spécifiques des différents marchés, et ainsi nous avons actuellement une gamme de 18 variétés de sucres spéciaux, chacune ciblant un usage bien distinct. Les sucres spéciaux se distinguent donc du sucre blanc traditionnel qui ne reste qu’un Sweetener. La demande existe déjà sur les marchés sophistiqués, tels que l’Europe, les États-Unis ou le Moyen Orient, et nous comptons prospecter de nouveaux marchés dans d’autres régions pour augmenter nos ventes.

Je dois néanmoins souligner que nous faisons face à une concurrence accrue, surtout en Europe, de nouveaux fournisseurs de l’Amérique centrale. Après l’île de La Réunion qui a été notre concurrent principal pendant des années, nous avons désormais en face de nous des producteurs venant de la Colombie et du Guatemala, qui ont des rendements bien supérieurs et des coûts de production bien inférieurs, et sont donc bien moins chers. Il est regrettable que certains d’entre eux, comprenant certains concurrents régionaux, fournissent un sucre roux ordinaire, parfois même des sucres colorés, qu’ils essaient de faire commercialiser comme des sucres spéciaux. Ces démarches injustes tirent à la baisse les niveaux de prix que nous avons mis des années à construire. Nous craignons qu’elles « marchandisent » la valeur de ces sucres, ce qui explique nos efforts de développer un nouveau label pour le sucre mauricien pour le distinguer de cette concurrence déloyale.

Qu’est-ce qui a changé dans le marketing du sucre mauricien, sachant que les gens sont plus Health Conscious et que beaucoup évitent la surconsommation de sucre ?

Je dois avant tout faire ressortir que la consommation sucrière est une nécessité, qui fournit de l’énergie pour nous permettre de pratiquer nos différentes activités mais, comme pour tout autre produit, une consommation excessive est à éviter. Par rapport au sucre blanc, qui est le plus souvent utilisé comme un Sweetener, nous tenons à différencier les sucres spéciaux comme des ingrédients naturels, ciblant ainsi le consommateur Health Conscious, et appuyer sur sa saveur pour séduire les professionnels ou amateurs de la pâtisserie ou tout autre utilisateur industriel ou domestique.

Nous notons, en effet, une hausse graduelle de vente des sucres spéciaux dans différents marchés où nous sommes présents, alors que la consommation générale de sucre dans les marchés les plus matures est en baisse.

À Maurice, le sucre blanc continue de souffrir de la concurrence du sucre importé. Pourquoi alors que le gouvernement a pris les mesures nécessaires pour protéger le sucre local, le sucre importé continue toujours à entrer dans le pays ?

Malgré la hausse de la taxe douanière à 100% en juillet 2020, cela n’a pas eu les effets escomptés sur le marché local car les importations de sucre ont persisté grâce à un accès préférentiel, notamment de la COMESA et la SADC. De plus, les utilisateurs industriels sont exemptés de cette taxe douanière.

N’y a-t-il pas un travail de conscientisation à faire auprès des consommateurs mauriciens afin de protéger la production sucrière locale ?

Il faut faire ressortir qu’avec les hausses du cours sucrier et du fret maritime ainsi que la dépréciation de la roupie, les coûts d’importation ont considérablement augmenté. Et les approvisionnements de l’étranger ont, par conséquent, baissé depuis le début de l’année. S’il n’y avait pas de production locale, soit il y aurait une pénurie du sucre sur le marché, soit le prix aurait augmenté drastiquement. Heureusement que le Syndicat, en collaboration avec la raffinerie d’Omnicane, a pu revoir les plans de livraison pour subvenir aux besoins du marché.

Nous réitérons donc l’urgence de protéger le marché local des importations, non seulement pour protéger les producteurs des coûts d’importation qui sont souvent subventionnés, mais pour assurer la sécurité alimentaire et un prix de vente stable aux consommateurs. Avec la hausse du marché sucrier, de l’ordre de 20-25% sur les 12 derniers mois, en plus de celle des taux du fret maritime et la dépréciation de la roupie, le prix de vente sur le marché local aurait dû augmenter drastiquement, mais le Syndicat n’a passé qu’une hausse de 7,5%, cela afin de s’assurer que le prix obtenu du marché local n’est pas plus faible que celui des marchés d’exportation.

Nous essayons entre-temps de promouvoir l’utilisation de sucres spéciaux à Maurice. Nous essayons de démontrer, à travers différentes campagnes, les bénéfices de ces sucres naturels et travaillons avec les distributeurs pour les rendre plus accessibles aux consommateurs mauriciens.